Documentaire / France

EN FORMATION

Une année aux côtés des apprentis repor¬ters du CFJ – Centre de Formation des Journalistes, à Paris. Avec zèle et convic¬tion, ils s’entraînent aux règles et usages du métier. Les attentats du Bataclan vont bouleverser leur année, leurs émotions et leurs pratiques journalistiques. Jusqu’où doivent-ils aller pour traiter l’information ? Se forme-t-on au journalisme ou s’y conforme-t-on ?

Festival Filmer le Travail – Prix du public

ANNÉE
RÉALISATION
SCENARIO
AVEC
FICHE TECHNIQUE
DATE DE SORTIE

2021

Julien MEUNIER, Sébastien MAGNIER

1h14 – Couleur  – Dolby Digital 5.1

1er Décembre 2021

LE FILM

En formation est un documentaire qui suit une promotion d’apprentis reporters au sein du Centre de Formation des Journalistes (CFJ) à Paris, l’une des trois écoles de journalisme les plus réputées de France. Pendant deux années, les étudiants y pratiquent au quotidien leur futur métier, comme les sportifs vont à l’entraînement. On y fabrique de l’information en studios de télévision ou de radio, en régie, en « newsroom », en duplex ; on répète, on enregistre, on monte. Tourné entre 2015 et 2016, le film propose une plongée au coeur de ces travaux pratiques.
En position d’observation, le documentaire évite tout surplomb et tout jugement. La caméra est au plus près des protagonistes, à leur hauteur et à leur écoute.
Tout en conservant une empathie et un respect des élèves, les réalisateurs ont souhaité poser un regard critique sur l’institution.
En effet, la majorité des enseignements consistent à apprendre aux élèves à se conformer à une technique, à un langage, à une sorte de mécanique de la news — la nécessité impérieuse de s’adapter à l’écoulement ininterrompu de l’actualité mondiale. Alors que plus de la moitié du film est tourné dans l’école, en huis clos, les attentats du 13 novembre viennent bousculer le travail des étudiants, à l’extérieur. Ils vont devoir sortir interviewer les familles des victimes et les témoins. Comment concilier émotion et information ? Quelle éthique journalistique face à l’effroi ?

L'ÉQUIPE DU FILM

Sébastien Magnier est né en 1977. Après une maîtrise de cinéma à l’université Paris III, il s’essaie à la mise en scène de fiction à travers divers stages, expériences et formations (té­lévision étudiante, Canal+, Fe­mis). Il rencontre le cinéma do­cumentaire au sein du journal du festival Cinéma du Réel à Beaubourg où il officie plusieurs années en tant que rédacteur. Il y découvre chaque année une production riche et variée. Vivante. En formation est son premier film. Il travaille également sur un court métrage do­cumentaire intitulé Symphonie andalouse et prépare un nou­veau projet.

 

Julien Meunier

Après des études de cinéma à l’université Sorbonne Nouvelle Paris 3 et un passage aux Beaux Arts d’Angoulême pour étudier la bande dessinée, Julien Meu­nier réalise son premier docu­mentaire avec Dorine Brun, La Cause et l’Usage. Le film obtient le Prix des Bibliothèques et la mention du Jury Jeune au festival Cinéma du Réel en 2012. Puis il sort au cinéma le 5 septembre de la même année. Durant cette même édition

du festival, Julien présente également son deuxième film, co-réalisé avec Guillaume Massart, Découverte d’un Principe en Case 3. Il continue à collaborer avec Guillaume Massart et signe avec lui le film Le Centre en 2015. En 2018, c’est de nouveau avec Dorine Brun qu’il réalise Projections, présenté au Cinéma du Réel en 2018. En 2021, son nouveau film, En formation, est co-réalisé avec Sebastien Magnier.

Julien Meunier est aussi membre de l’Acid (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion) ainsi que membre du comité éditorial et rédacteur de la revue de critique et de théorie de la bande dessinée Pré Carré.

 

Guillaume Massart

Co-fondateur de Triptyque Films en 2010, Guillaume Massart est tour à tour cinéaste, producteur ou monteur. Il a réalisé 11 courts métrages et un long, La Liberté, sorti dans les salles françaises en 2019.

ENTRETIEN AVEC LES RÉALISATEURS

Les formations journalistiques sont rarement filmées. Comment avez vous eu l’idée et l’envie de vous intéresser à ce sujet ?

 

Sébastien Magnier : En réfléchissant à l’importance du rôle des médias dans notre relation au monde, dans notre fabrication intellectuelle de celui-ci. Les journalistes, parce qu’ils tiennent un rôle d’intermédiaire, portent sur eux une immense responsabilité lorsqu’ils relaient l’information. Or, le poids de cette responsabilité n’apparaît pas toujours de façon claire et évidente lorsqu’on écoute, regarde ou lit les médias majoritaires en France. La hiérarchisation, la focalisation, la connaissance des sujets abordés, les sources, la déontologie sont autant de piliers, de lignes qui structurent cette pratique. La question de la formation m’est vite apparue fondamentale et le désir d’en savoir plus, d’aller questionner cette pratique en tant que documentariste, d’éclairer justement les fondations de ce métier nous a réunis Julien et moi et nous a semblé essentiel, particulièrement dans une période où la définition même du journalisme est mise au défi par internet, l’éclate¬ment des rédactions et le « journalisme citoyen ».

 

Julien Meunier : Nous nous sommes demandés : “qu’est-ce qu’un journaliste ?”. On a tendance à idéaliser le journaliste qui mène l’enquête pour le bien commun, jouant le rôle du contre-pouvoir et renforçant la démocratie. Mais dans les faits, on est souvent confronté à une pratique pauvre et décevante. C’est un métier à la fois considéré comme noble et pourtant peu aimé et souvent critiqué. On voulait savoir quelles représentations, quel imaginaire les écoles avaient à proposer aux étudiants dans ce contexte. Qu’est-ce qu’on dit, concrètement, à un jeune qui veut apprendre à devenir journaliste ? Aussi, quand on a compris qu’il y avait des studios télé et radio pour les travaux pratiques, on a tout de suite saisi le potentiel cinématographique du lieu.

 

Vous filmez au plus près de la question de la formation, des exercices, du discours des intervenants, sans entrer dans l’intimité des étudiants dont on sait finalement peu de choses. Pourquoi ce choix ?

 

Sébastien Magnier : Nous avons fait ce choix dès les premières discussions relatives à la manière de traiter le sujet. Nous avions vraiment envie de fixer notre cadre sur le travail, le discours de l’école, l’apprentissage des codes du métier. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons choisi le CFJ qui est une école « professionnalisante » où les professeurs sont des intervenants, journalistes en activité.

 

Julien Meunier : Il y a une dimension d’apprentissage pratique très forte dans cette formation. Très vite, elle nous est apparue comme un entraînement sportif, avec tout ce que cela évoque : l’effort, le rapport au corps, la répétition, la performance… Ça devenait plus intéressant de travailler sur ce lien très concret, très physique à la formation. Les protagonistes du films sont d’abord des présences à l’image, ils font quelque chose, ils travaillent. Nous n’avions pas envie de fabriquer des histoires ou des psychologies à partir de ça.

Sébastien Magnier : Le but n’a jamais été de questionner les étudiants sur leur parcours ou leurs motivations. Nous n’avions pas non plus l’intention de nous attacher à des personnalités, de fabriquer des personnages, ce qui nous aurait inévitablement menés vers une sorte de storytelling et une narration plus classique, écueils que nous voulions à tout prix éviter. Ce qui nous importait, c’était comment on apprend ce métier.

 

D’emblée, l’attention est portée vers la voix des journalistes, le travail sur le texte mais surtout le rythme, la prosodie. Quel était pour vous l’intérêt de cette focalisation ?

 

Sébastien Magnier : Cette prosodie si particulière des journalistes est un autre point de départ du film et c’est quelque chose que nous avons effectivement souhaité interroger. Nous la connaissons tous mais d’où vient-elle ? Que sert-elle ? Comment se fabrique-t-elle ? Nous espérons y répondre un peu dans le film. La voix est également centrale parce que nous faisions un film et que le mot écrit, qui est la base du travail journalistique, n’est pas aussi intéressant cinématographiquement parlant qu’une voix dans un micro ou qu’un corps qui bouge devant la caméra. C’est pourquoi le film est plus focalisé sur la radio et la télévision que sur la presse écrite, même si les exigences sont les mêmes.

 

Julien Meunier : L’attention portée sur les voix des journalistes nous semblait concentrer la plupart des enjeux du film. C’est en s’attachant au travail sur la voix qu’on peut faire émerger un certain jeu d’acteur du journaliste et donner ainsi à voir combien les notions de rythme et d’intonation sont décisives, charriant avec elles les idées de formatage et de reproduction d’un même sujet. Pour nous, cette voix du journaliste, c’est le métier qui s’imite lui-même, jusqu’à obtenir un rapport machinique au monde, voire même une certaine folie dans cette façon de se perdre parfois soi-même.

 

On ne peut s’empêcher durant le film de penser aux liens et aux différences entre la pratique du journalisme et celle du documentaire. Est-ce que vous aviez cela en tête en faisant le film ?

 

Julien Meunier : La pratique de ces apprentis journalistes nous tend évidemment un miroir déformant. C’est d’ailleurs en réaction à la nécessité répétée par les intervenants de l’école de raconter une histoire, dans une volonté d’efficacité que personne ne questionne, que nous avons travaillé la structure et l’articulation des séquences de notre film. Il nous semblait capital d’affirmer la possibilité d’évoluer dans d’autres paradigmes, que le travail à partir d’un réel pouvait être réflexif et sensible sans en passer par des automatismes narratifs infantilisants.

 

Sébastien Magnier : Bien sûr, le journaliste et le documentariste travaillent à partir d’une même matière première qui est le réel. Mais cette opposition nous a accompagnés pendant tout le tournage et faisait partie de ce qui nous intéressait dans ce sujet. Ce refus du storytelling et d’une certaine dramatisation dont on parle n’a pas été un choix facile à assumer par la suite parce que la construction du film au moment du montage, n’était pas toute tracée. Il a fallu trouver un moyen, alors que nous avions filmé principalement la répétition et l’effort, des situations de cours très binaires, de faire en sorte que le film se suffise à lui-même.

 

Le film sort plusieurs années après son tournage. Si c’est une situation commune pour un documentaire, c’est singulier pour un film dont les sujet est lié aux traitements de l’actualité.

 

Sébastien Magnier : Ce n’était pas un choix. Nous avons eu beaucoup de mal à trouver des financements pour finir le film. Il faut dire que là non plus, nous n’avons pas choisi la facilité puisque nous sommes allés filmer avant d’avoir un plan de financement. Nous étions prêts et avions une fenêtre d’opportunité. Si nous avions attendu d’avoir tous les financements, le film n’aurait peut-être pas existé. Aller filmer sans avoir de financements était un risque pour notre producteur, Triptyque Films, mais c’était aussi une liberté puisque que nous avons pu tourner et construire le film sans contraintes. Pour ce qui concerne la question de l’actualité, nous savions dès le départ qu’elle ne pouvait pas réellement faire partie du film compte tenu du temps long de la fabrication d’un film. Nous ne voulions pas nous attacher à l’actualité telle qu’elle est relatée tout au long du film. Certes, ces bribes de présent allaient nécessairement dater le film mais le choix de nous intéresser à la transmission du savoir et de la pratique nous permettait, au moins dans notre tête, de court-circuiter cette question. Par ailleurs, il me semble que le fait de revoir ces bribes d’information pour la plupart oubliées raconte aussi quelque chose de fort sur la nature éphémère de l’information dont parle justement le film. C’est quelque chose que je n’avais pas nécessairement en tête au moment du tournage.
Julien Meunier : C’est une autre grande différence entre le documentaire et le journalisme, on peut plus facilement s’extraire de cette notion d’actualité, être inactuel peut même être un objectif. Et par notre pratique même, le temps de tournage évidemment, mais aussi simplement le temps pris à faire un plan, à attendre un moment, à rencontrer ceux qu’on filme, tout cela nous fait faire un pas de côté de l’actualité. Ça n’est tout simplement pas notre question. Et en même temps il se passe une autre chose inattendue, c’est que l’actualité de ces news datées qui traversent le film ne se périme pas complètement. Les migrants qui meurent en mer, les attentats, la questions des caméras qui filment la police, tout cela résonne encore aujourd’hui, parfois de manière très aigüe.

 

En formation est tourné en huis clos, jusqu’à son dernier tiers qui vient bousculer les systèmes et les principes narratifs en place jusque-là. Comment est apparue, pour vous, cette structure du récit ?

 

Sébastien Magnier : En réalité, nous n’avons pas filmé qu’à l’intérieur de l’école. Nous avons régulièrement accompagné les étudiants lorsqu’ils sortaient pour traiter des sujets. A la fin du tournage en 2016, il nous a semblé évident que nous ne pouvions pas utiliser cette séquence autour des attentats de novembre 2015 comme n’importe quelle autre. Ce moment a chamboulé tout le monde à l’école et nous en avons mesuré les effets sur les jeunes. Nous nous sommes rendus compte que ça resterait probablement, pour la plupart, profondément ancré dans leur pratique du métier. Et que nous avions besoin de la libération de leur parole à ce moment-là pour établir un contrepoint dans le film entre action et réflexion. Ce dialogue sur le sens de leur métier, nous ne l’avions jamais vu dans la salle de classe avant novembre 2015. C’est à ce moment-là que l’idée véritable du film nous est apparue, ça justifiait d’établir un peu plus clairement cette distance entre l’intérieur vu comme un lieu de gestation et d’entre soi, et l’extérieur comme véritable lieu matriciel de leur futur métier.

 

Julien Meunier : C’est aussi une manière de tendre le film vers un certain optimisme. C’est peut-être aussi à cet instant que notre documentaire dialogue avec la fiction. En faisant des attentats du Bataclan un point de rupture et en terminant notre film sur un ensemble de questionnements des élèves, on laisse ouverte la possibilité d’une transformation, l’idée que peut-être ces élèves-là seront plus en rapport avec le réel, dans une forme de réinvention du métier.
Dans la réalité, je ne suis pas sûr que c’est ce qui s’est passé.

CENTRE DE FORMATION DES JOURNALISTES

Le CFJ est fondé en juillet 1946, par Philippe Viannay et Jacques Richet, anciens résistants. Il est reconnu par l’État au titre d’établissement d’enseignement technique supérieur en 1962.
Aujourd’hui, le CFJ est une des trois écoles de journalisme les plus réputées en France, son budget de fonctionnement est en grande partie financé par une taxe d’apprentissage versée par les grands groupes de médias.
L’école accueille chaque année deux promotions (une quarantaine d’élèves par promotion). Les cours sont dispensés uniquement par des journalistes, tous en activité dans de grands médias nationaux. Ils forment les étudiants au métier tel qu’il est pratiqué aujourd’hui et en fonction du marché du travail. Ils sont également là pour repérer les meilleurs éléments. À l’issue de leurs deux années de cursus à l’école, 95% des apprentis et plus de 80% des étudiants diplômés du CFJ travailleront dans un média, en CDD ou CDI.

LISTE TECHNIQUE

Réalisation : Julien MEUNIER et Sébastien MAGNIER
Image : Julien MEUNIER
Son : Sébastien MAGNIER
Montage : Guillaume MASSART
Musique originale : Julie ROUE
Mixage : Mathieu FARNARIER
Étalonnage : Matthieu AUGUSTIN
Produit par Triptyque Films

 

En coproduction avec Quilombo Films, viàGrandParis et ProArti, avec la participation du CNC, avec le soutien de la PROCIREP – Société des Producteurs & de l’ANGOA
Avec le soutien du Ministère de la Culture – Direction Générale des Patrimoines, Département du Pilotage de la Recherche.

 

Ce film a été accueilli en résidence en Seine-Saint-Denis par Périphérie – Centre de Création Cinématographique dans le cadre de son partenariat avec le Département.

 

Distribution : Juste Doc

ENTRETIEN FILMÉ AVEC LES RÉALISATEURS
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