Fiction / Japon

LA PORTE DE L'ENFER

Au XIIe siècle, alors que le Japon traverse une guerre civile, la belle servante Kesa est utilisée pour détourner l’attention des rebelles de la famille impériale. L’un des samouraïs qui composent son escorte tombe violemment amoureux d’elle, au point de demander sa main. Mais Kesa est déjà mariée…

Palme d’or du Festival de Cannes 1954
Oscar du Meilleur acteur étranger

ANNÉE
RÉALISATION
SCENARIO
AVEC
FICHE TECHNIQUE
DATE DE SORTIE

1953

Teinosuke KINUGASA

Teinosuke KINUGASA d’après le roman de Kan Kikuchi « La Porte de l’Enfer »

Kazuo HASEGAWA, Machiko KYO, Isao YAMAGATA, Yataro KUROKAWA, Kotaro BANDO, Jun TAZAKI

1h29 – Couleur – Dolby Digital 5.1

25 juin 1954

AUTOUR DU FILM

Le cinéaste de la découverte

 

Metteur en scène de La Porte de l’enfer, Teinosuke Kinugasa est l’un des principaux artisans de la découverte par le public occidental du cinéma japonais.

Réalisé en 1928, son film Ombres à Yoshiwara est ainsi le premier film du Pays du Soleil levant à avoir traversé les mers vers les salles européennes, avant que La Porte de l’enfer ne cumule les récompenses quelques vingt-cinq années plus tard.

 

Une production Nagata

 

La Porte de l’enfer marque la première des quatre collaborations entre le réalisateur Teinosuke Kinugasa et son producteur Masaichi Nagata. Egalement producteur du mondialement célèbre Rashomon d’Akira Kurosawa en 1950, Masaichi Nagata peut se targer d’avoir participé à la vague du cinéma japonais dont la popularité a explosé en Europe dans les années 50.

 

Retrouvailles avec Kazuo Hasegawa

 

La Porte de l’enfer est également l’occasion pour le réalisateur Teinosuke Kinugasa de retrouver l’un de ses acteurs fétiches, Kazuo Hasegawa, au générique de six des longs métrages du cinéaste, dont le célèbre Ombres à Yoshiwara en 1928.

 

La pièce de Kan Kikuchi

 

Basé sur une histoire vraie du 12e siècle, le film La Porte de l’enfer est adapté d’une pièce écrite par Kan Kikuchi, célèbre auteur japonais qui deviendra l’un des plus grands magnats de l’industrie du livre dans le Japon de l’entre-deux-guerres.

 

Récompenses internationales

 

La Porte de l’enfer a largement participé à la découverte par le public occidental du cinéma nippon.

Pour preuve, son Grand Prix (ancêtre de la Palme d’or) reçu au Festival de Cannes 1954, ses deux Oscars (meilleur film étranger et meilleurs costumes) en 1955 et sa mention comme meilleur film étranger de l’année par le prestigieux New York Film Critics Circle Awards en 1954.

 

Le Premier film en Eastmancolor

Célèbre pour sa photographie très colorée, La Porte de l’enfer est le premier film japonais à utiliser la technique de colorisation Eastmancolor.

Jean Cocteau aurait dit notamment de ce film qu’on y trouvait “les plus belles couleurs du monde.”

À PROPOS DU RÉALISATEUR

Acteur de théâtre jouant des rôles de femme, il débute sous cet aspect, en 1917, avant de devenir réalisateur à partir de 1922. Sa carrière est un résumé de l’histoire du cinéma japonais. La reprise d’”Une page folle” ou la vision des “47 ronin” confirment qu’il fut l’un des meilleurs réalisateurs de l’entre-deux-guerres.

 

Il aurait été fortement influencé par le cinéma russe, après un voyage à Moscou. C’est “La porte de l’enfer” qui le fit connaître en Europe dans les années 50. A Cannes, Jean Cocteau s’enthousiasma pour ce film qui racontait une histoire criminelle du XIIe siècle avec un parti pris esthétique rompant avec le nouveau réalisme qu’il défendait auparavant. Il eut la palme d’or.

 

En réalité, il restait fidèle à la poésie qui avait fait son ancienne célébrité dans “Contes le la ville basse près de la rivière” ou “Les pruniers du quartier Yushima”. Œuvre d’abord difficile pour un Occidental, “Le héron blanc” est accueilli avec faveur. Kinusasa est considéré comme l’égal d’un Mizoguchi.

 

Il tourne une coproduction avec l’Union soviétique, “Le petit fugitif”, puis choisit la retraite. Sensible et délicat, « cet esthète de la couleur est amoureux de la beauté qui, pour lui, est synonyme de féminité », selon l’expression de Govaers, rappelant les débuts de Kinugasa au théâtre.

FICHE ARTISTIQUE ET FICHE TECHNIQUE

FICHE ARTISTIQUE

 

Kazuo HASEGAWA : Moritoh ENDA

Machiko KYO : Lady KESA

Isao YAMAGATA : Wataru WATANABE

Yataro KUROKAWA : SHIGEMORI

Kotaro BANDO : ROKUROH

Jun TAZAKI : KOGENTA

 

 

FICHE TECHNIQUE

Réalisateur  : Teinosuke KINUGASA

Scénario : Teinosuke KINUGASA d’après le roman de Kan Kikuchi « La Porte de l’Enfer »

Photo : Kohei SUGIYAMA

Montage : Fumio HASHIMOTO

Musique : Yasushi AKUTAGAWA

Une production : DAIEI (Masaichi NAGATA)

Distribue par : Films Sans Frontières

CE QU'EN DIT LA PRESSE

La Porte de l’enfer, film japonais de Teinosuke Kinugasa, est un chef d’œuvre. Cela commence comme un grand film d’aventures historiques : des gens hurlent, des femmes se sauvent, des soldats du 12ème siècle attaquent un château, des flammes s’élèvent dans le ciel, et au premier plan quatre coqs noirs se battent à mort.

Bientôt, le sujet se resserre, les complications historiques sont délaissées et nous nous trouvons en présence de trois personnages : Moritô, Kesa, et le mari de cette dernière, Wataru. Moritô, guerrier fougueux et passionné, proche parent du Modot de L’âge d’or, a rencontré une femme de laquelle il s’est épris. Rien ne pourra entraver sa passion, même pas le fait que la belle Kesa soit mariée au noble Wataru. Du drame historique nous sommes passés à la tragédie classique.

Les trois personnages principaux, riches d’exaltation frénétique, hantent comme dans un horrible cauchemar les merveilleuses maisons japonaises transparentes, jouent du sabre et se traînent dans les jardins d’un autre monde. Moritô donne un coup de pied à un chien qui passe, interrompant ses pensées, toutes à sa belle ; Wataru, calme, confiant à la fidélité de son épouse, ne se départit pas de sa sincère tranquillité et Kesa, voulant éviter le drame et surtout la mort de son cher époux, se sacrifie.

Je crois que depuis la tragédie élisabéthaine, on n’avait jamais atteint un tel degré de densité dans les sentiments passionnés.

Il est évident qu’on ne peut pas analyser ce chef d’œuvre en dix lignes, mais on doit quand même dire quelques mots sur la réalisation, savante et sincère. Kinugasa n’est influencé par aucun cinéma étranger. Il puise son inspiration dans le Nô et dans le théâtre Kabuki. On a l’impression que ces moyens d’expression, vieux comme le Japon, attendaient l’avènement du cinéma pour atteindre leur perfection.

Le film en Eastmancolor et les Japonais saisissant à pleines mains les possibilités du film en couleurs, s’en servent comme jamais un américain ou un européen s’en est servi. La couleur, comme d’ailleurs dans le théâtre japonais, est sentiment, passion, action. Les rouges voisinent avec des violets, les verts avec des bleus roi. Du choc des couleurs, naît une emprise totale, unique dans l’histoire du cinéma. La couleur « naturelle » n’a plus aucun sens.

A.K. – Article paru dans POSITIF N°10 (1954)

 

« Dès les premières images, on est happé par le rythme, l’enchainement inexorable de la violence et par l’exacerbation du désir. Peintre de tous les débordements humains, Kinugasa traite cette implacable histoire d’amour et de mort à la manière d’un livre d’heures médiéval, une sorte « d’album-tourbillon » d’estampes richement enluminées, d’une beauté plastique saisissante. Fabuleux travail du directeur de la photo, Kohei Sugiyama, et du conseiller pour la couleur, Sanzo Wada. Une féerie visuelle splendide. »

Xavier Leherpeur, TELERAMA

 

« Que La Porte de l’enfer, de Teinosuke Kinugasa, qui a remporté la Palme d’or au dernier Festival de Cannes, constitue le plus beau spectacle cinématographique l’on puisse voir en ce moment à Paris, il me paraît difficile de le nier. La bizarrerie somptueuse des costumes nous émerveille. Á la violence et à la délicatesse des coloris s’ajoute l’extraordinaire harmonie des gestes et des attitudes : voyez ce duel, ces diverses cérémonies officielles ou religieuses, cette scène d’amour, ce meurtre, on les croirait réglés pour un ballet. Depuis le Henri V de Laurence Olivier et Le Carrosse d’or de Jean Renoir, le cinéma ne nous avait sans doute pas procuré un pareil plaisir esthétique. Tout dans ce film est fait pour nous surprendre et nous séduire, pour nous séduire en quelque sorte par surprise. Car il entre une certaine part d’innocence dans notre admiration : ces hommes-scarabées, ces femmes-papillons, nous les admirons d’autant plus qu’ils appartiennent pour nous à une faune inconnue. Ce n’est pas méconnaître les indiscutables beautés de La Porte de l’enfer que d’écrire que ce film bénéficie de tous les prestiges de l’exotisme. »

Jean de Baroncelli, LE MONDE

 

« Mélodrame à triangle sentimental, sublimé par le hiératisme des interprètes, la lenteur de l’action, le raffinement des couleurs. En décernant, en 1954, la Palme d’or au film de Teinosuke Kinugasa, La Porte de l’enfer, Jean Cocteau déclara y avoir vu « les plus belles couleurs du monde ». Le film avait en effet été tourné avec un procédé spectaculaire mais coûteux qui fut abandonné par la suite. Cette fresque guerrière qui est aussi une histoire d’amour – en récompense de ses services, un samouraï réclame la main d’une dame, déjà mariée -, obtint la même année les Oscars du meilleur film étranger et des meilleurs costumes. Un grand classique du cinéma japonais à découvrir sur grand écran ! »

Virginie Gaucher, PARISCOPE

 

« Alors que les cinéphiles se souviennent aisément des noms de Kurosawa, Ozu ou encore Mizoguchi, ils ont tendance à moins connaître celui de Teinosuke Kinugasa, cinéaste nippon à l’origine d’une bonne centaine de films entre 1922 et la fin des années 60. Grand maître du cinéma japonais, la majeure partie de son œuvre reste pourtant encore à découvrir en Occident. Il se fait remarquer sur le plan international en 1954 grâce à cette Porte de l’enfer (1953) qui obtient alors le Grand Prix du festival de Cannes, ancêtre de la Palme d’or, pour la perfection de sa réalisation. Doté effectivement d’une photographie exemplaire, ce drame sentimental bénéficie du procédé Eastmancolor permettant de coloriser la pellicule. Véritable festin visuel, le métrage est une extraordinaire explosion de couleurs vives harmonieusement agencées. Tel un peintre, Kinugasa compose ses plans avec minutie afin de faire ressortir les émotions de chaque personnage. Loin d’être un simple gadget décoratif, l’esthétique sert à merveille le propos d’un film très influencé par l’expressionnisme. Si le début laisse augurer une classique histoire de samourai, avec batailles impressionnantes et multiples trahisons, le cinéaste se concentre peu à peu sur l’intrigue amoureuse. De plus en plus intimiste, La Porte de l’enfer se teinte progressivement d’une noirceur inattendue, avant de verser dans la tragédie pure et simple. L’ensemble est sublimé par l’interprétation magistrale de la belle Machiko Kyo, dont le personnage est ici bien plus positif que dans ses habituelles compositions de garces (comme dans Rashomon de Kurosawa en 1950 ou Les Contes de la lune vague après la pluie de Mizoguchi en 1953). Kazuo Hasegawa, très grand acteur qui tourna pas moins de trois cents films, est également parfait en guerrier qui perd toute tempérance par amour fou. Au final, cette magnifique Palme d’or mêlant perfection formelle et puissance dramatique demeure aujourd’hui un des grands classiques du cinéma japonais. A goûter sans aucune modération. »

Virgile Dumez, A VOIR A LIRE

 

« Sensation du Festival de Cannes 1954 où il remporta la Palme d’Or, La Porte de l’enfer fut le premier film japonais en couleurs connu à l’extérieur du Japon. Il offre aussi une sorte de vulgarisaion des thèmes et constantes formelles du cinéma japonais. Code de l’honneur, politesse raffinée, sacrifice de la femme, obstination tragique de l’homme sont les éléments et les situations que met en jeu l’intrigue et qui serviront de base à nombre de chefs-d’œuvre nippons. »

Jacques Lourcelle, DICTIONNAIRE DU CINEMA.