Documentaire / France

LES JOURS HEUREUX

Quand l’utopie des Résistants devint réalité…
Entre mai 1943 et mars 1944, sur le territoire français encore occupé, seize hommes appartenant à tous les partis politiques, tous les syndicats et tous les mouvements de résistance vont changer durablement le visage de la France. Ils vont rédiger le programme du Conseil National de la Résistance intitulé magnifiquement : « Les jours heureux ».
Ce programme est encore au cœur du système social français puisqu’il a donné naissance à la sécurité sociale, aux retraites par répartition, aux comités d’entreprises, etc.

ANNÉE
RÉALISATION
SCENARIO
AVEC
FICHE TECHNIQUE
DATE DE SORTIE

2012

Gilles PERRET

1h37 – Couleur – Dolby Digital 5.1

25 Mai 2022

ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR

Comment expliquez-vous que cette histoire ne soit pas mieux connue ?

 

Gilles Perret : L’histoire de la Résistance nous a toujours été racontée à travers ses faits d’armes. La pensée politique qui l’accompagnait n’a pas été enseignée. Je crois que c’est dû au fait qu’en période de gaullisme, il n’était pas de bon ton de rappeler que la provenance de toutes ces avancées sociales était de gauche, d’inspiration à la fois socialiste et communiste. Ensuite, à partir des années 80 et de l’arrivée du néo-libéralisme, les gouvernements de droite comme de gauche se sont employés à détricoter ce programme avec les privatisations, la mise en concurrence des services publics, etc. Plus personne n’avait donc intérêt à rappeler cette histoire, qui est celle de la vraie gauche.

 

Il doit être très impressionnant d’être face à de tels hommes…

 

G.P. : Oui, j’ai eu beaucoup de chance de les rencontrer et surtout d’avoir une relation d’amitié avec eux. C’est formidable. Je n’aurais jamais pensé rencontrer de telles personnes. De savoir que Raymond Aubrac ou Robert Chambeiron ont travaillé avec Jean Moulin, c’est quand même quelque chose! Rendons d’ailleurs hommage à Jean Moulin qui a été le penseur de cette histoire du CNR et rappelons que la sienne n’a elle aussi été racontée que très tardivement, éclipsée par celle du Général de Gaulle.
Au-delà du film, ces hommes sont pour moi des exemples de courage, de droiture, de combativité et de fidélité à leurs idées. Ils ne se sont pas endormis sous les honneurs et les médailles. Lorsque j’ai des doutes ou un coup de «moins bien», je pense à eux et ça me botte les fesses. Nous n’avons pas le droit de nous endormir, ne serait-ce que pour honorer leur mémoire.

 

Ce sont eux qui vous ont mis sur la voie de ce film ?

 

G.P. : J’avais découvert l’existence des Jours Heureux lors d’un appel, en 2004, de grandes figures de la Résistance «à faire vivre les valeurs de ce programme, toujours actuelles». Ça a été pour moi une révélation. Et, effectivement, mes rencontres successives avec ces résistants m’ont incité à aller plus loin dans la transmission de cette histoire. Par ailleurs, eux-mêmes tenaient à ce que ce film se fasse. Non pas pour la gloire mais bien pour que les principes édictés dans ce programme puissent éclairer le monde de demain. Ces gens n’ont pas pour habitude de regarder dans le rétroviseur, ils sont ou étaient de grands optimistes.

 

Formellement, ce fut sans doute un enjeu délicat pour vous de ne pas être submergé par les informations ?

 

G.P. : Effectivement, je souhaitais que ce documentaire ne soit pas qu’un film historique froid. Je voulais laisser de la place à l’émotion et à tous les aspects humains qui transparaissent dans les séquences. En même temps, le contexte est complexe et je n’avais pas le droit à l’erreur sur les questions historiques. Le montage a donc été long et assez difficile, mais ni le monteur Stéphane Perriot, ni moi n’allons nous plaindre d’avoir pu bénéficier de tant de belles et riches sources pour raconter une histoire aussi passionnante.

 

Pourquoi avoir souhaité confronter les interviews de ces figures de la Résistance à celles d’hommes politiques aujourd’hui ou récemment aux affaires?

 

G.P. : L’histoire du Conseil National de la Résistance est une histoire politique. Ses membres ont rédigé un programme qui allait être mis en place par des responsables politiques. Or, ce sont les responsables politiques actuels qui sont censés nous donner les orientations des décennies à venir. Quasiment tous les candidats à la présidence de la République avaient mentionné le programme du CNR dans leurs discours, il m’a paru naturel d’aller leur demander en quoi ils estimaient légitime cette évocation, au regard des politiques qu’ils mènent ou qu’ils voudraient mener. Je n’ai pas été déçu par leurs réponses : une fois gratté le vernis, la plupart ont tendance à vite s’énerver sur les questions de politique fondamentale. Pour moi, l’Histoire ne doit pas être mise dans du formol. Elle doit questionner le présent pour servir le futur.

 

Précisément, on voit poindre l’objection : ce fut certes une belle histoire mais les mesures édictées il y a 70 ans ne sont pas forcément celles dont la France a besoin aujourd’hui, entre crise économique et mondialisation…

 

G.P. : Ce sont surtout les gens de droite qui ont ce type d’arguments… En fait, qu’avaient fait les résistants en appliquant ce programme? Ils avaient restauré la république et ses principes de liberté, d’égalité et de fraternité. Ils avaient mis en place des barrières et des règles qui allaient permettre de ne pas revivre le marasme des années 30, consécutif à la crise financière de 29 : nationalisation des banques, de l’énergie, amendement sur la presse pour qu’elle soit réellement indépendante, instauration de l’état social, etc. Je continue de penser que les valeurs de solidarité contenues dans ce programme ne sont pas attachées à la seule période des années 40, elles sont toujours actuelles. Toutes ces mesures visaient à imposer un état fort avec des politiques volontaristes sur le plan social et économique. N’est-ce pas ce dont nous aurions besoin aujourd’hui face à la domination de la finance et du seul pouvoir économique?

HISTORIQUE C.N.R

Après avoir réussi à unifier les mouvements de résistance de la zone Sud, c’est au cours du séjour qu’il fit à Londres en février-mars 1943 que Jean Moulin définit, en accord avec le général de Gaulle, ce que devait être sa nouvelle mission: constituer le « Conseil de la Résistance ». Dès qu’il fut à nouveau en France, il s’attela à la tâche. Il fallait rencontrer et convaincre les représentants des mouvements, des partis et des syndicats résistants. Ces organisations étaient extrêmement différentes les unes des autres, situées sur toute la gamme de l’échiquier politique, de la droite aux communistes.

 

La présence des partis politiques n’était pas du goût de tous les mouvements. À leurs yeux, les partis incarnaient la France qui avait été défaite et les remettre en selle n’était pas souhaitable. Cependant, il était crucial d’imposer auprès des Alliés l’idée que la Résistance était pleinement représentative de l’opinion et de la volonté politique du peuple français. Finalement, le 27 mai 1943, sous la présidence de Jean Moulin, seize membres se réunirent pour la première fois dans le Conseil nouvellement constitué, en plein Paris occupé, 48, rue du Four, au nez et à la barbe de l’occupant. Le Conseil approuva à l’unanimité un texte reconnaissant le général de Gaulle pour seul chef.

 

Moins d’un mois après, le 21 juin 1943, Jean Moulin, fut arrêté et torturé jusqu’à ce que mort s’en suive Sa disparition fut un coup dur pour le CNR, et inaugura une phase de flottement. Son successeur à la tête du CNR fut Georges Bidault.

 

Ce n’est qu’à l’automne 43 que différents membres du CNR se mettent à concevoir des « programmes » dont le dénominateur commun est de préconiser l’extension des « droits économiques et sociaux » pour l’après-guerre.
Les socialistes, le Commissaire national à l’Intérieur, André Philip, ex-député SFIO, le Front national (émanation du PC), la CGT présentèrent tour à tour différents projets. Ce fut des discussions menées à propos de ces projets successifs que finit par naître l’accord scellé le 15 mars 1944.
Le programme du CNR comportait deux volets. Le premier était un « plan d’action immédiate » préparant l’insurrection nationale que le CNR appelait de ses voeux. Le deuxième exposait les « mesures à appliquer dès la libération du territoire »: rétablissement du suffrage universel et des libertés fondamentales; instauration d’une véritable démocratie économique et sociale; planification concertée; nationalisation des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques; plan complet de sécurité sociale; retraite pour les vieux travailleurs; extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales, etc.
Le programme du CNR affirmait la nécessité d’un Etat fort détenant les principaux leviers de l’économie et des finances. Il proclamait la nécessaire solidarité à l’égard des plus démunis auxquels il fallait apporter sécurité et protection. Une grande partie de ces mesures furent mises en application à la Libération. Nous en bénéficions encore tous les jours mais une grande majorité des français en ignorent la provenance.

LES MESURES

Les mesures prises entre 44 et 46 préconisées par le C.N.R

 

– 26 AOÛT ET 30 SEPTEMBRE 1944, organisation de la presse, interdiction des concentrations et séparation de la presse des pouvoirs économiques et politiques.

– 13 DÉCEMBRE 1944, institution des Houillères du Nord-Pas-de-Calais suivie de la nationalisation de l’ensemble des houillères en 1946.

– 18 DÉCEMBRE 1944, contrôle de l’État sur la marine marchande.

– 16 JANVIER 1945, nationalisation des usines Renault et confiscation des biens de Louis Renault.

– 22 FÉVRIER 1945, institution des comités d’entreprises.

– 29 MAI 1945, nationalisation de la société Gnôme et Rhône devenue la Snecma.

26 JUIN 1945, nationalisation des compagnies Air Bleu puis de Air france.

– 4 OCTOBRE 1945, ordonnance de base de la Sécurité sociale.

– 17 OCTOBRE 1945, statut du métayage.

– 2 DÉCEMBRE 1945, nationalisation de la Banque de France et de quatre grandes banques de dépôt.

– 18 JANVIER 1946, dépôt à l’Assemblée de projets de loi sur la nationalisation de l’électricité et du gaz.

– 21 FÉVRIER 1946, rétablissement de la loi des quarante heures.

– 28 MARS 1946, vote de la loi sur la nationalisation de l’électricité et du gaz.

– 24 AVRIL 1946, nationalisation des grandes compagnies d’assurances.

– 25 AVRIL, extension du nombre et des attributions des comités d’entreprises.

– 26 AVRIL, 1946, généralisation de la Sécurité sociale incluant la Retraite des vieux.

– 19 OCTOBRE, loi sur le statut de la fonction publique.

LES INTERVENANTS

Dans l’ordre de leur apparition dans le film.

 

Léon LANDINI

Résistant FTP MOI, né en 1926, Léon Landini a participé activement à nombre de sabotages et d’assassinats dans la guérilla lyonnaise contre l’occupant. Il fut arrêté et torturé par Klaus Barbie. Toujours actif aujourd’hui, il fait partie des résistants travaillant à la remise en avant de l’esprit du Conseil National de la Résistance (CNR).

 

Laurent DOUZOU

Historien spécialiste de la Résistance, Laurent Douzou a publié de nombreux ouvrages sur cette période qui font référence, notamment : “La désobéissance”, “histoire du Mouvement Libération-sud”, éd. Odile Jacob, Paris, 1995 ; La Résistance française-Une histoire périlleuse, éd. du Seuil, 2005, et Lucie Aubrac, éd. Perrin, 2009. Il est actuellement enseignant à l’Université Lyon II et à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon.

 

Robert CHAMBEIRON

Né en 1915, membre du cabinet de Jean Moulin avant-guerre, résistant, secrétaire du CNR, Robert Chambeiron fut député durant 27 ans après-guerre. Il est le dernier témoin vivant ayant participé à la première réunion du CNR le 27 mai 1943.

 

Jean-Louis CREMIEUX-BRILHAC

Résistant, né en 1917, membre de la France Libre, Jean-Louis Crémieux-Brilhac suivit les avancées de la rédaction du programme du CNR depuis Londres, au côté du Général de Gaulle. Devenu historien, il est aujourd’hui l’un des meilleurs analystes des rapports de force qui ont permis la rédaction et la mise en place du programme du CNR.

 

Daniel CORDIER

Résistant, né en 1920, issu d’une famille monarchiste et antisémite, Daniel Cordier devient républicain au contact de Jean Moulin dont il fut le secrétaire lorsque celui-ci présidait le CNR. Il fut un acteur important dans la mise en place du CNR.

 

Raymond AUBRAC

Résistant, né en 1914, Raymond Aubrac, co-fondateur de Libération Sud, fut arrêté avec Jean Moulin, torturé par Barbie et libéré par sa femme Lucie. Il fut nommé préfet de région à la Libération par de Gaulle, il appliqua les directives du CNR. Jusqu’à son dernier souffle, il n’a pas ménagé sa peine pour rappeler les valeurs du CNR, toujours actuelles selon lui. Décédé pendant le tournage, il tenait absolument à l’existence de ce film.

 

Yves GUÉNA

Résistant, né en 1922, membre de la France Libre, Yves Guéna fut plusieurs fois ministre du Général de Gaulle. Il incarne une certaine vision gaulliste de la mise en place et de la destruction du programme du CNR.

 

Stéphane HESSEL

Résistant des Forces Françaises Libres, né en 1917, déporté, Stéphane Hessel a été co-rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. Avec la publication de son livre à succès « Indignez vous ! », il a contribué à la remise en lumière du programme du CNR. Il est décédé pendant le tournage du film.

 

Nicolas OFFENSTADT

Historien, Nicolas Offenstadt est maître de conférences à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Il est codirecteur de la rédaction de la revue “Genèses”, Sciences sociales et histoire. Il a publié plusieurs ouvrages dans la période récente sur l’utilisation des symboles historiques dans les discours politiques.

 

Christophe RAMAUX

Chercheur au Centre d’économie de la Sorbonne, Christophe Ramaux enseigne à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Il est membre du Conseil scientifique d’Attac. Il a publié, “L’état social”, éd. Mille et une nuits-Fayard, mars 2012 L’Etat social. Pour sortir du chaos néolibéral.

À PROPOS DE GILLES PERRET

Gilles PERRET est né en 1968 à Mieussy, un village de Haute-Savoie où il réside. Après des études d’ingénieur en électronique, il décide de s’orienter vers le cinéma.

 

Depuis 1998 il réalise des documentaires, ancrés pour la plupart dans la réalité de ce pays qui est le sien, les Alpes, et diffusés par plusieurs chaînes de télévision: Arte, France 3, La Chaîne Parlementaire, la Télévision Suisse Romande… Il s’attarde chez ses voisins pour mieux aborder la réalité politique et économique du monde actuel.

 

Son premier film sorti en salle, « Ma Mondialisation », racontait l’histoire de la mondialisation à travers l’histoire d’un patron de PME atypique. Il a réalisé ensuite « Walter, retour en résistance ». L’histoire de son voisin, résistant, déporté. C’est ce film qui a notamment donné naissance au livre à succès de Stéphane Hessel « Indignez-vous ! ». Puis, il s’est intéressé à l’histoire ouvrière d’hier à aujourd’hui dans le documentaire « De mémoires d’ouvriers ».

 

« Les Jours heureux » est son quatrième film sorti dans les salles de cinéma.

LISTE TECHNIQUE

Réalisation : Gilles Perret
Production : Fabrice Ferrari
Assisté de : Marion Grange
Image : Jean-Christophe Hainaud
Montage : Stéphane Perriot
Musique originale : Laurie Derouf
Mixage : Benoit Reyne
Etalonnage : Nicolas Straseele

CE QU'EN DIT LA PRESSE

CRITIKAT.COM

Plus qu’un projet pédagogique ou un montage héroïque, le film remet en mouvement l’histoire et ses acteurs, le particulier et le politique, les morts et les vivants.

 

LE MONDE

Ce film est l’histoire du démantèlement du Conseil National de la Résistance.

 

LES FICHES DU CINÉMA

Palpitant, émouvant, militant, “Les Jours heureux” secoue le spectateur et revigore le citoyen.

 

aVOIR-aLIRE.com

Un documentaire essentiel qui revient en détail sur l’histoire du CNR, grâce à de nombreux témoignages d’anciens résistants, tout en ouvrant des perspectives sur le présent et même le futur. Passionnant.

 

PREMIÈRE

Passionnant.