Fiction / Croatie

MÈRE ET FILLE

Partie faire sa vie en Allemagne, Jasna revient en Croatie rendre visite a sa mère Anka, qui résiste au temps, a la maladie et aux aspirations de ses proches. Mais Anka, méfiante et acariâtre, tient a garder son autorité et n’accepte la présence de personne.

La Rochelle – Sélection officielle 2020
Saint-Jean-de-Luz – Compétition officielle 2020
Compétition Premiers Films 2019

ANNÉE
RÉALISATION
SCENARIO
AVEC
FICHE TECHNIQUE
DATE DE SORTIE

2019

Jure PAVLOVIC

Jure PAVLOVIC

Daria LORENCI-FLATZ, Neva ROSIC, Vera ZIMA, Anka VUCKOVIC, Marijo JURKOVIC

1h37 – Couleur – 2.39 – Dolby Digital 5.1

2 juin 2021

RENCONTRE AVEC LE RÉALISATEUR

L’idée du film vient d’une situation familiale qui m’avait marqué. Mais il m’a fallu du temps avant de me décider a en faire un film. Au cours du processus de création, le projet a beaucoup changé, notamment avec cette idée de dépasser le réalisme brut pour se rapprocher d’une narration plus spécifique a la fiction, tout en conservant les éléments indispensables a la nature du film. Mais l’idée initiale et les émotions d’origine étaient présentes des l’origine et sont restées dans le film jusqu’au résultat final.

 

Une part de réalisme

 

Le simple fait de tourner dans la région ou j’ai grandi était déjà un retour a mes racines. Dans un sens, je me sentais presque comme le personnage principal de Jasna retournant vers sa terre natale et redécouvrant des choses longtemps oubliées de sa jeunesse. Presque tous les personnages secondaires sont inspirés de personnes réelles, tout comme de nombreux dialogues et détails présents dans le film viennent de situations de la vie réelle. Cela m’a aidé a créer un environnement précis et authentique.

 

Un film en immersion

 

Pour tourner un film d’une manière autant immersive, il fallait une actrice capable de vraiment s’élever a une telle exigence. Je connaissais Daria depuis longtemps, donc ça a donc été un processus de plusieurs années pour préparer le rôle. Nous parlions du rôle de Jasna et nous répétions a chaque nouvelle version du scénario. Je savais que c’était vraiment elle qui permettrait au film de prendre vie.
La chef opératrice Jana Plečaš et son caméraman Pavel Posavec ont également été très importants, car ils devaient être constamment « synchronisés » avec l’actrice principale, comme des partenaires de danse dans une chorégraphie extrêmement minutieuse. C’était parfois délicat au début du tournage, mais au fil des prises, ils étaient tellement coordonnés qu’ils n’avaient quasiment plus besoin de se parler. Et pour moi, en tant que « maître de cérémonie », c’était un plaisir de diriger cette danse.

 

La mère

 

Le rôle d’Anka était décisif pour le film, et dans beaucoup de scènes, il s’avère encore plus important que celui de Jasna. Car si Jasna est souvent silencieuse et troublée par les situations, Anka, elle, porte l’action et la plupart des situations dramatiques. Il fallait une actrice avec une grande force et une grande autorité intérieure. Neva Rosić était la personne idéale. Son expérience et ses connaissances m’ont beaucoup aidé a travailler ce personnage complexe.
Je voulais filmer la relation entre la mère et la fille de manière distante au début du film, avec Anka toujours en arrière-plan, mais dominante et très forte, tant physiquement que mentalement. Puis sa dureté apparente s’estompe, son esprit et son corps s’affaiblissant, et progressivement la caméra et Jasna se rapprochent d’elle, jusqu’au moment final ou Anka arrive enfin au centre de l’objectif.

 

Chapitres

 

A l’origine, il n’y avait pas cette structure, mais elle s’est imposée a mesure que l’on devait ressentir que le personnage principal était pris par le temps. Au début, elle prévoit de rester simplement quelques jours, pour régler les choses et s’en aller. Puis son séjour, même s’il n’est pas simple, se prolonge encore et encore. C’est au montage que nous avons choisi d’utiliser ces chapitres pour marquer une forme précise du temps dans l’histoire.

 

L’engagement

 

Même si je me concentre sur les relations intimes, il y a beaucoup d’éléments qui font référence au contexte politique et social. Anka est devenue la « matriarche » au sein d’une communauté profondément patriarcale, parce que la vie l’a forcée a le faire. Ayant perdu son mari et son fils très tôt, elle a du assumer des responsabilités pour lesquelles elle n’avait pas été préparée. Et c’est sans doute ce qui l’a amenée a être trop dominante voire même cruelle. Si sa fille est partie très jeune de la maison familiale, c’est parce qu’étant une femme, elle n’était pas autorisée a se construire une carrière.
Avec ce film, j’essaie de combattre ces notions de femmes reléguées au deuxième plan, ce qui est encore loin d’appartenir au passé. Et j’essaie aussi de retrouver des liens durables dans les rapports familiaux traditionnels, ou l’on prendrait davantage soin des malades et des personnes âgées. Des liens forts qui rendent chacun d’entre nous plus fort.

À PROPOS DE JURE PAVLOVIC

Diplômé en Arts dramatiques a Zagreb, Jure Pavlović (1985) participe a plusieurs programmes internationaux comme Berlinale Talents, Sarajevo Talents Campus ou Sources 2, et réalise plusieurs courts-métrages, dont “Picnic qui remporte en 2015 le Prix du Meilleur court-métrage européen. “Mère et Fille” est son premier long-métrage.

LISTE ARTISTIQUE ET TECHNIQUE

LISTE ARTISTIQUE

 

Daria LORENCI-FLATZ : Jasna
Neva ROSIC : Anka
Vera ZIMA : Mare
Anka VUCKOVIC : Nada
Marijo JURKOVIC : Stipe

 

LISTE TECHNIQUE 

Réalisation et scénario : Jure PAVLOVIC
Image : Jana PLECAS
Montage : Dragan VON PETROVIC
Production : Bojan  KANJERA, Biljana TUTOROV
Coproduction : Quentin LAURENT, Srdan SARENAC
Producteurs associés : Veronika KUHROVA, Michal KRACMER, Louise BELLICAUD, Claire CHARLES-GERVAIS

Une production SEKVENCA, en coproduction avec WAKE UP FILMS, LES FILMS DE L’OEIL SAUVAGE, NOVI FILM, PEGLANJE SNOVA

CE QU'EN DIT LA PRESSE

L’HUMANITÉ

Parmi les innombrables films sur les relations parents-enfants, celui de Jure Pavlovic se situe dans une bonne moyenne, entre les deux pôles extrêmes figurés par Sonate d’automne, d’Ingmar Bergman, sommet du déchirement entre une génitrice et sa rejetonne, et Mère et fils, d’Alexandre Sokourov, qui célèbre de façon élégiaque le rapport apaisé d’un homme avec sa mère agonisante.

 

POSITIF

“Mère et fille” pourrait courir le risque de la saturation pathétique si l’écriture des personnages ni la progression des séquences ne semblaient aussi justes. Nul effet lacrymal ni racolage mélancolique dans cette lointaine déclinaison de “La Gueule ouverte” (Pialat, 1974).

 

LIBÉRATION

A la fois matérialiste et tout proche du vertige intérieur qui étreint l’héroïne, Mère et fille trouve le ton d’une douleur universelle.

 

TÉLÉRAMA

Dans le registre des rapports tendus entre générations, ce film croate distille une émouvante singularité.