Documentaire / Pays-Bas

NO WAY

Abandonner son troupeau ? Trouver un autre boulot ? Tout envoyer paître ? Pour Stijn, c’est “No Way”. Il se battra jusqu’au bout, contre vents, marées et loi du marché. Et il n’est pas seul.

Millenium – Festival International du documentaire de Bruxelles
Festival International du documentaire d’Amsterdam
Visions du réel (Suisse)

ANNÉE
RÉALISATION
SCENARIO
AVEC
FICHE TECHNIQUE
DATE DE SORTIE

2019

Ton van ZANTVOORT

1h21 – Couleur – 1.85 – Dolby Digital 5.1

14 Octobre 2020

ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR

Comment vous est venue l’idée de faire ce film ?

 

Je connais Stijn depuis 11 ans maintenant. Je l’ai rencontré en me baladant dans les landes des Pays-Bas. Je ne savais même pas qu’il existait encore des bergers à cet endroit ! J’étais surpris de le voir, je me demandais ce qu’il faisait là. C’était en 2009. J’ai entendu dire que c’était encore un travail important dans les landes, essentiellement pour la biodiversité. J’ai d’abord réalisé un court-métrage de 15 minutes sur Stijn, Past As Future, puis je ne l’ai plus vu pendant un ou deux ans. Quand je l’ai revu, je ne l’ai pas reconnu : il était amaigri, il avait perdu ses cheveux, ses joues étaient creusées, ses yeux étaient noirs. Je lui ai alors demandé ce qu’il lui était arrivé. Il était stressé, et m’a répondu : « ça ne va pas du tout dans les landes ». Il est allé voir un médecin qui lui a dit que la cause de sa perte de cheveux était le stress. Le fait que les bergers, vivant encore avec une vision romantique du métier, perdent leur cheveux à cause du stress, fut le point de départ de mon film. Ensuite, j’ai fait de nombreuse recherches sur le métier, son contexte, ses difficultés et j’ai découvert ce qui était en train de se passer. C’est là que j’ai voulu expliquer et comprendre. Pour moi, ce film n’est pas uniquement porté sur les bergers. Ce film représente tous les changements de nos sociétés. Le berger exerce un métier vieux comme le monde, il en a conservé une vision si romantique ! Et voilà qu’il en perd ses cheveux à cause du stress ! Au départ, les gens se demandaient pourquoi je voulais faire un film sur un berger. Ils me disaient que c’était ennuyeux. Je leur répondais que ce n’était pas sur les bergers, que c’était autre chose, que ce n’était pas ennuyeux. C’est l’histoire d’un homme stressé, l’homme le plus stressé que je connaisse, à part moi !

 

Dans votre film vous suivez un homme qui se bat pour sa passion, qui lutte contre la mécanisation de son métier, qui tient à conserver son travail. Peut-on dire que votre personnage poursuit le même combat que le vôtre, en tant que cinéaste engagé ?

 

Ça peut paraître étrange mais je me suis toujours dit que ce film était, pour moi, semblable au fait de me regarder dans un miroir. Les gens à qui je disais cela étaient surpris : pourquoi penserais-je cela ? Je suis réalisateur et il est berger ! En réalité, c’est son histoire, mais c’est aussi mon histoire. Le sous-titre du film c’est « Comment vivre dans un monde en conflit avec ses convictions ? » C’est exactement ce que je ressens dans mon quotidien. J’ai des convictions, des envies, mais c’est très difficile de les tenir parfois. Toutes les choses que l’on entreprend ont des conséquences sur la planète.
J’ai rencontré Stijn et je voulais faire un meilleur film pour un monde meilleur. Et quand je l’ai observé pour ce film, je l’ai vraiment vu devoir quitter ses convictions, son idéal de vie.
Stijn vit en marge de la société. Mais jusqu’où peut-il aller ? Est-il possible de véritablement vivre en dehors des normes imposées aujourd’hui ? Il était déjà complexe pour lui d’exercer ce métier quand il était seul mais avec une famille en plus, c’est encore plus difficile. Aux Pays-Bas, le système de santé coûte 12 000 euros par famille par an. Les enfants doivent aller à l’école et maintenant, ils doivent avoir un ordinateur portable. Comment, dans ces conditions, est-il encore possible de vivre en accord avec ses idéaux lorsque ceux-ci sont anti-matérialistes ? Et puis, il faut dire que Stijn et moi, nous nous ressemblons beaucoup. On a le même âge, on a le même caractère, les mêmes idées. Aujourd’hui, nous sommes restés de très très bons amis, nous nous parlons tous les jours.

 

Dans votre film, beaucoup de plans sont très travaillés esthétiquement et laissent imaginer un film de fiction. Qu’est-ce qui a motivé ces choix esthétiques ?

 

Je suis beaucoup plus inspiré par la fiction. Les gens ont souvent une vision très biaisée du documentaire, beaucoup de clichés. Spécialement sur les documentaires dits « animaliers ». Je voulais vraiment insister sur le travail esthétique et surtout, sur le personnage de Stijn comme figure du combattant, une histoire à la David contre Goliath. Je voulais mettre en avant un personnage principal, ce qui peut faire effectivement penser à de la fiction. Je voulais raconter son histoire. Pour moi, il était très important de saisir les choses à vif, sur le moment. Les interviews face caméra ne m’intéressent pas du tout.

Pour faire un documentaire comme celui-là, j’ai bien entendu dû écrire un script. Il faisait 70 pages. Je décrivais absolument tout : la forme, le style, la manière de filmer les paysages. Tout ce que je filme doit raconter quelque chose.

J’ai filmé pendant deux an et demi, j’ai monté pendant deux ans et demi. Je ne prétends donc pas être un réalisateur du cinéma vérité, puisque je suis intervenu dans cette narration. Mais cette histoire, elle, est bien réelle. Les spectateurs me disent souvent que Stijn est un bon acteur mais la vérité c’est qu’il est très très mauvais acteur ! Parfois je lui demandais de répéter une phrase qu’il venait de dire. Il était incapable de le faire !

 

Stijn a-t-il vu le film ? Quelle fut sa réaction en se voyant, et en voyant son histoire ?

 

Je lui ai d’abord montré les rush du film, à la fin du tournage. Il les a vu avec sa famille. Malheureusement, ils ne l’ont pas vu dans de bonnes conditions, sur une petite télévision. La première impression était bonne, mais pas excellente. Puis on a fait la première à l’IDFA, le festival de documentaire d’Amsterdam, il était là, au milieu de 400 spectateurs. La femme de Stijn a ensuite fait un post sur Facebook disant qu’elle était très heureuse de la manière dont j’ai raconté leur histoire, d’autant plus que, depuis, ils ont dû tout arrêter. Aussi, entre temps, le père de Stijn, qu’on voit à l’écran, est décédé d’un cancer. Alors ce film, pour eux, c’est aussi une sorte d’hommage.
Le fait est que j’ai aussi montré des côtés sombres de sa personnalité. Il le savait déjà, ça. Je l’avais prévenu que j’allais tout montrer de lui et il était d’accord avec ça. Il voulait que je montre certes l’aspect romantique du métier mais aussi sa réalité, aussi stressante soit-elle. Il s’est vraiment reconnu dans le film. Il faut dire qu’il aime aussi être à l’image et adore que les regards soient tournés vers lui ! Il a bien aimé se sentir un peu comme un star.

 

La présence de votre caméra a-t-elle pu l’aider dans son combat et lui a-t-elle donné la force de continuer ?

 

Je le connaissais déjà depuis tellement longtemps ! Il a tout de suite oublié la présence de la caméra. Nous ne savions pas comment le film allait finir. Dans le script, j’avais écrit cette option, celle où il gagne. Mais bien entendu, je tourne un documentaire, donc je ne sais pas.
Finalement, il a abandonné. Ma question de départ était : « Peut-on vivre avec ses idéaux malgré les pressions que la société nous imposent ? » Ma réponse reste que c’est difficile. Et c’est la réponse que j’ai eu en filmant le combat de Stijn. La caméra n’a pas pu l’aider, rien n’a pu finalement l’aider. C’était trop dur. Tout était trop dur.
Ce qu’il ne voulait pas, avec la présence de la caméra (et quand bien même il aimait que l’attention soit portée sur lui) c’était d’incarner le grand représentant de tous les bergers du monde, la mascotte. Il voulait vraiment être un berger comme un autre et c’est ce que j’ai voulu montrer de lui, en le filmant dans son quotidien.

 

Ce n’est pas uniquement un film sur un combat ouvrier mais aussi une histoire de famille et l’histoire de l’impact du capitalisme sur cette famille. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce choix d’inclure la famille dans le film ?

 

Pour moi, il s’agit d’une histoire universelle. Je veux que les spectateurs puissent se reconnaître dans cette histoire, dans celle de mon personnage principal. J’ai tout fait pour ça. Le fait est que je filme un berger !
C’est donc très difficile pour la plupart des gens de connecter avec cette réalité. Alors qu’en y intégrant la famille, on peut vraiment tous se reconnaître, pas uniquement si on est berger mais aussi, si nous sommes des parents. Je voulais montrer la partie angoissée de sa personnalité et en la montrant seule, on peut s’imaginer que ce mec est un salaud méchant et stressé ! Il n’en est pas un du tout, et l’amour que lui porte sa famille le prouve. Et puis je voulais montrer ce que cette situation pouvait impliquer. C’est facile d’être berger pour soi-même mais quand tu as une famille à nourrir c’est plus compliqué, il faut faire des sacrifices. C’était aussi une manière de montrer que sa famille compte plus que tout, plus que son métier, plus que ses passions, plus que ses convictions. Dans le script, j’ai aussi écrit le rôle des parents et des bénévoles. Stijn est l’homme de la maison et en même temps, ses parents doivent continuer de nettoyer ses saletés ! Et c’est ce qui s’est vraiment passé. J’ai aussi voulu montrer les bénévoles qui étaient très présents, qui avaient beaucoup de problèmes comme on le voit dans le film d’ailleurs. Il faut savoir que Stijn, c’est un aimant à gens à problèmes. On peut dire que, parfois, il est plus travailleur social que berger !

 

Stijn attire beaucoup les médias…

 

On le voit faire beaucoup de plateaux télévisés dans lesquels ils est érigé en héros, en exception. Quand je l’ai rencontré en 2009, il était déjà un peu visible dans les médias. Il aime l’attention c’est sûr, mais surtout, il ressent le besoin de représenter ce métier, pour que les gens sachent. Stijn amène souvent les gens dans les champs pour leur montrer l’importance
de ce métier, d’ailleurs.

 

Avez-vous rencontré d’autres bergers comme Stijn où incarnait-il l’exception aux Pays-Bas ?

 

J’en ai rencontré d’autres. La plupart d’entre eux prétendent qu’ils sont encore une centaine sur le territoire mais en réalité, il n’existe plus qu’une petite soixantaine de bergers traditionnels aux Pays-Bas. Il faut savoir que beaucoup de gens ici ont des moutons. Ces moutons ont besoin de brouter. Donc, il faut les amener au pâturage. Les bergers amènent alors tous les moutons brouter et ils payent pour ça. Il faut savoir que la race de moutons qu’a Stijn est en voie d’extinction. Il n’y a plus que 600 moutons de cette race. Ce ne sont pas des moutons utilisés pour leur viande mais pour leur laine. Or la laine, c’est seulement 10 centimes le kilo. Cela signifie, qu’on ne peut pas vivre de ça. Il faut donc inventer de nouvelles idées pour gagner sa vie. Certains l’ont fait en montant des start up, des conférences, des formations mais le fait est que Stijn est un berger traditionnel et qu’il n’a pas le temps pour ça : il doit prendre soin de son troupeau. 365 jours par an. Il ne peut pas quitter ses moutons. Il doit faire face à une grande concurrence : les grosses compagnies qui mécanisent leurs activités, celles qui élèvent des moutons pour leur viande (plus de 3000). Vu qu’il a des moutons qui peuvent brouter, il doit trouver un moyen d’utiliser ça pour entretenir les terrains, proposer les services de ses moutons. On peut obtenir, aux Pays-Bas, des aides financières pour ça.

Ce n’est pas forcément un berger qui peut y prétendre parce que cette aide se déroule pendant les vacances d’été, tout le monde veut travailler avec les bergers. Il suffit de mettre un troupeau sur un terrain, un autre sur un autre terrain mais c’est une autre manière de travailler, qui n’est pas la sienne !
On a besoin de beaucoup de gens pour gérer tout ça. 10 volontaires l’aident dans les démarches aussi car il n’a pas le temps. Il gagne 30 000 euros par an. Ce n’est pas ça qui fait vivre une famille et une société ! Surtout avec 10 bénévoles.
Un des bergers que je connais a publié le statut suivant sur Facebook : « tous mes moutons sont à vendre. » Et je connais la douleur qui se cache derrière ce statut. Le métier est difficile pour tous les bergers traditionnels.

 

Est-ce que les instances gouvernementales néerlandaises ont vu le film ?

 

J’ai essayé de leur montrer, j’ai invité toutes les personnes que je connaissais du gouvernement à voir le film, certaines personnes trouvaient ça très intéressant et important mais ne faisaient pas partie du Ministère de l’agriculture. Pour aider Stijn, malheureusement c’est trop tard. Mais le fait est que le film a pu aider d’autres bergers depuis. Au départ on ne pouvait signer qu’un contrat d’un an pour rester sur un terrain avec ses moutons et maintenant, on peut signer pour 5 ans. Aussi, quelque chose a changé à propos des taxes. La taxe était de 21 % à l’époque. 21 % qu’il ne voyait pas revenir, c’était des coûts supplémentaires. Les grandes compagnies, elles, ne payaient que 6 %, ce n’était pas très clair cette affaire ! Et depuis, le gouvernement a statué que la taxe serait la même pour tout le monde. Malheureusement, pour beaucoup de bergers, c’est déjà trop tard mais pour les autres, c’est un espoir. Et moi, je suis heureux d’avoir pu contribuer un peu à cela avec le film !

 

Avez-vous directement sorti la caméra ou avez vous d’abord passé du temps sans caméra avec Stijn et sa famille ?

 

J’ai toujours gardé la caméra car je ne savais pas combien de temps j’allais rester. On était déjà très amis depuis bien des années, mais quand j’ai eu l’idée de faire le film, je me suis dit qu’il était mieux d’avoir la caméra tout de suite. C’était un peu plus difficile avec les enfants, spécialement le plus grand. J’ai fait beaucoup d’images de lui. Le plus grand aimait bien grimacer face à la caméra c’était donc un peu plus compliqué !

 

Pensez-vous à une suite de cette histoire ?

 

Comme on le voit à la fin, Stijn et sa famille partent en France et arrêtent tout aux Pays-Bas. Il voulait continuer son métier de berger traditionnel en France. Mais les visas étaient trop chers. Il a reçu une offre d’emploi dans une grande compagnie en France. Mais après quelque mois, la compagnie a fait faillite, le modèle économique n’était pas bon. Ils ont dû rentrer, d’autant plus que le père de Stijn est décédé, qu’il était en train de perdre la ferme, etc. puis il a eu une offre d’emploi dans les Pyrénées. La femme du berger de cette ferme-là avait un cancer et est décédée récemment. Stijn est donc parti dans les montagnes avec ce berger pour s’occuper de ses moutons pendant 4 mois. Pour lui c’était un rêve qui se réalisait et en même temps c’est difficile, au milieu de nulle part, sans électricité et avec les enfants. Ils ont donc déménagé dans une maison plus adaptée non loin des montagnes. Je n’ai pas filmé cette partie-là car on ne voulait pas entrer dans la vie de cet homme qui venait de perdre sa femme. Aussi, je ne voulais pas le filmer dans un endroit où il ne parlait pas la langue où il était plus difficile pour lui de s’adapter. Il était berger pendant 20 ans et maintenant, il n’a plus rien. Il a pour ambition d’écrire un livre en ce moment. Peut-être que je retournerai le filmer, je ne sais pas encore.

 

Avez-vous rencontré des difficultés / des obstacles pendant la réalisation du film ?

 

Le fait de faire un film est déjà un obstacle en soi. Le plus difficile était de trouver un équilibre entre ce que je ressens pour Stijn et ce qu’il est. C’est mon ami, je l’aime beaucoup et quand on fait le montage soi-même, il est difficile de rester objectif. C’est pour ça que le montage a été si long d’ailleurs. Sur les conseils des diffuseurs et producteurs j’ai dû changer beaucoup de choses. Un an après, j’ai filmé le moment où ils sont arrivés en France. Stijn avait coupé ses cheveux, il avait pris 10 kilos, mais je n’ai pas voulu intégrer ces images.

 

Entretien réalisé par Mélanie Simon-Franza, journaliste.

À PROPOS DE TON VAN ZANTVOORT

Né à Heesch aux Pays-Bas en 1979 et diplômé de l’Académie des arts visuels de Breda en 2003, Ton van Zantvoort réalise son premier film en 2006, Grito de piedra, primé à l’IDFA, festival international du film documentaire d’Amsterdam. “A Blooming Business” (2009), qui, en recueillant les récits de Kennedy, Oscar et Jane, s’interroge sur le coût social et écologique de l’industrie de la fleur au Kenya dont l’exportation est une source de revenus majeure pour le pays, est sélectionné dans de nombreux festivals, accordant par là même au jeune réalisateur une certaine reconnaissance. Ses films seront depuis lors particulièrement traversés par ces enjeux socio-économiques et environnementaux, ainsi que caractérisés par ce regard attentionné, enrichi par un langage d’images intimes à la structure poétique, sur les marginaux de tous bords, ceux qui survivent en luttant contre les grandes forces du capitalisme telles que le tourisme, le commerce international et la consommation de masse.

CONTEXTE

Stijn, le berger héroïque

 

Avec son regard bleu déterminé et son allure de cow-boy solitaire, Stijn Hilgers qui mène son troupeau de moutons dans la brumeuse et silencieuse lande néerlandaise, est l’un des derniers bergers traditionnels des Pays-Bas. De cet idéaliste romantique et joyeux, Ton van Zantvoort en fait la figure centrale de son film. Ce qui est intéressant à propos de Stijn, dira-t-il, c’est qu’il n’est clairement pas un protagoniste facile à aimer. Car oui, Stijn peut être bougon et râleur, mais il est aussi et surtout libre. Une liberté qu’il préserve au prix d’une lutte acharnée, année après année, contre la mécanisation, la concurrence, la baisse des subventions et les embûches administratives. Lorsqu’il perd son principal contrat de pâturage, la situation devient désespérée. Homme accroché à ses idéaux dans un monde dominé par la loi du marché, le voilà transformé contre son gré en entrepreneur moderne, entraînant avec lui femme, enfant et parents. Il se fait organisateur d’événements, restaurateur, et intervient même à la radio et à la télévision, accompagné de ses moutons ! Le berger est devenu homme de spectacle. Au risque de se perdre ?

 

L’élevage ovin aux Pays-Bas

 

Les Pays-Bas ont un long passé d’élevage et de reproduction des moutons. En effet, le climat et le paysage y sont particulièrement adaptés. Si à l’origine les moutons étaient élevés sur des terres pauvres, actuellement, ils sont largement répandus dans tout le pays, et de nombreux fermiers opèrent dans le domaine de l’élevage et de la production des ovidés. Les moutons ne nécessitent pas de logements coûteux et utilisent de façon efficace les terres sur lesquelles ils vivent. Se nourrissant essentiellement d’herbe (herbes séchées en hiver), leur coût n’est pas lié aux fluctuations de celui des aliments pour animaux comme les céréales, le soja et le maïs. De plus, ils fournissent une vaste gamme de matières premières : la viande, le lait de brebis (utilisé principalement pour la fabrication de fromages et de yogourts), la laine (vêtements, décoration) et même certains sous-produits comme la lanoline, matière grasse imperméable à l’eau, retrouvée naturellement dans la laine et utilisée comme base pour des produits cosmétiques.

 

L’élevage ovin au service de l’environnement

 

En fertilisant les surfaces agricoles par leurs déjections, les ruminants limitent fortement le recours aux engrais chimiques. Les animaux, principalement élevés sur des exploitations où est produite la majeure partie de leur alimentation, consomment également de nombreux coproduits inutilisés, des productions végétales qui ne peuvent être intégrées à l’alimentation humaine : foin, drêches de blé, brisures de pois, pulpe de betterave. Ce sont ainsi des millions de tonnes de déchets qui se trouvent naturellement recyclées chaque année. De même, historiquement développé dans des zones agricoles difficiles, l’élevage d’herbivores joue un rôle déterminant dans le maintien de la biodiversité de la flore et de la faune. Ces ensembles paysagers entretenus forment des zones seminaturelles peu perturbées par l’activité humaine, autant de lieux de refuge, de nidification et de réservoirs de nourriture indispensables pour de nombreuses espèces animales. De manière plus générale, la préservation et l’entretien de ces surfaces préviennent l’érosion en retenant les particules. Ainsi, l’élevage de moutons est considéré comme le moyen le plus efficace de valoriser les terres agricoles les plus pauvres ou accidentées.

 

En Hollande, pâturage sur les dunes

 

Dans certaines régions des Pays-Bas, les dunes servent à l’épuration de l’eau des lacs, destinée à satisfaire les besoins de la population locale en eau potable. Plusieurs types de gestion sont mis en oeuvre pour conserver ces milieux. Utilisés depuis plusieurs années afin d’en maintenir les particularités écologiques, les pâturages pour moutons permettent d’apporter des solutions à plusieurs problématiques modifiant la végétation des dunes telles que la lutte contre les espèces invasives tout en favorisant la prolifération des espèces autochtones (végétales, animales, insectes), celle contre l’embroussaillement, le rétablissement de la richesse du sol, en particulier son réchauffement par le fumier.

 

La race texel, la fierté des éleveurs hollandais

 

Appelée «l’île aux oiseaux», Texel (25 km de longueur et 10 km de largeur) est aussi l’île des moutons puisqu’elle compte pas moins de 14 000 ovins, soit pratiquement une bête par habitant. Le texel est une race aux qualités variées qui associe ses aptitudes bouchères (race bien conformée comportant peu de gras et présentant un excellent rendement de carcasse) à de très bonnes qualités maternelles, le texel faisant en effet partie des races les plus prolifiques avec une production laitière qui lui permet également d’élever naturellement ses agneaux.

 

Des bergers urbains en France ?

 

Depuis quelques années, un nouveau type de berger apparaît : le berger urbain ! Et avec lui, les transhumances à travers les villes. Le 6 juillet 2019, on a ainsi pu voir un troupeau de vingt-cinq moutons entamer un périple de 140 km au départ de la basilique de Saint-Denis. Au terme d’une boucle traversant six départements et trente-cinq communes de l’Île-de- France dont Vincennes, Ivry-sur-Seine et Versailles, cette transhumance du Grand Paris se veut un véritable plaidoyer pour une ville écologique. Notamment soutenue par l’association Clinamen et son émanation Les Bergers urbains, initialement installée en 2012 en Seine-Saint-Denis et ayant essaimé dans d’autres villes en France, l’initiative vise aussi à promouvoir le développement d’une agriculture urbaine et innovante, dans les interstices laissés par l’urbanisation.

LISTE TECHNIQUE

LISTE TECHNIQUE 

Réalisation, direction de la photographie et montage : Ton van ZANTVOORT
Conseils en montage : Joost STEELEN, Ralf VERBEEK, Gys ZEVENBERGEN  et
Barbara HIN
Son : Annerose LANGEVELD, Olivier NIJS  et Iris van DE RIJT.
Musique : Roy BEMELMANS
Conception sonore : Jeroen GOEIJERS
Effets spéciaux et étalonnage : Newton Film
Conseils en étalonnage : Ramon DE JONG
Logistique : Rob MAAS
Graphisme : Newton Solutions
Production : Marc THELOSEN  et Koert DAVIDSE pour Seriousfilm, Ton van
ZANTVOORT pour Newton Film
Productrice déléguée : Annerose LANGEVELD pour Newton Film
Ventes internationales : Films Transit
Ce film a été soutenu par le Dutch Cultural Media Fonds, le Fonds néerlandais
pour le cinéma et Brabantse Beauties

CE QU'EN DIT LA PRESSE

Un documentaire d’une vibrante humanité filmé tel un western tragique.
LES FICHES DU CINÉMA

 

Ton van Zantvoort rend compte brillamment de cette personnalité forte qui porte le film, usant à bon escient de son histoire pour alerter plus largement sur les abus du système. Un film militant essentiel.
CULTUROPOING.COM

 

Un documentaire précieux dont la fin mélancolique interroge nos convictions profondes sur notre façon de vivre et de consommer.
PREMIÈRE

 

Quand le réalisateur filme (superbement) les moutons dans la lande néerlandaise, on se croirait dans un western.
TÉLÉRAMA