Documentaire / France, Cameroun

PARTIR ?

Après plusieurs années d’exil en Europe, Stéphane, Léo, Cheikh et Boye Gaye sortent de leur silence. De désillusions en désillusions, ils ont fini par revenir dans leur pays d’origine. Leur retour est perçu par leurs proches comme un échec. Guy Roméo, un Camerounais arrivé en France en 2007 à l’âge de 21 ans, est le seul à être resté. Il s’accroche à Marseille où il espère réaliser son rêve : devenir un artiste célèbre, comme son idole, le rappeur Mac Tyer.

Festival international du film Panafricain de Cannes 2020
Luxor African Film Festival 2020
Festival Le Temps Presse 2020 – Prix Le Temps Presse
Ecrans Noirs 2019 – Prix du meilleur documentaire camerounais

ANNÉE
RÉALISATION
SCENARIO
AVEC
FICHE TECHNIQUE
DATE DE SORTIE

2020

Mary-Noël NIBA

Mary-Noël NIBA

1h17 – Couleur – Dolby Digital 5.1

10 Novembre 2021

ENTRETIEN AVEC LA RÉALISATRICE

De quel besoin est né le projet Partir ?

 

Il y a une trentaine d’années, je suis rentrée au Cameroun après avoir fait mes études supérieures en France. J’ai réalisé qu’il y avait alors comme une mode : celle de tenter sa chance en Europe. J’ai vu plusieurs des miens et d’autres encore partir en exil après avoir fait des économies et des sacrifices. J’ai parfois tenté d’en dissuader certains qui avaient tout vendu pour partir en Occident, mais en vain. J’entendais parfois dire dans certaines familles au Cameroun que l’un des leurs était parti, mais on ne savait pas ce qui lui était arrivé car il ne donnait plus de nouvelles. Souvent, la personne avait soit trouvé la mort pendant la traversée, soit elle était bien arrivée en Europe. Mais les conditions de vie difficiles ou leur état psychologique leur faisait se couper de leurs familles restées au pays. Puis, il y en a eu quelques-uns qui revenaient en silence. Ils semblaient presque tous atteints psychologiquement. Parmi eux : Stéphane, mon frère adoptif et Léo, mon cousin. Ils sont revenus après quelques années d’exil et ont été accueillis par les moqueries de leur entourage. Ils avaient honte et se terraient dans le silence. Ils semblaient raser les murs sous les quolibets des autres qui les traitaient de « loosers ». Déjà à cette période-là, j’étais intriguée par le phénomène et je me demandais comment en parler. Je me disais qu’ils avaient besoin d’aide et je ne voyais aucune disposition prise par les gouvernements pour enrayer ces problématiques. Dans le cadre de mon travail à l’ambassade du Cameroun à Paris, je me suis retrouvée devant une autre facette du phénomène : beaucoup de migrants camerounais ayant risqué leur vie pour atteindre l’Europe se retrouvaient dépassés par la dureté de la vie et craquaient. Plusieurs m’ont raconté la difficulté d’avoir des papiers mais surtout la difficulté de faire demi-tour. Face à cette réalité, j’ai décidé de faire un documentaire afin de sensibiliser les africains sur cet Eldorado illusoire. Je voulais parler du Cameroun mais aussi d’un autre pays servant de point de départ aux candidats à l’exil : le Sénégal. De mon point de vue, ceux qui avaient affronté tant de difficultés en Europe et avaient eu le courage de rentrer – parce qu’il faut du courage – ceux-là étaient de véritables héros de guerre. C’étaient à eux de prendre la parole.

 

Pourquoi aborder ce sujet maintenant ?

 

Après le naufrage de Lampedusa, l’idée du documentaire s’est définitivement installée, d’autant plus que la migration avait pris une dimension incontrôlable, folle. Suite à cela, les naufrages se sont multipliés, relayés sans cesse par les médias français. Des mesures ont été prises par les gouvernements européens pour endiguer le phénomène mais il me semblait que rien ne changeait, bien au contraire. Je me suis dit qu’il fallait tenter quelque chose : attaquer le mal à la source en retournant sur place pour donner la parole à ceux qui avaient des choses à nous dire. Il fallait, à mon avis, décourager les candidats à l’exil en leur disant la vérité en amont. J’ai aussi réalisé que si les médias européens parlaient au quotidien des naufrages de migrants africains, ce n’était pas le cas des médias africains qui passaient sous silence ce phénomène. Pendant plusieurs années, je me suis demandé comment faire parler Stéphane et Léo qui étaient rentrés, sans les effrayer. A force d’écouter ce que disaient les autres par moquerie, ils s’étaient inventé une autre vie en Occident, dans le but de se faire accepter.
Certains disaient être revenus juste pour voir la famille, avec l’intention de repartir ensuite. Mais les années passant, ils étaient toujours là, anéantis. Il me fallait raconter la vérité. Le rappeur Mac Tyer avait entendu parler de mon projet. Il m’a contactée pour me montrer l’article du Parisien consacré à Guy Roméo, un migrant camerounais qui avait sonné à sa porte un matin. J’ai alors décidé qu’il était temps de matérialiser le projet. Le développement et le tournage se sont fait bien avant la sortie du film en 2019. Le phénomène migratoire et la gestion des migrants est toujours au coeur de l’actualité, c’est pourquoi je pense que ce film est important.

 

Quelles ont été les difficultés de ce projet ?

 

Les difficultés sont toujours les mêmes que l’on rencontre lorsqu’on décide de faire un film. Cela dit, il y’en a que j’aimerais relever ici et qui sont liées au sujet du film. Ma première grande difficulté a été de trouver comment traiter différemment cette thématique par rapport à ce que l’on peut en voir dans les médias. J’espère y être parvenue. Une autre difficulté a été de gagner la confiance des différents protagonistes. Il m’a fallu pour certains, plusieurs rencontres et discussions anodines, avant qu’ils se confient à moi devant l’oeil indiscret de la caméra. La plus grande difficulté a été le financement du film, situation courante à laquelle sont généralement confrontés les films africains. Mais grâce à Alain Etoundi, Laurence Lascary a lu le projet et y a adhéré immédiatement. Ensemble, nous avons fait le pari d’une coproduction franco-camerounaise entre sa société de
production DACP, et la mienne, LUMAN Communications. Malgré les refus des différents guichets de financement, nous y sommes arrivées. Le soutien de Laurence, de son associé Lahoucine Grimich, ainsi que de toute l’équipe DACP a été primordial. Je voudrais également remercier tous les contributeurs du crowdfunding (KissKissbankbank) qui ont permis à ce film de voir le jour.

 

Quel votre souvenir le plus marquant sur le tournage ?

 

Il y en a plusieurs, mais un m’a particulièrement marquée : les enfants de Stéphane, mon grand frère adoptif, ont réalisé 8 ans après le retour de leur père que celui-ci avait besoin de leur soutien pour se réintégrer. Je me suis rendu compte qu’ils avaient tous des choses sur le coeur qu’ils n’avaient jamais pu exprimer auparavant. Ils se sont confiés et le plus jeune a craqué et fondu en larmes. Il venait de réaliser qu’il n’avait jamais connu l’amour paternel car son père était parti trop tôt et n’avait pas su comment l’aimer à son retour. C’était dur ! Finalement, les enfants de Stéphane cherchaient l’amour de leur père, plus que tout l’argent qu’il aurait pu leur envoyer d’Europe.

LES PROTAGONISTES

Stéphane

Stéphane, le grand frère adoptif de Mary-Noël Niba la réalisatrice du film Partir ?, a décidé, il y a quelques années, de fermer son entreprise de mécanique pour aller chercher fortune en Europe. 8 ans après, il est rentré au pays contre son gré en ayant l’impression d’avoir tout perdu.
«J’avais des amis à l’étranger qui connaissaient mon savoir-faire et qui m’ont fait comprendre que si je partais en Europe, il y avait de fortes chances que je m’en sorte mieux. »

 

Cheikh

Cheikh, jeune sénégalais a passé près de 10 ans en Europe. Il est finalement rentré au Sénégal pour retrouver sa grand-mère. Il dresse un constat amer de son expérience : le jeu n’en valait pas la chandelle.
«Je pensais que l’Europe c’était l’Eldorado, je voulais changer de vie mais c’est le contraire qui s’est produit.»

 

Boye-Gaye

Le quotidien de cette mère de famille sénégalaise a été bouleversé le jour où le gouvernement de son pays a retenu sa candidature pour partir travailler dans des plantations en Espagne.
« Nous avons roulé de 20 heures à 8 heures du matin. Une fois arrivées sur place, nous n’avions rien dans le ventre. Nous étions assises et attendions que les contremaîtres nous amènent vague par vague au camp de travail. »

 

Léo

Parti pendant de longues années en Occident, Léo est rentré au pays avec une certaine amertume et pas un sou en poche. Après avoir traversé une dépression, il est apaisé et prêt à partager son histoire.
« Avant, je disais que je préférais être pauvre en Europe plutôt que d’être riche en Afrique. Aujourd’hui je n’ai plus la même vision. »

 

Guy-Roméo

Guy-Roméo, alias GDH (Général Docteur H-Chelem), est un jeune camerounais dont le rêve est de devenir rappeur. Il a quitté le Cameroun à l’âge du 17 ans et après 4 années d’un périple dangereux, il s’est présenté devant son idole, le rappeur Mac Tyer.
« Je veux faire de la musique et c’est pour ça que j’ai pris le chemin de l’exil. Cet exil, je l’ai pris comme si j’étais un militaire qui partais en mission : je pars en mission et je reviens. Sauf que la mission prend plus de temps que prévu. »

LES INTERVENANTS

Calixthe BEYALA

Calixthe Beyala est née en 1961 au Cameroun. À dix-sept ans, elle arrive en France et suit des études de lettres et de gestion. En 1987, elle publie son premier roman, C’est le soleil qui m’a brûlée. Elle a depuis obtenu le Grand Prix littéraire de l’Afrique noire pour Maman a un amant, le Grand Prix du roman de l’Académie française pour Les Honneurs perdus et le Grand Prix de l’Unicef pour La Petite Fille du réverbère. Outre sa carrière d’écrivain, elle milite auprès de nombreuses associations pour la reconnaissance des minorités, le développement de la francophonie et la lutte contre le sida. Calixthe Beyala a été faite chevalier des Arts et des Lettres.
«Pendant des siècles, on a fait croire aux noirs qu’ils avaient des pays pauvres, qu’ils avaient des pays malades, qu’ils avaient des peuples plutôt bêtes, non-développés, sous-instruits, incapable de se manifester dans l’espace-temps en tant que nation. »

 

Aly TANDIAN

Le professeur Aly Tandian est Maître de Conférences en Sociologie. Il a soutenu une thèse de Doctorat à l’Université de Toulouse 2 Le Mirail en France. Il enseigne à la Section de Sociologie de l’Université Gaston Berger (Sénégal) où il est le Directeur du Groupe d’Etudes et de Recherches sur les Migrations & Faits de Sociétés.
«Dans les pays de départ, malheureusement la migration est considérée comme une sorte d’investissement. On a mobilisé pour que vous partiez donc c’est difficilement accepté de vous voir revenir. »

 

Mac TYER

Né le 23 avril 1979 à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, Socrate Petteng aka Mac Tyer ou “Le Général” ou “So” (de Socrate) de est un auteur-compositeur et rappeur français, d’origine camerounaise. Vrai gamin de rue du mythique 9.3., il forme avec son double Makenzy Guerrier aka Mac Kregor, le groupe Tandem en 1999, et commence à débiter la réalité du ghetto. C’est en octobre 2005, avec la sortie de sa mixtape “Patrimoine du ghetto”, qu’il se lance dans une carrière solo.
«Que ces migrants soient rentrés ? Je pense qu’ils sont intelligents. Parce que moi je sais que j’ai des témoignages de tontons, tu vois les anciens papas Camers (Camerounais) qui sont venus en France ,il y en a beaucoup qui sont venus en France dans les années 70 et qui ont été prisonniers de leurs combats, ils ne sont jamais rentré au Cameroun. »

À PROPOS DE LA RÉALISATRICE

Mary-Noël Niba est l’auteure de nombreux documentaires, notamment : «Le dos de la veuve», «Yannick ou le pied de l’espoir», «Bamenda City», ainsi que d’autres films diffusés à la radio comme «L’Héritier de Mellan», «Zéro Ballon» ou encore un long métrage intitulé «Claire ou l’enfant de l’amour».

 

Elle est d’origine camerounaise et a étudié le cinéma à l’ESRA de Paris. Elle a ensuite poursuivi ses études à l’université de Valenciennes (où elle a obtenu un DEUG en arts plastiques), puis à l’université d’Aix Marseille où elle a obtenu une maîtrise en sciences et techniques Métiers de l’Image et du Son.

 

Elle a débuté sa carrière à la CRTV (radio-télévision camerounaise) en tant que productrice de programmes d’information et de magazines d’information tels que « Thermomètre» ou encore «Recto Verso». Elle a créé et animé le programme « Le Français Tel Quel», un magazine sur les spécificités du français parlé au Cameroun, qui la rendra populaire dans tout le pays. Elle occupera ensuite le poste de directrice adjointe chargée de la production, puis le poste stratégique de directrice adjointe chargée du marketing et de la publicité.

 

Consultante en charge du projet “Maisons des Savoirs” à l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), elle est actuellement chargée des relations publiques à l’ambassade du Cameroun à Paris. Cinéaste et productrice indépendante, elle est la fondatrice de Luman Communications, une société de production et de distribution basée à Yaoundé, au Cameroun.

À PROPOS DU COMPOSITEUR DU FILM

Richard Bona a composé et interpreté 8 musiques originales pour illustrer le documentaire “PARTIR?”.

 

Né le 28 octobre 1967 à Minta, dans l’est du Cameroun, Richard Bona s’initie dès l’âge de cinq ans au balafon au sein d’une famille de musiciens.

 

Après avoir fait danser dans les cabarets de Douala, et suivi les cours du conservatoire de Versailles, puis croisé la route du violoniste Didier Lockwood, et…s’être fait expulser de France, il s’installe à New York en 1995.

 

C’est là qu’il rencontre le claviériste de Weather Report Joe Zawinul, qui lui met le pied à l’étrier de la scène internationale, et…lui présente Herbie Hancock, Chick Corea, ou Harry Connick Jr.

 

Au mois d’août 1999 paraît le premier album de Richard Bona : Scenes From My Life accueille entre autres le saxophoniste ténor Michael Brecker, et le pianiste Jean-Michel Pilc. Reverence (septembre 2001) est pour ce qui le concerne illuminé par la participation de la guitare véloce de Pat Metheny.

 

Dans Munia : The Tale (septembre 2003), Bona duettise avec Salif Keita.

 

En 2005, il édite un projet tripartite, et une nouvelle osmose entre jazz et world music : Toto Bona Lokua réunit le Martiniquais Gerald Toto, le Congolais Lokua Kanza, et Bona. Richard Bona élargit encore davantage ses horizons musicaux en accueillant pour Tiki (août 2006) le Brésilien Djavan, ou l’Indienne Susheela Raman.

 

L’album Bona Makes You Sweat (mars 2008), florilège en public de ses précédents enregistrements, inclut également une version du « I Wish » de Stevie Wonder. L’album suivant The Ten Shades of Blues en 2009 voit Richard Bona emprunter la route du blues. En 2013, le bassiste camerounais fait preuve d’inventivité en proposant l’album acoustique Bonafied comportant notamment un duo avec Camille sur « La Fille d’à côté » et une dizaine de ballades d’inspiration variée. En 2016, le bassiste éveillé publie un nouvel album, Héritage, un voyage introspectif et un hommage à ses influences musicales africaines.

LISTE TECHNIQUE

Réalisation : Mary-Noël NIBA
Écriture : Mary-Noël NIBA

CE QU'EN DIT LA PRESSE

LES FICHES DU CINÉMA

Partir ? évoque l’immigration d’une façon inédite, tout en dressant un constat accablant des conditions de vie des migrants en Europe.

 

LIBÉRATION

Si [le] discours, destiné à exhorter par l’exemple, prend le dessus sur la présentation concrète des vies évoquées, et contraint le montage à sursignifier, à en rester à une généralité comparative, le film parvient pourtant à dessiner les contours et l’urgence du sujet – ou du verbe – qu’il défriche.

 

TÉLÉRAMA

Un documentaire puissant.