Documentaire / France

SOUL KIDS

A Memphis, une des villes américaines les plus sinistrées, la Stax Music Academy fait figure d’oasis. Fondée sur l’héritage du label légendaire des années 60 qui accompagna la lutte pour les Droits Civiques, cette école de musique, extra-scolaire et gratuite, permet à des adolescents passionnés d’apprendre et de comprendre l’Histoire noire américaine à travers la découverte des plus grands tubes de la Soul.
Un voyage musical dans le temps et une plongée dans la pensée d’une nouvelle génération.

Prix SACEM – Meilleur Documentaire musical
Grand Prix du Jury FAME 2021
Sélection FIPADOC 2021

ANNÉE
RÉALISATION
SCENARIO
AVEC
FICHE TECHNIQUE
DATE DE SORTIE

2020

Hugo SOBELMAN

Hugo SOBELMAN

1h15 – Couleur – 1.85 – Dolby Digital 5.1

24 Novembre 2021

ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR

“Soul Kids” est votre premier film… Parlez-nous un peu de votre parcours.

 

J’ai grandi à Paris, avec un père producteur et une mère scénariste. Après le bac, j’étais donc plutôt décomplexé à l’idée de tenter ma chance dans le cinéma sans forcément passer par une école. J’ai fait plein de petits jobs, de livreur de rushs à préposé aux cafés et aux photocopies… Puis j’ai été assistant mise en scène, j’ai appris à monter, et j’ai commencé à faire des courts-métrages avec des copains, et notamment mes frères d’armes, Dorian et Nicolas, qui ont travaillé sur “Soul Kids”. J’aimais bien les choses sur le vif ; c’est pour cette raison sans doute que le documentaire ne m’a pas fait peur. J’avais une spontanéité avec la caméra, et un univers qui venait autant de la fiction que du clip, avec la musique en toile de fond, qui est l’autre grande passion de ma vie.

 

Comment est né le projet “Soul Kids” ?

 

À l’été 2016, j’ai fait un voyage de six semaines avec une amie, entre Chicago et la Nouvelle Orléans pour découvrir la musique locale. J’avais une caméra et une longue focale avec moi (la Sony A7S avec laquelle on a fait “Soul Kids” d’ailleurs). Nous avons rencontré énormément de monde, et compris un peu plus la culture du Sud, le lien entre les musiques (jazz, soul, hip hop) et l’histoire orale dans les communautés africaines-américaines, avec les luttes sociales en toile de fond… De retour à Paris, j’ai montré un montage de ce que j’avais aux producteurs Christophe Barral, Toufik Ayadi et Carine Ruszniewski, et ils m’ont permis d’y retourner, cette fois avec un chef opérateur et un ingénieur du son.

 

C’est là que vous avez découvert la Stax Music Academy. Qu’y avez-vous trouvé qui en faisait le sujet parfait pour ce que vous aviez envie de raconter ?

 

La Stax était une des dernières étapes de ce second voyage, et j’ai tout de suite su qu’il y avait là tout ce que je cherchais. L’idée de la musique qui pense et qui panse, cette idée de la connaissance de soi, qui est très importante dans la communauté africaine-américaine, mais aussi les personnages, et mon envie de faire un film choral. L’endroit agrégeait parfaitement les deux grandes thématiques que j’avais en tête depuis le début : la musique et la lutte communautaire noire américaine, des champs de coton au blues en passant par la soul ou les musiques contestataires actuelles comme le rap. La musique y est appréhendée ainsi, comme un vecteur positif et sociétal, une source d’inspiration pour une communauté, et un endroit d’exemplarité.

 

On voit bien dans le film comment tout cela est intégré à la pédagogie et au cursus…

 

Oui. Ces enfants sont élevés au gospel, ce qui leur donne très tôt une compréhension de la musique et de la scène. Mais au-delà du talent, ou du côté purement artistique, tout le monde dans l’école sait à quel point ce qui s’y joue est crucial, pour l’avenir de ces enfants comme pour la continuité de la tradition culturelle. Il s’agit avant tout de leur permettre d’obtenir une bourse pour faire des études supérieures. Les élèves ont conscience que la musique les éloigne de la rue, en ouvrant des espaces de réflexion, des rencontres, des perspectives…

 

Cet aspect fait partie de l’ADN du label Stax…

 

Absolument. Moi je suis arrivé à rebours sur cette musique. J’ai grandi avec le hip hop, qui est la culture de ma génération, et c’est ça qui m’a ouvert les portes sur ce qui a précédé. La Stax a existé seulement dix-sept ans en tant que label (de 1958 à 1975), mais était le pendant engagé et brut de la Motown. C’est là que se sont formés les premiers groupes « intégrés », avec des musiciens blancs et noirs, comme Booker T & the MGs. Il y a eu des tubes, bien sûr, mais les textes ont accompagné la lutte pour les droits civiques. C’est l’intérêt de la Stax Music Academy, de décortiquer ces chansons, pour comprendre leur histoire et le rôle que les artistes peuvent tenir dans les combats pour le progrès social.

 

Justement, comment avez-vous choisi les personnages principaux du film ?

 

On s’est assez vite focalisé sur les deux duos, Johnathon et Trevor, et Nykyia et Christina, mais sans jamais fermer la porte à d’autres personnages. Ils sont tous très talentueux, et nous n’avons pas choisi les élèves les plus spectaculaires… C’était plus un feeling avec les binômes, et j’avais besoin de personnages centraux pour avoir un fil rouge dans ce film d’humeur. Et puis, en avançant dans le montage, nous nous sommes aperçus que des personnages satellites méritaient leur scène à eux, comme Cat qui chante « I’ve Fallen in Love (With you) », Dorian qui chante « I Love Love » ou De’Aree, qui chante « Soul Man ».

 

D’où est venue la décision de ne pas filmer vos sujets en dehors de l’école ?

 

J’ai appris à les connaître en les regardant dans l’école, qui est un vrai « safe space » pour eux. Nous les avons filmés de très près, et il y a beaucoup de séquences « a capella » dans le film, parce que ces détails permettent de comprendre leurs caractères, leurs peurs, leurs joies, leurs passions… Ce qui m’intéressait, c’était l’émotion qu’ils ressentaient dans cette école, plus que d’essayer de raconter qui ils étaient, socialement ou ethnologiquement parlant. Je voulais raconter ce que provoquent cet endroit, la musique, la joie collective, cette mentalité, cette éducation, et parler avant tout de musique.

 

Cela dit, la question politique traverse le projet. Ce sont de jeunes Africains-Américains, dans une ville du Sud des États-Unis, très pauvre… Comment avez-vous géré cet aspect ?

 

Là encore, le choix artistique du film permet d’apprendre à les connaître par le biais de l’émotion. Et je crois que leur maturité sur certains sujets sociétaux évoqués dans le film en dit long. Pour raconter Memphis, ce double mouvement entre la morosité du quartier et la joie de la vie dans l’école, nous avons choisi de filmer les alentours et de montrer quelques lieux précis du quartier de « Soulsville » : l’église, le parc, ou encore l’angle McLemore Avenue – College Street, où se situe la Stax Music Academy.

 

Comment vous y êtes-vous pris pour faire accepter votre projet de documentaire aux élèves et à l’équipe pédagogique ?

 

Je ne suis pas Noir américain, donc cette question était essentielle. Mon approche est bien sûr passée par un apprentissage, avec un crédo très clair : « je sais que je ne sais pas ». Mais en arrivant à la Stax, j’ai très vite compris que si on filmait dans cet endroit, il fallait assumer que l’on parlerait aussi de la question raciale. La sympathie a été facilitée par le fait que nous étions Français, et ils ont très vite été très ouverts. Au final, j’ai laissé les choses venir à moi, sans aller chercher des anecdotes sur le racisme, qui arrivaient naturellement, notamment dans les scènes de classe, où ils parlent continuellement de ces choses-là. Le film est un billet d’humeur, une photographie d’un moment dans la vie de ces étudiants.

 

Comment est venue l’idée d’intégrer des images d’archive ?

 

J’avais toujours en tête l’histoire culturelle. Ces images des gospels de Memphis, du concert Wattstax (qui a été, en 1972, une sorte de Woodstock noir, dans le quartier de Watts, à Los Angeles), du mouvement pour les droits civiques, ce sont des images que les gamins ont probablement vues, et les intégrer au film était donc une manière d’imaginer ce qu’ils pouvaient avoir dans la tête dans des moments d’extrême intensité, où ils réalisent qu’ils font partie d’une grande lignée. Je voulais évoquer ça de manière émotionnelle et pas didactique.

 

Concrètement, comment s’est déroulé le tournage des scènes de groupe ?

 

Il s’agissait avant tout de les laisser évoluer sans ne jamais les déranger. De ne surtout pas les brider avec nos caméras. L’utilisation de longues focales nous a permis de rester « au contact » malgré les quelques mètres qui nous séparaient.

 

Quid de la prise de son ?

 

Nicolas Mollet, l’ingénieur du son, est avant tout musicien, et c’était précieux d’avoir avec moi quelqu’un qui comprenne vraiment la musique. Il captait le son de manière plus musicale que cinématographique. Quand on a su que Kelvin Walters, un ancien élève de l’école, saxophoniste et qui vient d’entrer à Julliard, ferait la musique, nous l’avons enregistré au Clayborne Temple, cette vieille église de Memphis, qui a une réverb incroyable.

 

Quelles étaient vos références, pendant le tournage, puis au montage ?

 

Certains films ont accompagné la fabrication de « Soul Kids », mais au départ, c’était surtout des clips, comme « Black America Again » de Common et Stevie Wonder, qui était une grande référence visuelle – une femme en Louisiane, filmée de dos sur plus de six minutes en plan séquence. Il y a aussi eu « The 13th », d’Ava du Vernay, qui nous a éduqués sur l’aspect politique, « Do the Right Thing », de Spike Lee, pour cette idée du combat communautaire… Au montage, j’ai beaucoup pensé au cinéma de Roberto Minervini, et notamment « What You Gonna Do When The World’s On Fire ? », pour le côté film choral.

LA STAR MUSIC ACADEMY

Memphis, ville de naissance du Blues, de la Soul et du Rock’n’roll a donné au monde quelques-unes de ses mélodies les plus mémorables.

 

Stax Records, fondé à Memphis en 1957, est un pilier de l’histoire de la musique américaine et le label de musique soul le plus connu. En 15 ans, Stax a vu 167 chansons classées dans le Top 100 des charts pop, et 243 hits dans le Top 100 des charts R&B. Le label a lancé les carrières d’artistes légendaires tels que Otis Redding, Sam & Dave, Rufus & Carla Thomas, Booker T, et les MGs… De nombreux artistes contemporains tels que Ben Harper & Charlie Musselwhite, Nathaniel Rateliff & The Night Sweats ont également enregistré chez Stax Records.

 

Fondée en 2000, la Stax Music Academy (SMA) est un institut de musique situé juste à côté du bâtiment du légendaire label soul des années 60-70, qui accueille aujourd’hui le Stax Museum of American Soul Music.

 

La SMA prolonge l’héritage de la Stax en éduquant les musiciens de demain. Les élèves apprennent l’art de l’écriture et de la composition, afin d’être en mesure de créer leur propre musique, et suivent des cours de business management pour que chaque jeune artiste soit capable de négocier et puisse vivre de son art. L’objectif est de préparer les diplômés à la réussite peu importe leur chemin, que ce soit à l’université ou dans l’industrie musicale.

 

Depuis sa création, plus de 4000 étudiants sont sortis diplômés de la Stax Music Academy. Depuis 2008, tous les élèves ont été acceptés dans une université. Un grand nombre d’entre eux ont reçu une bourse complète pour financer leurs études. Les anciens élèves de l’Académie sont désormais enseignant, chanteur, musicien, et exerce à des hauts niveaux de l’industrie de la musique.

 

La Stax Music Academy a été inauguré le 1er juin 2000 à l’école primaire de Stafford avec 125 élèves. Depuis l’ouverture d’un bâtiment dédié en janvier 2022, la SMA a fourni une éducation musicale de haute qualité à des milliers d’étudiants.
Les étudiants de la Stax Music Academy participent à des ateliers et des performances avec une grande variété d’anciens artistes de Stax Records, et continuent de contribuer au nouveau son de Memphis.

 

En janvier 2021, les étudiants de la SMA se sont produits aux côtés de Justin Timberlake (lui-même originaire de Memphis) devant l’emblématique Stax Museum of American Soul Music, en l’honneur de l’investiture de Joe Biden et Kamala Harris.

À PROPOS DE HUGO SOBELMAN

Hugo Sobelman a commencé sa carrière comme assistant réalisateur sur des films tels que “Queen of Montreuil” de Solveigh Anspach. Il a ensuite travaillé comme caméraman et monteur indépendant à Paris et à Londres. Il fait ses débuts en tant que réalisateur en 2014 en réalisant une douzaine de clips musicaux pour la maison de disques indépendante X-RAY.

Hugo a réalisé ses deux premiers longs métrages documentaires en 2020 ; “Golda Maria” co-réalisé avec Patrick Sobelman (qui sortira début 2022) et “Soul Kids”.

LISTE TECHNIQUE

Réalisation : Hugo SOBELMAN
Scénario : Hugo SOBELMAN
Image : Dorian HAYS
Son : Nicolas MOLLET, Najib EL YAFI
Montage : Maxime MATHIS
Coordinateur de post-production : Pierre HUOT
Supervision musicale : Maxime KRYVIAN
Musique originale : Kelvin WALTERS, Nygel YANCEY
Production : GOGOGO Films & Srab Films
Producteurs : Toufik AYADI, Christophe BARRAL, Carine RUSZNIEWSKI
Distribution : Jour2Fête
Ventes internationales : The Party Film Sales

CE QU'EN DIT LA PRESSE

LES FICHES DU CINÉMA

Brillamment réalisé, ce petit bijou musical et politique en état de grâce fait l’éloge bouleversant de l’art comme construction de soi et reconstruction du monde.

 

LE MONDE

Un regard attentif, qui tient le pathos à distance.

 

CAHIERS DU CINÉMA

En laissant hors champ l’extrême violence qui mine la ville de Memphis, le réalisateur est en accord avec les enseignants qui, à travers des échanges où il n’est plus tellement question de musique, invitent les élèves à déconstruire les récits que l’on assigne par automatisme aux Afro-américains.

 

OUEST FRANCE

Un beau film sur la transition.