DERRIÈRE LES DRAPEAUX, LE SOLEIL

Documentaire / Juanjo PEREIRA

120 heures d’images d’archives : voilà ce qu’il reste de 35 années de dictature de Stroessner au Paraguay. A partir de ce corpus d’images rares retrouvées partout dans le monde, Juanjo Pereira reconstruit l’histoire d’une des dictatures les plus longues du XXe siècle, dont les effets perdurent encore aujourd’hui.

Année

2025

RÉALISATION

Juanjo PEREIRA

SCENARIO

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AVEC

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FICHE TECHNIQUE

1h31 - Couleur - Dolby Digital 5.1

DATE DE SORTIE

25 MARS 2026

NOTE D’INTENTION

Ce documentaire met en question la peur systématique qui a réduit le Paraguay à un silence de plomb qui perdure encore aujourd’hui. Un silence ancré dans les veines d’un pays rural qui ne parle pas de peur d’être déplacé, de perdre un lopin de terre, ou son pain quotidien. Un pays où la police réprime encore toute tentative de manifestation, et où règnent les fils des dirigeants de la dictature de Stroessner.

 

Ce film est né d’un désir profond de briser ce silence et en même temps de contester la sacralisation de Stroessner et de sa dictature. Car ce silence est en quelque sorte une manière de protéger le dictateur, de ne pas le soumettre à un regard contemporain face auquel il est indéfendable. Faire descendre le dictateur de son piédestal, l’exposer dans toute sa brutalité, son grotesque, c’est remettre en cause tout l’échafaudage social, politique et économique du Paraguay d’aujourd’hui, construit pendant le stroesnérisme et perpétué après sa chute.

 

Ce film initie un travail de mémoire qui n’a jamais été entrepris en montrant pour la première fois sous une lumière crue la dictature de Stroessner et les atrocités commises par le régime. Il s’agit de restituer un passé qui ne passe pas. L’exposer, le détruire, avec les armes dont on dispose. Le désacraliser, le ridiculiser, en le dépouillant de sa prétendue nature martiale. Le recours à l’ironie, au ridicule, à l’humour, est l’une des rares armes pour affronter ces monstres et leur héritage.

 

Parmi toutes les formes de violence qu’on perçoit dans le film, la violence politique exercée par le régime n’a d’écho que dans la violence qu’il a exercée contre la nature. La déforestation, la chasse aux animaux, la marginalisation et la ridiculisation des peuples indigènes sont monnaie courante dans les archives. Les agressions de la dictature contre les personnes et le vivant, l’oppression de la société, l’accaparement et l’extractivisme apparaissent comme les fondements de ce régime.

 

Le film tend un miroir double : d’une part, le cas du Paraguay permet de percevoir le soutien complice des pays occidentaux à ce régime sanguinaire pour des raisons stratégiques et économiques. D’autre part, le passé sombre fait écho à notre présent trouble. Le culte de la personnalité du leader, la propagande, la banalisation de l’autoritarisme et des violations des droits humains sont monnaie courante dans le spectre politique et médiatique de notre époque. Revisiter les images de ce régime est un exercice nécessaire pour constater son abjection non seulement éthique mais aussi esthétique, et pour ne plus jamais laisser cela se reproduire.

 

Ces images sont le miroir de notre honte, et le film propose de les affronter, de faire l’effort de désactiver leurs effets au plus profond de nos consciences. Je pense que c’est à cette condition que nous pourrons nous libérer de leur emprise et avancer vers l’avenir.

LA DICTATURE DE STROESSNER
  • 1954 : Coup d’État, Alfredo Stroessner prend le pouvoir et instaure une dictature au Paraguay.
  • Années 1970 : Participation du Paraguay à l’Opération Condor.
  • 1989 : Chute de Stroessner après un coup d’État mené par le général Andrés Rodríguez.
  • 2008 : Élection de Fernando Lugo, premier président progressiste.
  • 2012 : Renversement de Lugo par un coup d’État parlementaire.
  • 2018–2023 : Présidence de Mario Abdo Benítez, fils du secrétaire personnel de Stroessner.

 

La dictature d’Alfredo Stroessner au Paraguay fut l’une des plus longues et des plus répressives d’Amérique latine. Pendant son régime, il mit en place un pouvoir autoritaire fondé sur la violation systématique des droits humains, la répression de l’opposition et un contrôle totalitaire de la société. Recours aux arrestations arbitraires, torture, exécutions extrajudiciaires et disparitions forcées furent utilisés pour faire taire toute voix dissidente.

 

Ce régime fut directement impliqué dans le Plan Condor, opération clandestine coordonnée par les États-Unis avec d’autres dictatures sud-américaines, afin de traquer et éliminer les opposants politiques. Sous la direction de Stroessner, le Paraguay joua un rôle central dans ce réseau de répression et de terrorisme d’État, collaborant activement avec d’autres régimes militaires pour échanger des informations, former des agents et coordonner la persécution des dissidents.

 

Le rôle central du Paraguay dans le Plan Condor explique le soutien international dont bénéficia Stroessner. Les États-Unis et d’autres puissances occidentales privilégiant la stabilité politique et leurs intérêts économiques sur les droits humains et la démocratie. Présenté comme un allié fiable dans la lutte anticommuniste, il reçut une aide militaire et financière qui lui permit de se maintenir au pouvoir malgré les critiques internationales.

 

Son régime exerça une violence extrême sur la population et sur la nature : la déforestation, le massacre de la faune indigène et la distribution de près de 8 millions d’hectares aux proches de l’élite militaire ont accentué les inégalités sociales, faisant du Paraguay l’un des pays les plus inégalitaires du monde.

 

Malgré la transition vers la démocratie, la dictature de Stroessner a laissé un héritage de répression, d’injustices et d’impunité, car les responsables des violations des droits humains commises à l’époque n’ont pas été jugés. L’absence d’un travail de mémoire collective a renforcé le silence et le déni, rendant impossible un bilan précis des victimes. Ses conséquences se font encore sentir dans la société paraguayenne, et la lutte pour la vérité, la justice et la mémoire reste un enjeu majeur pour la démocratie et l’État de droit.