« En 2019, quand j’ai rencontré les acrobates du Cirque Amoukanama, j’ai immédiatement été inspirée par leur mission : association basée à la fois en Guinée et en Belgique, Amoukanama associe les arts du cirque africain et européen et crée l’unité par la diversité. Leurs récits sur la riche tradition acrobatique de Conakry où de nombreux jeunes artistes, issus des bidonvilles, accèdent à des cirques de renommée internationale, m’ont profondément touchée. Après plusieurs rencontres, ils m’ont invitée en Guinée. C’est là que j’ai rencontré Fanta, la plus jeune et la seule fille de la troupe, âgée de neuf ans seulement à l’époque. Sa discipline, son ouverture d’esprit et sa volonté de devenir acrobate m’ont impressionnée. En passant du temps avec elle, j’ai perçu le potentiel d’un film qui traiterait de l’émancipation.
Fantastique explore ce processus complexe d’émancipation qui découle à la fois de la tradition, de l’économie et de l’environnement social. Mon film montre comment Fanta trouve progressivement la force de se remettre en question et de s’affirmer, à un âge frontière entre enfance et l’âge adulte. Dans mon travail j’explore souvent les perspectives offertes aux jeunes, les inégalités sociales et le genre mais sous un angle plutôt ludique. Je crois que les jeunes, par leur curiosité et leur imagination, peuvent offrir de nouvelles perspectives sur le monde, surtout en ces temps de divisions et de préjugés. La créativité et les liens sociaux sont de puissants leviers de changement.
J’ai toujours été consciente de mon rôle d’étrangère européenne blanche. Travailler avec une équipe en partie guinéenne était essentiel pour garantir l’authenticité culturelle et dépeindre l’univers de Fanta avec justesse et précision. Comme la vie quotidienne en Guinée, fantasme et réalité sont souvent mêlés ; le langage du film essaie de refléter cette réalité. Fantastique est un film hybride mêlant documentaire et fiction : le spectateur est plongé dans la réalité acrobatique et vivante de Conakry, parfois magique, où Mami Wata laisse Fanta s’exprimer pleinement. »
Marjolijn PRINS