HELENE TRESORE TRANSNATIONALE

Documentaire / France

C’est dans un geste d’amitié et d’admiration que Judith Abitbol réalise ce portrait d’Hélène Hazera, figure flamboyante des contre-cultures des années 70-90, en France. Il fallait cette proximité de cœur pour approcher cette personnalité singulière et son histoire. Membre des Gazolines, courant situationniste du F.H.A.R. (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire), activiste LGBTQ, journaliste à Libération, Hélène Hazera a créé la commission Trans et SIDA au sein d’Act Up, une de ses grandes fiertés. C’est un peu de l’esprit joyeusement subversif de cette époque qui nous éclabousse là.

Année

2025

RÉALISATION

Judith ABITBOL

SCENARIO

Judith ABITBOL

AVEC

Hélène HAZERA, Claude CHUZEL, Lola MIESSEROFF, Marianne ALPHANT

FICHE TECHNIQUE

1h34 - Couleur - Dolby Digital 5.1

DATE DE SORTIE

25 MARS 2026

NOTE D'INTENTION DE LA RÉALISATRICE, JUDITH ABITBO

TOI, HÉLÈNE

 

Faire un film sur Hélène Hazera, c’est renouer avec les élans insurrectionnels qui ont animé les contestations et les ruptures culturelles des années 1970-1990, faire vibrer la logique désordonnée et bruyante d’une époque qui a bouleversé la culture dominante. Éprouver ce qu’était cet esprit français des années 70-90, à la mesure de l’audace créative de ses marges, comprendre-apprendre l’histoire d’un pays qui, pendant ces décennies, s’est ouvert à ces élans provocateurs, incroyablement créatifs, drôles et désespérés, potaches parfois.

 

C’est laisser émerger une parole, entendre la vérité d’une femme admirée, qui a surgi dans la vie de mes 20 ans comme un idéal de révolte, de liberté, de poésie. Hélène Hazera a fini par accepter que je la filme et que je m’entretienne avec elle, il y a quelques années. C’est dans une longue adresse à elle, directe et intime, que j’ai construit ce film où Hélène se raconte, de son enfance à aujourd’hui.

 

AGITATION POLITIQUE

 

Hélène s’est assumée transgenre très tôt et a participé à des luttes sociales et politiques dès les années 70, pour la liberté de disposer de son corps comme on l’entend et sortir des gangues autoritaires et religieuses. Séropositive depuis longtemps, elle s’est aussi engagée dans la lutte contre le SIDA. Ces luttes majeures des décennies 70 à 90 témoignaient d’une injonction d’agir ensemble contre tous les diktats ségrégationnistes, sectaires, nationalistes. Hélène s’est vu refuser l’entrée à l’IDHEC (Institut des hautes études cinématographiques, actuelle FEMIS) en raison de sa transidentité, et a été travailleuse du sexe. « Une pute qui avait lu les situationnistes, ça ne court pas les rues », disait-elle. Mais sa grande fierté est d’être la première femme trans à être entrée dans un grand quotidien national, à avoir travaillé pour la télévision française ainsi que pour une radio nationale.

 

Des révoltes de Stonewall en 1969 à ma première marche des fiertés en 1981, mon obsession première fut l’égalité : égalité des droits, égalité des peuples. J’ai retrouvé chez Hélène une obsession semblable, un travail obstiné à faire reconnaître les droits des trans, des travailleuses du sexe, l’accès aux soins pour les personnes atteintes du SIDA, les luttes de peuples lointains. Je lisais ses articles dans Libération, articles savamment décapants, savamment révoltés, puis un jour, grâce à des amies qui travaillaient pour Libération, j’ai rencontré Hélène. De nombreuses années ont passé. Je croisais Hélène dans des manifestations, ou chez des amies communes ; à chacune de ces rencontres, ou lors des quelques échanges que nous avions elle et moi, je retrouvais intactes mon admiration et ma joie de la revoir. Le désir de faire un film sur elle et avec elle a pris forme, forcément je dirais, afin de laisser une trace de cette immense personne.

 

RECUEILLIR UNE IMAGE

 

Hélène Trésore Transnationale est un film pour lequel je n’ai pas disposé de beaucoup de rushes d’images pendant sa construction. D’abord, parce qu’Hélène ne voulait initialement pas montrer son visage, avant de m’en donner l’autorisation un an après le début du projet. Ensuite parce qu’il ne pouvait être question de faire ensemble quelque chose de formaté, d’impersonnel. Pour filmer, nous nous donnions simplement rendez-vous chez elle, ou dans les lieux qu’elle et moi fréquentions. Il fallait attraper sa parole au vol, dans le flux d’histoires qu’elle commençait à raconter en surgissant du métro, avant même que j’allume la caméra !

 

Ce film s’inscrit dans une continuité thématique de ma filmographie : je filme et raconte toujours l’amour, la tolérance, une ouverture humaniste. Mais, d’un point de vue formel, il en dévie complètement. Tous les grands principes que je suivais à la lettre dans ma vingtaine (sur le cadrage, la hauteur de la caméra, les plongées et contre-plongées) éclatèrent, et le film se fit, pour ainsi dire, comme il s’est fait. Le montage occupe ainsi une place cruciale dans sa fabrication : il nous aura fallu des années avant de trouver son point d’entrée, avec ma monteuse Cyrielle Thélot.

 

Nous avions une version dite définitive, que nous avons commencé à montrer, avant de repartir à zéro : en changeant la première scène du film, ce nouveau et dernier montage s’est fait dans une grande évidence. Nous avons allongé des scènes, précisé certaines archives, retrouvé un sens logique et émotionnel. Aujourd’hui, je considère que mon but est atteint : inscrire le portrait d’Hélène dans l’histoire, et lui rendre un peu de la générosité folle qu’elle partage avec nous.

 

Judith Abitbol

(Texte recueilli par l’ACID)