Howard Zinn est né en 1922 à New York de parents immigrés juifs des pays de l’Est (un père austro-hongrois, une mère venue de Sibérie), qui enchainaient les petits boulots pour faire tenir au rêve américain la promesse d’une vie meilleure.
Il est un enfant de la classe laborieuse qui a connu la Grande Dépression des années 30. Les changements de domicile quand la famille ne pouvait plus payer les loyers, la privation de tout… mais aussi les livres de Dickens à la lueur de la lampe, les jeux avec les autres enfants pauvres dans les rues de Brooklyn, la découverte de Marx et des auteurs radicaux américains et une forme de communisme libertaire typique de cette génération américaine… Plus tard le basketball avec les copains, les plus grands qui s’engagent dans l’Abraham Lincoln Brigade pour aller combattre le fascisme en Espagne.
À 18 ans, Howard Zinn entre comme ouvrier dans un chantier naval à Brooklyn où il participe à la construction d’un cuirassé, l’USS IOWA. C’est à cette période qu’il pratique le syndicalisme, qu’il échange sur ses préoccupations et ses lectures, forge sa conscience de classe… Après l’entrée en guerre des États-Unis, IL S’ENGAGE COMME VOLONTAIRE DANS L’ARMÉE DE L’AIR pour aller à son tour « combattre le fascisme» en Europe, et continuer la lutte de ses camarades partis quelques années plus tôt en Espagne. On est en 1943, Howard Zinn à 21 ans. Howard Zinn est un « bon élément », il a choisi d’être là et il est nommé sous-lieutenant et sera formé comme bombardier. À bord du Queen Mary qui le conduit en Angleterre, IL DÉCOUVRE LA SÉGRÉGATION RACIALE. Les soldats noirs sont dans la cale et mangent les restes des soldats blancs. « C’était comme une sorte d’étrange remake des transports d’esclaves d’autrefois», écrira Zinn plus tard. C’est sa première prise de conscience des contradictions de la « good war », la « guerre juste ».
Depuis une forteresse volante B52, il est toujours volontaire dans des missions très dangereuses. Il met du cœur à l’ouvrage, enchaine les missions et échappe à la mort plusieurs fois. Il voit des copains mourir pour la patrie et la liberté, celle des autres surtout. IL BOMBARDE ROYAN, dont il comprendra qu’il s’agissait d’un bombardement aussi destructeur qu’inutile. C’est sa deuxième prise de conscience dans cette guerre, mais toutes ces idées contestataires ne se mettront clairement en place qu’à son retour au bercail, après avoir, comme tout le monde, exulté de joie à l’annonce du largage de la bombe atomique sur Hiroshima. Il prendra vraiment conscience de ce que font les bombes sur ceux qui les reçoivent, en allant, au Japon en 1966, visiter les rescapés dont les peaux ont fondu, les corps déchiquetés, des survivants qui ont perdu des bras, des jambes, la vue et qui sont venus le rencontrer. Il reste sans voix.
Il cherchera à comprendre l’utilité de ces bombes et, en étudiant les documents, il en tirera la conclusion qu’elles n’étaient pas utiles pour arrêter une guerre qui était déjà gagnée, mais qu’il s’agissait surtout de s’imposer dans la Guerre froide qui commençait… il range ses souvenirs de guerre, ses documents militaires et ses « breloques » dans un dossier sur lequel IL ÉCRIT « PLUS JAMAIS ÇA ! »
À la sortie de la guerre, il est marié avec Roz, et retourne à sa condition de jeune homme issu de la classe ouvrière. Dans l’ambiance du Maccarthysme et de la « chasse aux sorcières » qui fait la chasse aux communistes, IL EST SURVEILLÉ PAR LE FBI, mais, en même temps, il peut bénéficier du GI’s Bill, une bourse qui permet aux vétérans de faire des études. Alors, il fait des études d’histoire en cumulant de petits boulots.
Son premier poste de professeur d’histoire est dans le Sud ségrégationniste, au Spelman College à Atlanta, en Géorgie, une université de femmes noires, à qui il apprendra leur propre histoire.
Son arrivée coïncide avec le début de la révolte des noirs contre la ségrégation et pour le droit de vote, LE MOUVEMENT DES DROITS CIVIQUES des années 60, l’émergence de figures comme Rosa Parks et Martin Luther King qui vient de lancer une grande campagne de boycott des bus. À travers la lutte de ses étudiantes impliquées dans les actions de désobéissance non violentes, Zinn soutient le mouvement. Il participe à la campagne pour le vote des noirs du Sud et à l’expérimentation du Freedom summer, une école mixte progressiste qui inspirera plus tard la fondation du Zinn Education Project. Howard Zinn est finalement renvoyé du Spelman College et, avec sa famille, ils vont s’installer à Boston où il enseignera jusqu’à la fin de sa carrière à Boston University.
Son arrivée à Boston, en 1964, coïncide avec un autre grand événement qui va secouer les États-Unis et le monde, l’engagement officiel des États-Unis dans LA GUERRE DU VIETNAM. Zinn, qui, depuis la guerre, est déjà très engagé dans le mouvement pacifiste, va faire partie des premiers à s’opposer à cette guerre.
Il milite avec des activistes comme LE PÈRE BERRIGAN, qui participent à des actions pour brûler les papiers d’incorporation et avec qui il va accepter une mission à Hanoï pour la libération de soldats américains. Howard Zinn fréquente le célèbre linguiste NOAM CHOMSKY et, tous les deux, ils vont soutenir leur ami DANIEL ELLSBERG, analyste, qui deviendra le premier lanceur d’alerte de l’histoire pour avoir sorti les PENTAGON PAPERS révélant les mensonges d’État pour justifier l’engagement au Vietnam et les véritables raisons de la guerre (la destruction du « virus » communiste dans la région asiatique).
EN 1980, HOWARD ZINN PUBLIE « UNE HISTOIRE POPULAIRE DES ÉTATS-UNIS » ET ATTEINT UN LARGE PUBLIC (2 600 000 exemplaires vendus aux États-Unis à ce jour). Son livre est un véritable choc aux États-Unis, tant il démolit les mythes sur lesquels est construit le roman national américain, la figure de Christophe Colomb, les trois guerres sacrées (celle de l’Indépendance, de Sécession et Deuxième Guerre mondiale), mais il donne enfin la juste place aux oubliés de l’histoire : les Amérindiens, les esclaves, les migrants, les femmes, les syndicalistes et les oubliés de la lutte des classes, les « working class heros »… Une œuvre majeure qui parcourt plus de 500 ans d’histoire non dite dans les manuels d’histoire à l’époque.
L’œuvre d’Howard Zinn est devenue une référence et lui-même un activiste influent, qui s’engagera jusqu’au bout, contre les guerres d’interventions en Irak et en Afghanistan, ces GUERRES IMPÉRIALISTES menées sous prétexte d’une « guerre contre terrorisme » avec son lot de crimes, de mensonges et de manipulations que confirmeront plus tard les révélations de Chelsea Manning à travers WikiLeaks.
Howard Zinn a voulu que son œuvre serve à des gens comme lui, un engagement qui est assez bien résumé dans ce passage : « Les écrits historiques ont un impact sur nous. Ils peuvent renforcer notre passivité ; ils peuvent nous pousser à l’action. Dans tous les cas, L’HISTORIEN NE PEUT PAS CHOISIR DE RESTER NEUTRE ; IL ÉCRIT DANS UN TRAIN EN MARCHE. » Et pour cela, Howard Zinn a toujours cherché à toucher le plus grand nombre à travers ses livres, ses conférences, et pièces de théâtre (En suivant Emma, Karl Marx le retour) ou encore le spectacle-film auquel il a participé à la fin de sa vie : The People Speak. Le 17 septembre 2020, dans un discours sur l’histoire des États-Unis, le président Donald Trump s’en prenait directement à l’utilisation de l’œuvre de l’historien Howard Zinn dans l’enseignement. Déjà en 2013, à Purdue University, West Lafayette, Indiana, nous avions filmé une mobilisation étudiante soutenue par les professeurs après que livre Une histoire populaire des États-Unis avait été censuré par le président de l’Université, Mitch Daniel, gouverneur républicain de l’Indiana. Le livre d’Howard Zinn a ensuite souvent été l’objet de censure dans les universités du Sud, notamment à Tucson, Arizona. On peut espérer que toutes ces attaques provoqueront suffisamment d’indignations et de résistance pour ne pas aboutir à cette volonté d’effacement de tout ce qui ne correspond pas à la vision «patriotique» de Donald Trump, mais le ton est donné et l’élan trumpien, qui trouve écho en Europe, nous a motivé à terminer notre film, malgré les difficultés.