L’histoire de Halima m’est tombée dessus comme un coup de massue. Après le choc, la question qui achève. Pourquoi la raconter ?
D’abord, être à l’écoute de la femme à l’origine du personnage. Ensuite, opter pour la retenue, le non-dit, sans voyeurisme mais sans complaisance non plus. Pour cela, nous choisissons la Halima adulte, celle qui entreprend une quête de vérité, qui retourne en France dans la maison de son calvaire, affronter ses démons, panser les traumatismes de sa jeunesse et se reconstruire. Puis, adhérer à sa démarche de réparation, se laisser entraîner dans un univers dont on ne contrôle pas toujours les règles mais au sein duquel on sent une cohérence.
Pendant le processus d’écriture, j’avais l’impression que Halima avançait dans un entonnoir, emportée inexorablement par une quête qui la dépassait tout en l’étouffant. Peu à peu, je me suis imaginé le dispositif visuel qui accompagnerait ce sentiment de suffocation, de plongée dans les abîmes. Les décors, le cadrage et la lumière ont suivi pour se resserrer sur Halima au fur et à mesure qu’elle avançait dans son parcours de combattante.
Un travelling dans un couloir étroit revenait souvent dans mes songes quand je pensais à Halima se déplaçant dans la maison de ses parents, comme si le couloir cherchait à l’aspirer. Avec Halima, nous plongeons au cœur d’une situation tragique pour en émerger comme après une longue séance d’apnée, indemnes, certes, mais encore essoufflés par la peur d’avoir entraîné une famille dans une aventure dont on ignorait les dangers.