Loading...

LE CHASSEUR DE BALEINES

Fiction / Russie, Belgique, Pologne

Leshka est un adolescent qui vit dans un village isolé sur le détroit de Béring, situé entre la Russie et l’Amérique. Comme la plupart des hommes de son village, il vit de la chasse de la baleine et mène une vie très calme à l’extrémité du monde. Avec l’arrivée récente d’internet, Leshka découvre un site érotique où officie une cam girl qui fait naître en lui un désir d’ailleurs…

Année

2020

RÉALISATION

Philipp YURYEV

SCENARIO

Philipp YURYEV

AVEC

Vladimir ONOKHOV, Arieh WORTHALTER, Kristina ASMUS, Vladimir LYUBIMTSEV

FICHE TECHNIQUE

1h34 - Couleur - Dolby Digital 5.1

A PARTIR DU

28 JANVIER 2026

ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR

Pourriez-vous nous raconter la genèse du film ?

 

La première chose fut de voir un documentaire sur Lorino, un village de Tchoukotka. J’ai tout de suite voulu faire un film sur cette région, sans avoir encore trouvé le sujet. J’ai eu un véritable coup de foudre pour cet endroit. J’ai passé des années à chercher un sujet qui me permettrait de filmer cette région, puis j’ai eu envie de faire un film sur un adolescent qui tombe amoureux d’une camgirl, et j’ai pensé que ce pouvait être le lieu idéal, étant donné que le village avait obtenu l’accès à Internet depuis peu — ce qui fut quelque chose de très important pour les adolescents et les enfants du village. Il faut comprendre que, pour les garçons du village, Internet est un moyen d’avoir accès aux filles, et ils entretiennent un rapport très romantique avec cela. Entre autres, j’ai essayé de parler de ma propre enfance, même si je ne vivais pas dans un lieu aussi reculé.

 

L’adolescence est un moment où l’on traverse des sentiments comme la solitude ou la tristesse, où l’on cherche sa place. Le thème du premier amour nous permet de nous identifier au personnage, car il est universel. À mon sens, ce n’est pas un film sur la région de Tchoukotka, ce n’est même pas un film « russe » : c’est avant tout un film sur l’adolescence, que tout le monde peut comprendre.

 

La chasse à la baleine fait partie intégrante du film. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces scènes si marquantes et particulières ?

 

Nous avons pu filmer une véritable chasse à la baleine, avec un opérateur de prise de vue. Toutes les scènes de chasse relèvent du documentaire. C’était très challengeant pour moi, car c’est à la fois magnifique et très cruel. Je n’aurais jamais pensé y être si sensible. La baleine est un animal si beau et unique, mais aussi mystérieux pour les hu- mains. Nous connaissons peu de choses sur les baleines — par exemple, leur manière de communiquer entre elles. Nous les voyons un peu comme des extraterrestres, et certaines communautés entretiennent avec elles un lien très ambigu : c’est à la fois un esprit sacré qui les aide à vivre et à penser, un animal central dans leur vie spirituelle ; et en même temps, elles en dépendent pour se nourrir. Ceci dit, le fait de chasser est quelque chose de très important pour ces communautés. J’ai compris assez vite que la chasse à la baleine devait n’occuper qu’une petite partie du film. Je ne voulais pas faire un film « exotique », mais un film universel sur l’adolescence et le premier amour.

 

Surtout, je voulais un film solaire, sur un lieu qui pouvait apparaître au premier abord comme difficile à vivre. Les garçons du village ne veulent pas vivre ailleurs, ils sont très heureux là-bas. Je pense avoir réussi à montrer comment les personnages du film voient leur propre lieu de vie. Je voulais filmer un conte de fées plutôt qu’un « film social russe » qui dépeindrait la difficulté à vivre.

 

Votre film présente cette dualité : la confrontation entre deux mondes. Russie vs Amérique ? Passé vs présent ?

 

Cette région se trouve à la limite entre deux fuseaux horaires. Il existe une frontière géographique que,l’on peut traverser, où l’on passe d’un jour à l’autre. En ce sens, la Russie est le « futur » et l’Amérique est le « passé ». C’est un fait réel qui me paraissait étrange et sur lequel je voulais jouer, car pour l’adolescent, c’est plutôt l’Amérique qui représente le futur, jusqu’à la fin du film où il rentre chez lui.

 

Pourriez-vous nous en dire plus sur le casting ?

 

Je n’arrive pas à m’expliquer comment j’ai pu trouver Vladimir (le jeune interprète de Leshka) — ce fut pour moi une chance presque « mystique ». Je ne voulais pas d’acteur, mais quelqu’un de la région. Je pensais avoir très peu de chance de trouver quelqu’un capable de jouer comme Vladimir. Je l’ai trouvé dans un orphelinat de la région de Tchoukotka, tout comme l’ami dans le film. C’était difficile de travailler avec eux, avec des adolescents, mais nous avons essayé de trouver un moyen de communiquer, et nous sommes devenus amis.

 

Quelles étaient vos références cinématographiques pour ce film ?

 

J’avais beaucoup de références au début, mais cela ne fonctionnait pas. J’ai tout épuré afin de filmer ces garçons « naïfs » de la manière la plus « naïve » possible. Sinon, je pense avoir été beaucoup influencé par les films de Werner Herzog — pas seulement ses films, mais aussi ses idées et sa philosophie. Ce film a été tellement difficile à tourner que j’ai eu besoin d’aide à un moment donné. Je suis allé dans la seule zone où il y avait Internet et j’ai téléchargé un livre de Herzog pour comprendre comment il avait pu survivre à ses tournages. Cela m’a permis de changer mon point de vue. Je ne savais pas ce qui allait arriver ensuite, mais j’ai commencé à voir les conditions du tournage comme idéales.

 

Diriez-vous que le bonheur est sous nos pieds comme semble dire la fin du film ?

 

Je pense que, pour pouvoir être heureux avec ce que l’on a, il faut d’abord s’échapper. C’est typique de l’âge de l’adolescence, et je voulais représenter ce mouvement intérieur à travers le trajet du personnage. Pour ma part, c’est ce que je ressens quand je voyage à l’étranger : je me rends compte que j’aime mon pays, ma famille et mes amis.

 

Entretien réalisé par CINEUROPA au festival de Venise en septembre 2020.

BIOGRAPHIE DU RÉALISATEUR

Philipp Yuryev est né en 1990 à Moscou. Sans aucune expérience préalable, il est accepté à l’Université Nationale de Cinéma de Russie où il réalise le film The Song of the Mechanical Fish. Le Chasseur de Baleines est son premier film, sélectionné à Venise en 2020.