LE GRAND PHUKET

Fiction / France, Chine, Allemagne, Belgique

Li Xing, 14 ans, vit dans le sud de la Chine, dans le district de Grand Phuket, en pleine reconstruction. Il s’entend mal avec sa mère, qui refuse de quitter la maison familiale vouée à la destruction. Le collège où il étudie ne lui apporte que des ennuis. Un jour, il trouve un refuge souterrain dans lequel il peut échapper à sa vie d’adolescent et où d’étranges évènements se produisent…

Année

2024

RÉALISATION

Yaonan LIU

SCENARIO

Yaonan LIU

AVEC

Li RONGKUN

FICHE TECHNIQUE

1h38 - Couleur - Dolby Digital 5.1

DATE DE SORTIE

04 FÉVRIER 2026

NOTE D’INTENTION DU RÉALISATEUR

Quand j’étais adolescent, il y avait une rivière nauséabonde non loin de chez moi. De l’autre côté de la rivière se trouvait un petit village. Un jour, on y a retrouvé une moto et un corps, qui semblaient comme imbibés dans de la sauce soja. Après les maisons des villageois, par-delà les grands champs, on peut marcher jusqu’au lac Dianchi. Sa surface est recouverte d’algues bleues-vertes, ressemblant à des flaques de peinture, où s’entremêlent des jacinthes d’eau. Ce monde, séparé par un mur, est à la fois un paradis et un danger caché. À l’époque, toutes mes aventures et mes rêveries y étaient liées.

 

Les zones urbaines qui entourent ces villages deviennent des îlots au sein de la ville. Les villageois louent leurs maisons construites par eux-mêmes. Le loyer n’est pas très élevé et beaucoup de gens arrivant d’autres villes, régions, et pays frontaliers affluent. Ici, dans une seule maison, peut vivre une centaine de personnes. Le manque d’infrastructures assurant la sécurité, l’urbanisme chaotique, les accidents domestiques fréquents, les histoires de criminalité, le travail, la vie, et les divertissements des habitants de ces quartiers se confondent facilement. Visuellement, toute la zone est urbaine, mais le tempérament des gens qui l’entourent est tout à fait différent.

 

Après 2010, ces villages urbains ont été déplacés, détruits et reconstruits les uns après les autres. L’histoire du « Grand Phuket » s’inspire de cette période. Cette forme urbaine a subi des changements drastiques et disparaîtra tôt ou tard de la ville, remplacée par de nouveaux espaces urbains et de nouveaux modes de vie. Cet endroit, pourtant sale et désordonné, me manque. L’atmosphère chaleureuse s’estompe, les villageois regardent avec nostalgie leurs maisons, désormais remplacées par d’immenses buildings. C’est compliqué de naître dans le quartier du Grand Phuket, une ville éphémère prise en sandwich entre deux époques, à l’image de la courte et violente adolescence du jeune Li Xing dans le film.

 

Le récit de jeunesse dont je parle est le processus par lequel un adolescent se découvre et se définit progressivement. À 14 ans, Li Xing commence à se demander quel genre de personne il deviendra. Il a donc besoin de trouver des repères dans ce monde adulte flou ; il les cherche chez son beau-père, son ami Song Yang, sa mère, la mère de Song Yang et la jeune fille de la radio de l’école. Après que tous ces signaux de détresse ont été ignorés, il désespère peu à peu et cherche un refuge différent de son quotidien, où il pourrait libérer ses instincts destructeurs. Il vit la même chose que le Grand Phuket : il s’effondre, se démantèle, traverse des épreuves et se reconstruit. La vie de cet adolescent est le reflet de cette communauté, de ces populations perdues dans des changements qui vont toujours plus vite qu’elles.

 

Dans l’histoire, l’abri anti-aérien que Li Xing et son ami Song Yang trouvent dans les ruines du Grand Phuket est un clone de Li Xing. Une fois à l’intérieur, les changements survenus dans l’abri suite à la démolition du quartier prennent une dimension sexuelle et charnelle. Il existe une similitude entre ce processus d’accumulation d’une puissance inconnue et la première éjaculation nocturne du garçon, entre peur, excitation et douleur. Finalement, lorsque ces pouvoirs ont éclaté, il peut enfin se calmer et remarquer sa mère, son beau-père et le lieu où il vit. Quelque chose de plus essentiel et de plus profond commence à se rattacher à sa vie.

 

J’ai essayé d’adopter un angle particulier pour montrer ces personnages, afin d’éviter que le film ne devienne une consommation voyeuriste de leur misère. Il y a des conflits violents en arrière-plan, nous les voyons très souvent dans les reportages télévisés, mais tout cela n’est pas au cœur du film. Je me concentre plutôt sur l’évolution de leur monde émotionnel. Leur capacité à être résilients et à retrouver des forces, à continuer à mener leurs vies, est précisément ce que je trouve beau, bien que cela soit souvent ignoré, comme s’il ne s’agissait que de concepts abstraits, sans poids réel dans le monde. La plupart des classes politiques ignore cette partie de la population, refusent de se rapprocher d’elle de manière intime, et crée ainsi des conflits nés de ce sentiment d’abandon.

 

Contrairement au monde rationnel, le monde d’un adolescent s’apparente à une forme de dépendance émotionnelle, une réalité illusoire, un fantasme addictif. C’est pourquoi certains éléments surréalistes peuvent coexister harmonieusement dans la partie dite réaliste du film. Le style du film se situe entre documentaire et fiction, avec un ton de « journal intime » du personnage. De manière elliptique, j’invite les spectateurs à explorer ce petit univers de l’adolescence. Les deux styles coexistent et s’enrichissent mutuellement. Certaines scènes surréalistes du film sont réalisées en animation pour s’intégrer au contexte du fantasme juvénile du récit.

 

Le film fait appel à des acteurs non professionnels dans les villages urbains. Nous les avons entraînés pendant huit mois en dehors de l’école, avec une approche théâtrale et performative ainsi que des ateliers de base sur le cinéma (projections, discussions et débats, etc.). Ils jouent tous leur propre rôle, comme si c’était la vraie vie.