RURAL

Documentaire / France

Edouard Bergeon (« Au Nom de la Terre ») nous plonge dans la vie de Jérôme Bayle, éleveur charismatique du Sud-Ouest et figure nationale de la ruralité. Avec humour et tendresse, il dresse un portrait sensible de l’agriculture familiale française d’aujourd’hui et de ceux qui se battent pour la faire perdurer.

Année

2025

RÉALISATION

Edouard BERGEON

SCENARIO

Edouard BERGEON, François PURSEIGLE et Ludovic GAILLARD

AVEC

-

FICHE TECHNIQUE

1h34 - Couleur - Dolby Digital 5.1

DATE DE SORTIE

4 MARS 2026

ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR

Comment est née l’idée de ce film ?

 

Le barrage de Carbonne s’est installé sur l’autoroute A64 à la fin du mois de janvier 2024, quelques semaines à peine avant la diffusion de mon documentaire FEMMES DE LA TERRE, qui rend hommage à ma mère, à ma grand-mère, et à toutes ces femmes d’agriculteurs que l’Histoire a souvent oubliées. Je suivais donc de très près l’actualité agricole. Avec le sociologue François Purseigle, qui avait également travaillé avec moi sur ce précédent film, on a très vite senti qu’il se jouait quelque chose d’inédit dans ce mouvement que personne n’avait alors vu venir, ni le monde politique, ni les instances agricoles. L’échéance à venir des élections à la Chambre d’agriculture, organisées tous les six ans, ajoutait un intérêt particulier à documenter ce qu’il se passait en Haute-Garonne, autour de Jérôme Bayle et de ce collectif des Ultras de l’A64 qui entendait défier l’ordre établi. En fait, ce projet s’est presque imposé à moi. En quelques jours à peine, j’ai su qu’il fallait que je fasse ce film, c’était comme une évidence.

 

Avec tout de suite l’idée de le destiner au grand écran ?

 

Oui. Des films documentaires pour la télé, j’en ai déjà fait plusieurs, mais au cinéma, on est encore très peu à vraiment raconter ce monde agricole. Après AU NOM DE LA TERRE et LA PROMESSE VERTE, j’ai également acquis une certaine légitimité en salle, mais je voulais faire autre chose que de la fiction, cette fois. 

 

J’avais envie d’un « cinéma du réel », qui puisse parler de la ruralité, de la terre, des fermes avec les mots et les visages de ceux qui vivent cette réalité au quotidien, et dans le temps long. Il y a eu l’émergence assez naturelle du profil de Jérôme, après son coup de sang médiatisé sur la place du Capitole, à Toulouse. Avec son physique de troisième ligne de rugby, son accent du sud-ouest et sa casquette à l’envers, il a une présence qu’on remarque tout de suite. Ce garçon a un destin. Je me suis vite dit qu’on avait tous les ingrédients d’un vrai personnage de cinéma, sans compter le décor avec ces paysages magnifiques de la chaîne des Pyrénées, juste en arrière-plan. Rien que la cuisine chez sa maman, si un chef déco l’avait monté de toutes pièces pour une fiction, on lui aurait dit de freiner parce qu’il en faisait trop !

 

Si Jérôme Bayle avait été acteur, on aurait volontiers pu dire qu’il « crève l’écran ». 

 

Jérôme a une gueule, mais ce n’est pas que ça. Il a une très grande intelligence de la situation, on le voit à différentes occasions dans le film. Quand il fait des discours, à la façon de ceux qu’il faisait en tant que capitaine dans les vestiaires de rugby, il y a quelque chose qui te met vite les poils. On sent bien qu’au fond, c’est un homme extrêmement sensible, il peut être cash certes, mais jamais bourrin. Jérôme ne triche jamais, il est très franc. C’est quelqu’un qui aime être dans le dialogue, ce n’est pas feint, il s’invite sur les plateaux des médias, il va rencontrer les politiques, il essaye de convaincre. Il est dans une forme de happening permanent. Et puis il a un sens inné de la punchline, c’est comme ça qu’il désarçonne les politiques, par sa sincérité, comme quand il rentre dans le bureau de Gabriel Attal en lui disant qu’il vient lui apporter un peu de gaieté dans leur univers « morose » des costumes-cravates. Ou quand il regarde Emmanuel Macron droit dans les yeux et qu’il ne desserre pas la main, on voit que le président est mal à l’aise, dérouté, il finit par le vouvoyer alors qu’il avait commencé en tutoyant Jérôme… C’est une séquence très forte. 

 

Au-delà de son charisme, qu’est-ce qui vous intéressait dans le message qu’il peut porter au sujet de l’agriculture ? 

 

Jérôme Bayle bouscule les habitudes, il fait peur au monde agricole. Du côté des instances professionnelles, le seul qui a eu le courage d’aller à sa rencontre, c’est Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA. Et pour autant, les études d’opinion le montrent, il a su s’affirmer comme le représentant d’une agriculture rurale et familiale, qui fait encore vivre certains territoires bien qu’elle soit de plus en plus fragilisée. C’est pour ça que le film s’intitule RURAL, en hommage au titre d’un livre publié par Raymond Depardon et qu’il m’avait offert il y a quelques années. 

 

A travers Jérôme, c’est la photographie d’un certain monde agricole, et aussi d’un certain mode de vie, avec ses traditions, la chasse, le pâté, le rugby, etc, qui ne veut pas mourir. L’idée n’était pas de faire un portrait hagiographique de Jérôme Bayle, on montre aussi ses failles, ou des petites erreurs qu’il a pu commettre Par exemple lorsqu’il passe un petit mot en main propre au ministre de la Transition écologique, à la fin du blocage. La vidéo lui a valu un déchaînement de haine sur les réseaux sociaux. Qui lui cause toujours du tort aujourd’hui auprès d’un public complotiste. Jérôme n’est pas un professionnel de la politique, c’est juste le porte-parole d’un modèle agricole à bout de souffle mais qui, en même temps, représente certainement une partie de la solution face aux dérives de l’agro￾industrie. Son histoire raconte beaucoup des évolutions de l’agriculture moderne. 

 

Son parcours ne fait-il pas aussi écho à votre propre histoire ?

 

Disons qu’on a des hématomes crochus : nos deux pères se sont foutus en l’air, lui qui ne devait pas poursuivre reprend finalement la ferme, à l’inverse de moi qui devais initialement reprendre… Je me retrouve forcément en lui, son histoire agit un peu comme un miroir inversé de la mienne. Et même si ça a parfois pu me coûter, parce que cela m’a forcément obligé à re-brasser certaines choses, cette proximité est aussi ce qui m’a permis d’obtenir la confiance de Jérôme de sa maman Lucienne, et de mieux rentrer dans leur intimité. Il m’a laissé une totale liberté de filmer ce que je voulais, et c’est ce qui fait toute la force du film à mon sens.

 

C’est pour conserver cette proximité que vous avez fait le choix de tourner vous-même les images, façon caméra au poing, dans un style très immersif ?

 

Après LA PROMESSE VERTE, tourné en Thaïlande avec 120 personnes sur la feuille de service chaque matin, je crois que j’avais envie de faire un film tout seul et de revenir à quelque chose de plus simple, de plus direct. J’ai aussi été obligé de rependre la caméra car les partenaires financiers parisiens nous ont tous fermé la porte (Seul Nord-Ouest, qui me produit depuis AU NOM DE LA TERRE, Disney+, la Région Occitanie et notre distributeur Jour2Fête nous ont soutenus). C’est un film de pirate, fabriqué avec des tous petits moyens. Mais cela m’a plu de reprendre la caméra, j’ai tourné avec un petit boîtier photo, un Sony FX3, pour avoir quelque chose de léger et discret. Je voulais pouvoir le suivre au plus près dans ses longues journées d’agriculteur. Ce furent des journées de tournage très intenses, calées sur son rythme de travail, levé dès 6h du matin, parfois jusqu’à 22h, et dans la neige s’il le faut. Je n’ai pas triché, moi non plus ! Au total, j’ai fait une douzaine de session de tournage en près d’un an et demi. Les maîtres-mots, c’était souplesse et réactivité, rien n’était préparé à l’avance. Tout est capté sur le vif, en live. C’est ce qui fait tout le sel des séquences et ce qui garantit l’authenticité du propos. 

 

Comme le moment où il me parle du suicide de son père, dans la voiture, c’est une séquence importante que je peux capter grâce à la légèreté du dispositif, ce n’était pas prévu qu’il m’en parle à ce moment-là… Et il le fait parce qu’il ne pense plus à la caméra. 

 

Le suicide de son père est d’ailleurs une information que l’on apprend tardivement, dans la narration du film. 

 

C’est un film impressionniste, d’une certaine façon. Je ne voulais pas embarquer le spectateur dans une construction trop linéaire ou chronologique, c’est à lui de faire ce travail d’assemblage avec toutes les pièces qui arrivent, au fur et à mesure. C’est un film suffisamment dense, avec beaucoup d’informations, et mon rôle a aussi été d’épurer un peu le propos avec Ludovic Gaillard, monteur et co-auteur du film. 

 

D’où l’absence de voix off, également ?

 

C’était une volonté dès le départ. Je sais que ce n’est pas simple à tenir, c’est plus exigeant au tournage puis au montage. Le scénario du film s’est construit au fil des saisons puis en post-prod’, au montage, avec Ludovic (mon monteur). La confiance a été primordiale, que ce soit avec Jérôme ou avec mon producteur. 

 

Mais je suis convaincu du résultat. A un moment donné, on s’affranchit du besoin de tout savoir. L’objectif n’était pas non plus de faire un film pédagogique sur l’agriculture, c’est impossible. Je cherchais surtout à partager de l’émotion autour d’une histoire, d’un territoire, d’un mode de vie. Et pour ça, je ne voulais pas intervenir dans le film. J’écoute mais je ne parle pas – le seul échange que j’ai, c’est avec « Lulu », la maman de Jérôme, mais ce n’est pas moi qui vais la chercher, c’est elle qui me parle. Parce que si tu poses une question, tu sollicites un regard caméra, et alors la posture change. Jérôme devient le porte-parole, il va vouloir être dans le message, il va répondre comme il le fait sur les plateaux TV. Mais ce n’est pas ce qui m’intéressait, moi je voulais justement raconter ce qui se cache derrière le personnage public et la figure du « héros ». Et ce que ce film révèle à mon sens, c’est que la quête de Jérôme Bayle, au-delà de défendre l’agriculture et  son territoire, c’est de construire sa famille pour pouvoir transmettre sa passion.

ENTRETIEN AVEC JÉRÔME BAYLE, AGRICULTEUR

On a pu percevoir une certaine émotion chez vous, lorsque vous avez vu le film pour la première fois. Que pensez-vous du résultat final ?

 

C’est un film dans lequel beaucoup de gens se reconnaîtront, car Édouard a su parfaitement raconter qui on était, ce qu’on représente et pourquoi on se bat. Je n’ai pas l’œil averti du grand cinéphile, mais je trouve que le film est vrai, authentique, et ce sont des valeurs qui priment chez nous. Ce qui m’a le plus marqué, c’est d’y voir tous ces sourires à l’écran chez mes proches, mes amis et tous ces gens avec qui on a mené le combat. On s’est tous beaucoup impliqués dans cette lutte, mais cela m’a permis de prendre conscience qu’il y avait aussi eu beaucoup de joie. Cela m’a fait réfléchir, au sens de notre action et à tout ce qu’on a fait. Quand on connaît l’histoire, c’est toujours facile de la refaire après coup, mais il ne faut pas oublier qu’au début, quand on est rentrés sur cette autoroute, on prévoyait d’y rester une nuit maximum. On n’avait pas grand-monde à nos côtés, au contraire, on avait même les syndicats agricoles et la profession contre nous. Personne ne pensait qu’on en arriverait là, à bloquer l’autoroute pendant 10 jours, et que ça deviendrait le mouvement que c’est devenu. C’est pas rien, quand même. Quand on y pense, on se dit qu’on a écrit un petit morceau d’histoire pour le monde agricole et rural. Pour moi, le film rend hommage à la dignité de tous ces gens qui se sentent abandonnés et délaissés, et pas seulement dans l’agriculture. J’espère qu’il pourra faire changer un peu le regard sur ce monde rural qui est trop souvent dénigré, et considéré comme arriéré.

 

Pourquoi avoir accepté cette proposition d’Edouard Bergeon ?

 

J’ai d’abord refusé, au départ. Comme tous les autres projets de films ou de livres qu’on a pu me proposer – il y en a bien eu entre 15 et 20, si ce n’est pas plus. Je ne voulais pas donner l’impression de profiter de notre mal-être pour se mettre en avant. Et puis François Purseigle, que je connaissais, a insisté pour qu’on se rencontre avec Édouard. A l’époque, je n’avais même pas vu son film, AU NOM DE LA TERRE. On s’est appelé et puis Édouard est venu me voir à la ferme. Et ça a tout de suite matché. On a un lien particulier, on a le même âge, la même vie, on a connu les mêmes épreuves. On est tous les deux à la fois un peu solitaires et en même temps passionnés par les rencontres humaines. J’en ai parlé avec mes proches, qui m’ont dit que ça pouvait être une super occasion de parler du monde agricole. Et j’ai accepté en lui disant que le film ne pouvait avoir d’autre fin personnelle que de servir la cause. Je lui ai dit : « si j’ai été mis en avant, c’est parce qu’il y a des gens dans la détresse, qui ont fait comme ton père et comme le mien. Moi, je veux tirer aucun bénéfice du malheur des autres, mais si je peux servir la cause et redorer le blason de la ruralité, alors banco ! ». Ce film, je ne l’ai pas fait pour moi, mais pour la mémoire de nos anciens, pour tous ceux qui vivent des situations dramatiques dans notre profession et pour tous ceux qui se battent pour nos territoires. Et pour les générations futures, aussi.

 

Comment avez-vous vécu le tournage? Au final, on vous sent particulièrement à l’aise devant la caméra. 

 

Les caméras, j’ai fini par avoir l’habitude d’en voir braquées sur moi. Et ça n’a pas changé grand-chose à ma vie, je ne me suis pas mis à faire du foin parce qu’il y avait une caméra qui me suivait. Il y avait un contrat de confiance, avec Édouard. 

 

L’avantage, c’est qu’il connaît notre milieu, c’est un enfant de la terre. Il sentait quand je m’énervais, quand il fallait couper la caméra. Nous, on est agriculteur, on travaille avec du vivant, et donc ça ne se passe pas toujours comme on voudrait. Il comprenait ça, et le respectait. Édouard, il fait partie de la famille maintenant. 

 

On est des gens entiers, vous savez, quand on ouvre la maison à quelqu’un, la porte reste toujours ouverte après.

 

Votre maman joue également un rôle central dans le film.

 

Et tout ça s’est fait très naturellement, il n’y avait pas de scénario écrit. Mais qui d’autre que ma mère peut mieux incarner l’authenticité de nos vies ? Vous l’avez vu, la maison dans laquelle on vit ? C’est celle qu’elle a acheté avec mon père en 1971, et ils n’ont pas fait de travaux depuis. C’est la ferme quoi, c’est simple et c’est ça notre vie. On n’est pas très matérialiste. Ma mère a été à l’école jusqu’à 14 ans, puis elle a été bosser dans les champs. La seule fois où elle s’est arrêtée, c’était le 23 mai 1981, quand elle a accouché de moi, et le surlendemain, elle retournait à la ferme pour travailler parce que c’était l’ensilage, au mois de mai. Ma mère a travaillé toute sa vie, jusqu’à ses 70 ans, et aujourd’hui, elle touche 217 euros de retraite par mois… Le film montre notre histoire, mais c’est aussi celle de milliers de retraités agricoles qui ont travaillé toute leur vie, et qui continuaient même quand ils étaient usés. Cette souffrance a été leur ADN, et aujourd’hui ils n’ont aucune reconnaissance. 

 

Elle aussi, elle a vite accepté la présence de la caméra ?

 

Le premier jour où Édouard est venu, je m’en rappelle très bien, on a fait des entrecôtes à la braise, des cèpes, des patates, du pâté, et toute une farandole de bouffe. Ma mère a la fâcheuse manie de faire à manger pour le triple de personnes, et d’engueuler les gens qui ne finissent par leur plat… Mais quand elle a vu qu’Édouard mangeait, eh ben ça a tout de suite créé cette confiance entre eux également, et voilà.

 

La famille, ça devient aussi un peu ces nouveaux voisins arrivés de Lorraine, une maman avec ses deux enfants qui vous appellent « leur papa de cœur ». Alors que la moitié des agriculteurs français s’apprêtent à partir à la retraite dans les dix années qui viennent, il y a aussi un vrai enjeu de transmission dans ce métier ?

 

Moi je n’ai pas d’enfants, et peut-être qu’il y a un manque de ne pas pouvoir transmettre, parce que je ne veux pas mourir avec ce qu’on m’a appris. Je veux partager ça avec les générations futures et aussi faire disparaître tous ces clichés, sur les agriculteurs. Quand j’étais petit, j’avais honte de dire que mes parents étaient agriculteurs, parce qu’on n’avait pas trop d’argent, et qu’ils avaient sacrifié toute leur vie pour qu’on puisse manger. Mais aujourd’hui Evan, je sais que je lui ai donné le goût pour ce travail à la ferme, pour le soin des animaux, pour la chasse, pour les champignons. Et c’est pas rien quand on sait qu’en arrivant, il passait 6 à 7h par jour sur sa console de jeux vidéos. Et depuis un an, il a dû jouer 10h maximum dans l’année !

 

Il va finir par se mettre au rugby, comme vous…

 

Pour l’instant, il est pas trop branché sport… Mais c’est vrai que pour moi, le rugby a été très important dans ma vie, on le voit dans le film. Moi, c’est simple, j’ai appris à marcher derrière les chiens à la chasse, et à dépasser mes peurs au rugby. Cela m’a aidé à devenir un homme, à comprendre ces valeurs d’entraide et de solidarité. On ne met pas toujours le maillot qu’avec des gens qu’on apprécie dans le vestiaire, mais on apprend à faire équipe, à se battre ensemble. C’est cet état d’esprit qu’on a retrouvé à Carbonne et que je veux défendre pour notre profession, malgré tous les préjugés ou les critiques dont on a pu être victimes. Le film donne aussi à voir la violence des réseaux sociaux, et plus largement la façon dont l’opinion publique s’empare d’un sujet comme l’agriculture. 

 

Diriez-vous aujourd’hui que ce sujet est devenu un facteur de polarisation au sein de la société française ?

 

Non, ce n’est pas la question agricole qui divise les gens, ce sont les réseaux sociaux. C’est devenu un défouloir de haine, c’est tellement facile de juger, d’insulter, de dénigrer et de raconter n’importe quoi derrière son écran d’ordi, de façon anonyme. On m’a dit que j’étais un vendu, un tordu, pour une histoire de bout de papier… Mais bizarrement, quand je vais au Salon de l’agriculture ou partout ailleurs où je me déplace, plus un mot. Les réseaux sociaux ont donné la parole aux idiots du village. Moi, on le voit dans le film, je préfère aller discuter avec plein de gens qui ne sont pas comme moi. C’est ça, l’ouverture d’esprit. Si tu ne rencontres que des gens qui sont comme toi, t’évolues pas, et chacun se renforce dans son idéologie. Moi, quand il s’agit de défendre nos modes de vies, je suis pas d’accord avec les écologistes, et j’aime pas trop leur côté donneur de leçons. Mais j’ai compris qu’il fallait maintenir le dialogue avec eux ! C’est la même chose sur l’agriculture : moi, au bout d’un moment, j’ai pas vocation à parler de toute l’agriculture française, pour la simple et bonne raison que je ne connais pas toute l’agriculture française. Ça, c’est le rôle des syndicats de négocier pour la profession. Le problème, c’est que ces syndicats ne sont plus vraiment représentatifs – dans notre département, c’est seulement 6-7 % des agriculteurs qui sont syndiqués. C’est pour ça qu’on a fini par se lancer à l’élection à la Chambre d’agriculture avec les Ultras, et quand je vois le résultat, je me dis qu’on a quand même réussi à convaincre quelques personnes !

BIOGRAPHIE DU RÉALISATEUR

Édouard Bergeon grandit dans une ferme, près de Poitiers. Bac S en poche, il alterne entre le travail à la ferme, un poste de vendeur en jardinerie et des compétitions cyclistes. Trois ans plus tard, Édouard Bergeon devient journaliste à France 3 Poitou-Charentes, puis rejoint la rédaction nationale de France 2, au service société. En 2008, il devient free-lance et réalise des magazines etdocumentaires pour la télévision.

 

En 2012, il réalise LES FILS DE LA TERRE, un documentaire ayant pour sujet lemal-être et le suicide des paysans français. Ce documentaire fera écho dans le monde rural et agricole. Il sera la base d’une adaptation pour le cinéma.

 

En 2019 sort son premier long-métrage, AU NOM DE LA TERRE avec comme acteurs principaux Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon et Rufus. Le film raconte son parcours, celui de sa famille et plus particulièrement celui de son père.

 

En 2021, il cofonde le Collège citoyen de France avec Alice Zagury, Dominique Versini, Julien Neutres, JR, Léa Moukanas, Maryline Genero, Marco Berrebi, Tania de Montaigne et Thierry Cotillard. Une école qui prépare les responsables publics de demain. Un cursus d’excellence gratuit de 5 mois, compatible avec une vie professionnelle.

 

En 2022, il réalise L’AMOUR VACHE, un documentaire poignant où il accompagne durant 3 ans une famille d’éleveurs du Béarn dont le troupeau de vaches part à l’abattoir à cause d’un cas de tuberculose.

 

Le 27 février 2024 sur France 2 sort le documentaire LES FEMMES DE LA TERRE dans lequel à travers plusieurs témoignages, le réalisateur rend hommage à sa mère, ses grand-mères agricultrices. Il raconte 70 ans de combats qu’elles vont mener pour acquérir des droits et les défendre.