Le monde actuel semble de plus en plus complexe. Nos sociétés sont profondément divisées, et le nationalisme croissant continue de gagner des alliés parfois surprenants, tant en Europe qu’ailleurs dans le monde, y compris au sein de la communauté LGBT+. Nous devons en parler.
Ce n’est qu’en comprenant les mécanismes et les subtilités de l’extrême droite contemporain que nous pourrons réellement la combattre. De même, ce n’est qu’en reconnaissant les failles de certains de nos dirigeants libéraux que nous pourrons formuler une vision crédible et efficace pour l’avenir.
Cela ne signifie pas pour autant un appel au cynisme ou à une critique systématique. Tenir debout est un film profondément positif, qui affirme que les institutions d’une démocratie libérale peuvent fonctionner, à condition que des « activistes » courageux se battent pour les défendre. Le film se veut ainsi une célébration pleine d’espoir de la société civile.
Je viens d’Europe de l’Est, et ma génération a fait l’expérience concrète du fait que le progrès est possible. Il s’agit à la fois d’un vécu et d’une position intellectuelle : dans un monde saturé de fausses informations, la vérité demeure essentielle et ne saurait être considérée comme un concept dépassé. La complexité du réel ne doit pas nous détourner de notre responsabilité d’être plus lucides, plus sincères et plus justes.
Sur le plan cinématographique, Tenir debout propose une relecture contemporaine du film noir.
Là où le film noir classique mettait en scène des figures de femmes fatales en écho aux angoisses suscitées par l’émancipation féminine, notre film s’appuie aujourd’hui sur les discours homophobes et transphobes actuels. Il s’agit avant tout d’un déplacement du point de vue. Des personnages queer étaient déjà présents dans le film noir classique : Waldo Lydecker dans Laura, Joel Cairo dans Le Faucon maltais, ou Bruno dans L’Inconnu du Nord-Express.
Visuellement, la mise en scène reprend certains codes traditionnels – panoramas urbains nocturnes, éclairages en clair-obscur, compositions complexes – tout en conservant une palette de couleurs marquée, dominée par le vert, symbole de la dualité de la nature humaine.