THE FIN

Fiction / Corée du Sud

Dans une Corée ravagée par une catastrophe climatique, des mutants appelés Omégas sont pourchassés pour être exploités. Mia travaille dans un magasin de pêche clandestin fréquenté par les nostalgiques de cette activité désormais impossible. Lors d’un contrôle, Sujin, nouvelle employée du gouvernement remarque le comportement suspect de Mia. Elle s’immerge dans son univers souterrain, remettant alors en question sa foi en l’idéologie de l’Etat.

Année

2026

RÉALISATION

Syeyoung PARK

SCENARIO

Syeyoung PARK

AVEC

Yeon YEJI, Pu-reum KIM, Goh-woo

FICHE TECHNIQUE

1h35 - Couleur - Dolby Digital 5.1

DATE DE SORTIE

8 JUILLET 2026

PROPOS DU RÉALISATEUR

L’ORIGINE DU PROJET

 

En 2017, j’ai réalisé un court-métrage, également intitulé THE FIN, racontant l’histoire d’un pêcheur qui échouait à attraper une baleine et se retrouvait avec son seul aileron au bout de sa canne à pêche désormais cassée. Le film suit son périple jusqu’à un magasin de pêche, traînant l’aileron avec lui. Là, il raconte son calvaire à une jeune fille peu intéressée par son histoire, puis achète du ruban adhésif et retourne sur la plage pour réparer sa canne et attendre le retour de la baleine. J’ai toujours eu le sentiment de ne pas avoir exploité tout le potentiel de cette histoire. Au fil des années, j’en parlais avec Goh-Woo (qui joue dans le court et le long-métrage) avec l’idée de la reprendre. Pendant la pandémie, les décès de proches et l’impossibilité de certains rituels traditionnels m’ont profondément marqué. Et j’ai alors écrit le scénario du long-métrage, traitant de la peur, du deuil et de l’impuissance qui surviennent lorsque les systèmes familiers s’effondrent. Le projet m’a permis d’affronter cette période. À travers une figure non humaine, une sorte de MacGuffin, je voulais explorer comment la peur collective peut insidieusement remodeler notre expérience personnelle

 

UNE CORÉE RÉUNIFIÉE

 

J’ai grandi à Toronto, au Canada, et chaque fois que je disais que je venais de Corée, la première question qu’on me posait était souvent : « Nord ou Sud ?» Parfois, on la reformulait même : « Bombe nucléaire ou capitalisme ?» J’étais trop jeune pour saisir toute la portée de ces mots, mais je trouvais curieux de voir comment la Corée semblait réduite à deux idées. Avec le recul, je pense que ces questions ont eu un impact inconscient sur moi. L’un des premiers dessins qui m’a valu une reconnaissance à l’école représentait un mur séparant la Corée du Nord et la Corée du Sud, percé d’un petit trou au centre, révélant une utopie verdoyante de l’autre côté. Cette image a résonné en moi et peut se ressentir dans le film.

 

LA SOCIÉTÉ CONTEMPORAINE

 

J’ai évité de trop représenter certains aspects de la Corée moderne que je trouve étouffants : le flot infini de logos, les devantures criardes et colorées qui rivalisent pour attirer l’attention, le flux musical persistant dans chaque ruelle. On a souvent l’impression que tout est devenu commercial et que chaque élément a une valeur marchande. Je me suis donc concentré sur les émotions, les sensations et l’atmosphère que ces environnements créent. Cette ambiance peut sembler spécifique à la Corée contemporaine, mais je crois qu’elle reflète une condition plus large : un langage à l’ère du capitalisme mondialisé.

 

LE RÉGIME AUTORITAIRE

 

Nous avons eu deux présidents consécutifs qui ont été incarcérés. Le dernier est allé jusqu’à instaurer la loi martiale et vient d’être condamné à la prison à perpétuité. La Corée du sud se veut désormais une démocratie, mais il y a moins d’un siècle, nous étions sous occupation japonaise. L’ascension économique accélérée du pays nous a ensuite menés à la situation post-capitaliste actuelle. Le rythme s’accélère sans cesse et il devient difficile de se retourner sur le passé, de prendre du recul. 

 

THE FIN se déroule dans une Corée futuriste, quand tous les rêves, les promesses et l’idéologie de notre pays ont été réalisés, puis dépassés.

 

Je veux montrer que certaines choses ne doivent peut-être pas être oubliées. Le film emprunte bien sûr de nombreux éléments à d’autres pays, avec des fractures sociales croissantes et de nouveaux murs dressés aux frontières

 

LES MAGASINS DE PÊCHE

 

Les magasins de pêche, comme on le voit dans le film, étaient autrefois très courants en Corée. Leur essor a coïncidé avec l’exode rural massif vers les grandes villes. La ville de Séoul est devenue incroyablement dense. La plupart des gens y travaillent, avec souvent des horaires à rallonge, et ils n’ont ni le temps ni la possibilité de quitter la ville, même pendant leurs congés. Ainsi sont apparus les magasins de pêche aménagés en intérieur comme une alternative pour ceux qui voulaient pêcher sans pouvoir se rendre en mer ; Souvent installés dans des bâtiments délabrés, ils essayent d’attirer les visiteurs en recréant une sorte d’univers marin artificiel, avec des jeux, des récompenses, des ambiances très colorées et une grande variété de poissons. Malgré cela, l’atmosphère y est étrangement morose, voire déprimante. 

 

Je me souviens être revenu dans celui où nous avions tourné le film, espérant pouvoir faire quelques nouvelles prises. Et contre toute attente, le bâtiment était en cours de démolition. Les travaux avaient commencé juste après notre tournage et l’endroit allait être remplacé par un cybercafé avec des jeux vidéo pour une clientèle plus jeune. « Plus personne ne pêche », m’a dit le chef de chantier.

 

LES DEUX PERSONNAGES PRINCIPAUX

 

Sujin et Mia semblent d’abord n’avoir rien en commun, que ce soit par leurs origines, leurs situations ou leurs expressions. Pourtant arrive un moment où leurs visages se superposent, et il devient difficile de les distinguer. Sujin est fascinée par Mia. Elle voit en elle quelque chose qu’elle ne pourra jamais être. C’est plus profond qu’une simple envie ou admiration. Elle est envoûtée par Mia, son opposée absolue. Elle représente la liberté. 

 

Mais Mia n’a d’autre choix que de vivre cachée, traquée, pour survivre. Et trouve la liberté dans la musique et dans ses pensées. Sa démarche est légère, elle paraît légère, insouciante. Sujin, en revanche, réfléchit trop, se démène trop et ressent les choses plus intensément. 

 

STYLE VISUEL

 

La photographie du film a été en grande partie pensée en fonction de l’absence de financement conventionnel. J’ai dû beaucoup improviser sur le plateau et faire des choix visuels en réaction à ce qui nous manquait : un décor inexistant, un éclairage insuffisant ou même un passant qui nous demande d’arrêter de filmer. Je prépare toujours au maximum le tournage, mais une fois sur le plateau, je ne peux plus me fier au scénario ou au storyboard. Je dois plutôt réagir au mieux à ce qui se passe autour de moi. Je cherchais un résultat proche du cinéma-vérité, où j’introduisais des éléments inhabituels ou imprévisibles pour que l’image ne devienne ni trop statique ni trop parfaite, mais davantage vivante, hésitante, volatile et émotionnellement réactive. Je crois que je n’apprécie pas les images nettes et lissées. 

 

J’aime les textures, que ce soit sur la peau, dans l’air, dans les ombres et la lumière, même dans le capteur lui-même. Et cela m’aurait paru étrange d’essayer de produire quelque chose de lisse et impeccable alors que nous tournions dans des égouts, dans des lieux abandonnés et en mangeant des repas très simples.

 

LES INSPIRATIONS

 

Les œuvres de cinéastes comme Robert Bresson, Kim Ki-young, Albert Serra, Hou Hsiao-hsien, Tsai Ming-liang, Edward Yang ou Jacques Rivette m’ont montré à quel point le cinéma peut jouer avec les limites du temps et de l’espace, les manipuler et, finalement, en explorer leurs possibilités. J’aime partir d’un genre pour m’en éloigner autant que possible. J’adore les films giallo, les films trash coréens ou japonais sortis directement en vidéo, ainsi que les films repoussant les limites de leur genre et de leur langage. Je pense notamment à Suzuki Seijun.

 

J’essaye moi aussi de partir du genre, de créer des ambiances, des couleurs et des mouvements de caméra qui laissent davantage de place aux erreurs, au bruit, à l’obscurité, et qui s’éloignent des arcs narratifs traditionnels. Les films d’horreur, en particulier, tirent parti de l’obscurité ; le genre permet donc davantage d’erreurs, mais aussi plus de spontanéité et de rugosité. 

 

LA PRODUCTION 

 

La première partie du tournage a duré sept jours d’affilée en plein hiver, au plus fort de la pandémie. J’ai ensuite passé six mois au montage avant de rencontrer Heejung Oh, fondatrice de Seesaw Pictures. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que je ne pouvais pas le finir seul, et je lui ai demandé son aide pour le terminer. Avec mon précédent film, THE FIFTH THORACIC VERTEBRA, j’ai compris qu’un film ne s’arrête pas à la fin du montage. Sa vie continue, se poursuit jusqu’à sa sortie en salles, et même après. 

 

La production Heejung s’est jointe à nous. Nous avons tout réorganisé et même re-tourné des parties importantes du film. Puis Philippe Bober nous a contactés, exprimant son intérêt pour une collaboration. Coproduction Office nous a alors rejoints, apportant de nouvelles perspectives et élargissant encore davantage notre travail. Le montage ne faisait en fait que commencer… et a duré encore plus de deux ans, pour parvenir enfin au « picture lock ». 

 

Les textures des images, les tremblements de caméra, les plans sous-exposés et les contrastes de lumière sévères, ainsi que les aspects expérimentaux, faisaient partie du projet initial, de son identité fondamentale. Nous devions trouver un équilibre entre affiner ces « erreurs », tout en les laissant « erreurs ». C’était sans doute la partie la plus difficile du processus de production.

SYEYOUNG PARK

Né en 1996, Syeyoung Park est un cinéaste basé à Séoul. Il est diplômé en cinéma et arts vidéo de l’Université nationale des arts de Corée. Son premier long-métrage, THE FIFTH THORACIC VERTERBRA, était en compétition à Sitges, à la Semaine de la critique de Berlin et a été primé à Bucheon, Fantasia et au Festival du film indépendant de Séoul. Son second long-métrage, THE FIN, a été présenté en première mondiale en 2025 à Locarno, dans la compétition Cinéastes du Présent. Il termine actuellement son troisième film : WHO STOLE MY CROSS.