VANILLA

Fiction / Mexique

Fin des années 1980 au Mexique, vivent dans une petite maison surpeuplée sept femmes luttant ensemble contre la saisie hypothécaire de leur lieu de vie. La plus jeune de la famille, Roberta, 8 ans, croit pouvoir améliorer le sort de ce foyer non traditionnel.

Année

2025

RÉALISATION

Mayra HERMOSILLO

SCENARIO

Mayra HERMOSILLO

AVEC

Paloma PETRA, Natalia PLASCENCIA, Daniela PORRAS, María CASTELLÁ

FICHE TECHNIQUE

1h39 - Couleur - Dolby Digital 5.1

DATE DE SORTIE

20 MAI 2026

Mercredi 20 : 14h25, 20h00

Jeudi 21 : 13h30, 18h10

Vendredi 22 : 14h00, 20h00

Samedi 23 • Mardi 26 : 14h20, 18h10

Dimanche 24 • Lundi 25 : 14h20, 18h00

BIOGRAPHIE DE LA RÉALISATRICE

Originaire de Torreón, dans l’État de Coahuila, Mayra s’est installée à Mexico, où elle a suivi des cours de théâtre dans divers ateliers et a travaillé à la sous-direction du Festival Internacional Cervantino, en charge de la coordination de la programmation artistique. En tant qu’actrice, elle a travaillé avec de nombreux réalisateurs et réalisatrices. Narcos : Mexico a été la première série à laquelle elle a participé. En 2018, elle a écrit et coréalisé son premier court-métrage, En la piel de Lucía, qui a été sélectionné au Festival Cinelatino de Toulouse ainsi que dans des festivals aux États-Unis, au Canada, Mexique, Cuba et Espagne. En 2021, elle a bénéficié du programme de soutien à la post-production du FOCINE pour son deuxième court-métrage, Me quedo aquí. Son premier scénario de long-métrage, Vanilla, a reçu le soutien à l’écriture et au développement du FONCA (Fondo Nacional para la Cultura y las Artes), puis elle a bénéficié d’une aide du FOCINE pour la production qui a débuté en 2023. Vanilla a remporté plusieurs prix dans la catégorie « œuvre en production » en 2024 afin de poursuivre la post-production du film, notamment au Festival de Morelia, au GLAFF et à Ventana Sur. En 2025, le film fera sa première mondiale au festival Giornate degli Autori.

ENTRETIEN AVEC MAYRA HERMOSILLO, RÉALISATRICE

Comment est né ce film ? 

 

J’ai déménagé de Torreón à Mexico pour devenir actrice, mais ça n’aboutissait pas. Je me suis demandé combien de temps encore j’allais persévérer et combien de fois encore j’allais devoir tenter ma chance ? Je n’étais pas en colère, au contraire j’avais l’envie naissante de raconter des histoires d’un autre point de vue, celui de la réalisatrice. J’ai commencé à participer à des ateliers d’écriture et à apprendre à écrire des scénarios. J’ai par la suite co-réalisé mon premier court-métrage En la piel de Lucía avec Angel de Guillermo, ce qui a confirmé mon envie de réaliser. Mais alors que j’étais en train de réaliser ce courtmétrage, le hasard à fait que ma carrière d’actrice a soudainement démarré. Deux chemins se sont ouverts à moi. C’est ce qui a marqué le début de Vanilla. 

 

Quels ont été vos inspirations pour ce récit ? 

 

Je suis une grande admiratrice du cinéma de Guillermo del Toro, j’ai donc voulu m’essayer à l’écriture d’un film fantastique, ce qui était quelque chose de très nouveau pour moi. Malheureusement, j’ai eu beaucoup de mal à écrire un récit fantastique, j’avais besoin de parler d’un sujet que je connais vraiment, qui m’est intime. À cette période de ma vie, j’étais en plein questionnement sur ma famille, sur moi-même, sur le féminisme et sur les femmes en général. J’étais aussi dans une nouvelle ville, Mexico, qui est très différente de ma ville natale, à la fois plus animée et plus éprouvante. Tout ce contexte a fait que j’ai beaucoup pensé à ma famille, le sujet de mon film est devenu une évidence, il fallait que je parle d’eux. Ça m’a pris du temps pour comprendre ce que je voulais exprimer. J’ai d’abord voulu parler de l’absence de mon père, de mon grand-père et de mon arrière-grand-père. Mais au fur et à mesure que j’avançais sur mon récit, j’ai à l’inverse souhaité parler de la présence des femmes de ma famille. 

 

C’est votre premier long-métrage en tant que réalisatrice. Comment votre carrière d’actrice influence votre travail de réalisatrice ?

 

Je crois vraiment que chaque réalisateur·ice et chaque personne qui travaille dans ce domaine devrait partir à la rencontre des différents métiers qui le composent et non se limiter aux acteur·ices et réalisateur·ices. Nous devrions nous donner la chance d’expérimenter ce que font les autres. En tant qu’actrice j’ai pu voir tellement de projets où il était difficile de dialoguer avec le·a réalisateur·ice, car iels ne savent pas communiquer avec sensibilité. Iels vous donnent des informations techniques sur les caméras, sur la lumière par exemple, mais ne savent pas comment vous guider sur les émotions du personnage. Pendant le tournage de Vanilla, je pense qu’on a réussi à créer un lien solide entre tout les membres de l’équipe parce qu’on ne communiquait pas seulement sur les aspects techniques. Et j’ai adoré ça.

 

On peut ressentir une véritable alchimie entre les personnages, comment avez-vous choisi les actrices pour incarner vos personnages ? 

 

Les actrices qui allaient interpréter les membres de cette famille étaient une évidence pour moi. Je voulais que ce soient mes meilleures amies, Natalia Plascencia et María Castellá, car elles sont dans un sens comme ma famille et connaissent déjà l’histoire de celleci. Pour les autres membres de la famille comme Roberta, la protagoniste principale, les actrices sont natives de Torreón et ce sont pour elles leur première expérience en tant qu’actrices. Pour Rosy Rojas, elle est originaire de Monterey. Je l’ai vu jouer dans un film, elle n’avait qu’une seule scène mais j’étais époustouflée, j’admirais ce qu’elle avait fait en une seule scène parce qu’elle m’a marquée au point de ne pas l’oublier. Je savais que je voulais travailler avec elle. Pour Paloma Petra, c’était un peu différent car nous étions déjà très bonnes amies mais, durant le tournage, notre amitié s’est brisée. C’était l’une de mes meilleures amies et je souhaitais vraiment qu’elle joue le rôle de la grand-mère. Je pense que j’ai beaucoup appris de mes décisions et de leurs conséquences. 

 

La maison est quasiment un personnage à part entière de votre film, mêlant les histoires intimes de chaque personnages et structurant le quotidien de ces femmes. Avez-vous une idée précise du lieu au moment de l’écriture ? 

 

La maison est la matérialisation de chaque femme qui l’habite. J’ai essayé de reconstruire les souvenirs que j’ai de cette maison. Je me souviens de la chambre de ma tante et Manuela, et les posters de chanteur·ses célèbres ainsi que les vieilles icônes religieuses un peu partout dans la maison. La chambre de mon arrière-grand-mère était comme une chambre antique. Et enfin, notre chambre était remplie de choses appartenant à ma mère et moi. Toutes ces chambres étaient très différentes et je voulais vraiment recréer ça parce que je me souviens de cet endroit ainsi, comme un gigantesque collage de ces 7 femmes très différentes les unes des autres. Je voulais représenter ça parce qu’il s’est passé tellement de choses dans mon enfance et cette maison en est l’incarnation avec des babioles appartenant à nous toutes. La maison garde trace de chaque personne qui y a vécu. 

 

Roberta semble vouloir grandir plus vite que son âge. Est-ce aussi quelque chose que vous avez vécu ? 

 

Oui, c’est quelque chose que j’ai vécu. J’ai été en thérapie il y a un moment maintenant et malgré une très belle enfance, je voulais devenir une adulte en partie parce que ma mère me traitait comme telle. Je voulais vraiment grandir au plus vite, je voulais travailler, et avoir un emploi du temps. Je voulais sortir pour aller au travail et rentrer fatiguée le soir. Je voulais ressentir ce qu’elle ressentait. Vivre ce que je voyais en elle tous les jours, pour la comprendre. Peut-être j’ai pensé que si je devenais adulte, je serais plus connectée avec elle. Ma mère est une très jeune mère, elle m’a eue quand elle avait 20 ans donc je pense que je la voyais comme une grande sœur et nous avions cette complicité-là. Je donnais le rôle de mère à ma grand-mère donc c’est difficile, d’un côté j’ai vu ma mère si jeune et nous nous amusions tellement, en jouant à des jeux tout le temps, et de l’autre elle me parlait comme à une adulte. Elle disait : « voici nos problèmes », « voila ce qu’il se passe dans notre maison », « j’ai le cœur brisé », etc. Et je voulais comprendre ces conversations d’adulte.

 

Pourquoi avoir fait le choix d’une sororité comme noyau familial ? 

 

Je suis toujours surpris quand les gens y voient une histoire sur la sororité et le féminisme parce que pour moi c’était juste mon quotidien, ma famille. C’est un honneur que vous les voyiez comme ça car je n’ai pas cette vision d’elles. Je vois juste des femmes qui essaient de survivre chaque jour en prenant soin des plus jeunes tout en étant elles-mêmes. Je suis très reconnaissante du féminisme et des femmes qui parlent de leurs expériences de vie qui sortent parfois des normes et qui tendent à les normaliser, parce qu’aujourd’hui grâce à elles, je peux voir ma famille différemment. Au début, je pensais à tort que moi et ma famille étions coupables de vivre seules, sans hommes. J’étais persuadée que la société avait raison et que nous étions de mauvaises personnes parce que nous n’étions pas capable d’avoir un homme. Mais aujourd’hui, grâce à toutes ces voix qui sont apparues, je peux voir que ma famille a été très courageuse pour avoir fait ces choix notamment sur le fait de ne pas vouloir d’hommes ni de ces relations. 

 

Votre film met à l’honneur la résilience et la créativité des femmes mexicaines. Quelles femmes vous ont inspiré pour écrire vos personnages ? 

 

J’ai été inspirée par les membres de ma famille, j’ai essayé d’être honnête avec les souvenirs que j’avais d’elles, de leurs caractères, de leurs personnalités. Elles sont mon inspiration. Quand je filmais, c’était comme avoir une seconde chance de les connaître avec une nouvelle vision que je n’avais pas quand j’étais enfant.

Évidemment elles avaient un autre corps, d’autres voix, celles de mes amies et des actrices qui les interprétaient mais je croyais vraiment qu’elles me parlaient à travers ce processus créatif, me disant, me montrant des choses que je n’avais pas réalisées enfant. 

 

Vanilla est ponctuée de violence que subissent les femmes au travers de leurs vies, est-ce que vous souhaitiez incarner votre récit de ces problématiques-là ou sont-elles innées lorsque l’on écrit une histoire avec des protagonistes féminins ? 

 

Beaucoup d’évènements apparaissant dans le film proviennent de mes souvenirs d’enfance donc ce sont des choses qui se sont réellement produites dans ma vie avec elles. Il y a des passages que j’ai décidé de ne pas montrer car comme je l’ai dit, ce n’était pas l’intention derrière ce film. Je pense qu’elles ont vécu des expériences bien plus violentes que ce que j’ai voulu montrer, mais je pense que c’est très représentatif de ce qu’il se passe dans notre société. Si notre vision de la vie ne rentre pas dans les codes imposés par la société, on est alors continuellement jugée pour ça. Je me souviens quand j’étais enfant, les parents de mes amis avaient peur de les laisser venir chez moi. Ils se disaient que leurs enfants allaient dans la maison de ces folles, de ces sorcières, « elles vont corrompre nos enfants ». 

 

C’était très difficile car j’étais beaucoup jugée alors que j’étais très jeune. Heureusement, j’avais une famille qui m’a aidée à traverser tout ça d’une manière très innocente. Évidemment, il m’arrivait de me questionner, mais parce que je les ai vues ne pas abandonner pour devenir les personnes qu’elles voulaient être, j’ai moi aussi trouvé la force de devenir la personne que je voulais être.

 

Tout comme Tachita dans le film, si vous aviez un message à faire passer sur Radio Souvenir, quel serait-il ? 

 

Si je devais faire passer un message, voici ce que je souhaiterais dire : « Si c’était la dernière heure de votre vie, que feriez-vous ? Que diriez-vous ? Qui appeleriez-vous ? Avec qui voudriez-vous être ? Alors faites-le. Même si ce n’est pas la dernière heure ou le dernier jour de votre vie, n’attendez pas que ça le soit. »

 

Avez-vous des projets pour la suite ?

 

Oui, je suis au Costa Rica pour le tournage d’un film en tant qu’actrice. C’est un film qui s’annonce très beau, j’ai eu un coup de cœur pour son scénario. En parallèle, je suis en phase d’écriture pour mon prochain long-métrage pour lequel nous sommes en recherche de financement avec pour objectif de pouvoir tourner l’année prochaine. Je suis aussi en postproduction d’un court métrage que j’ai réalisé. Je suis très heureuse d’avoir l’opportunité de travailler sur des films en tant qu’actrice et en tant que réalisatrice. Je suis très reconnaissante que les gens ne me voient pas seulement comme actrice mais aussi comme réalisatrice