Au cours d’un voyage à travers les montagnes, au coeur des Andes boliviennes, j’ai rencontré une sage-femme quechua. On m’a dit qu’elle était la dernière dans la région, ce qui a profondément retenu mon attention. Pendant un certain temps, je lui ai rendu visite régulièrement et j’ai appris à communiquer avec elle, principalement par des regards et des expressions. Peu de temps après, elle est décédée, et j’ai pris conscience du rôle vital que jouent les sages-femmes traditionnelles dans les cycles de naissance des communautés autochtones. Leur présence est essentielle à la transmission des valeurs traditionnelles et culturelles autochtones, même celles qui peuvent nous sembler contradictoires ou dépassées.
“La Fille Condor” a été tourné dans la même communauté où vivait cette sage-femme, au milieu des mêmes montagnes et des mêmes sentiers qu’elle avait l’habitude d’emprunter. L’écriture de ce film a été un intense parcours de recherche et de reconnexion avec la terre. C’est une histoire sur le temps, les regards, sur le bruit et le silence, sur la campagne et la ville, sur la vie et la mort.
Ce fut un moment très particulier de collaborer avec Nicolás Wond Díaz en tant que directeur de la photographie. Je pense qu’il a su saisir fidèlement l’essence même de ce que je voulais transmettre : ce clair-obscur délicat créé par la lumière filtrant à travers les fenêtres, mettant en valeur la texture et la peau des personnages pendant la nuit ou dans les scènes d’accouchement.
Je tiens à saluer l’engagement de la distribution composée d’acteurs non-professionnels qui ont participé au film, en particulier les deux protagonistes, qui n’avaient jamais joué auparavant et qui ont fait preuve d’un grand courage lors de scènes émotionnellement exigeantes et complexes tout au long du tournage. Leur travail remarquable nous a donné envie de collaborer à nouveau avec eux sur de futurs projets.
Álvaro Olmos Torrico