ISOLATION

Documentaire / Ukraine

Dans les années 1950, l’usine « Isolation » à Donetsk est un centre industriel majeur du Donbass, un des fleurons du communisme. A la chute de l’Union soviétique, Isolation est reconvertie en un prestigieux centre d’art contemporain et accueille des artistes du monde entier. En 2014, quand la guerre éclate, le centre est saisi par les séparatistes, les oeuvres d’art qualifiées de « dégénérées » sont détruites. Isolation devient un lieu de détention et de torture. A travers les témoignages des rescapés du camp, l’histoire d’« Isolation » reflète la lutte de l’Ukraine pour devenir un État démocratique. Le nombre de victimes demeure inconnu à ce jour.

Année

2023

RÉALISATION

Igor MINAIEV

FICHE TECHNIQUE

1h23 - Couleur - Dolby Digital 5.1

DATE DE SORTIE

11 Novembre 2026

Mardi 10 Novembre, Avant-première « Izolyatsia » à 20h00 suivie d’un débat en présence de Igor Minaiev, réalisateur du film, Madeleine Bressat, FIDH et d’un(e) membre d’Amnesty.

NOTE DU RÉALISATEUR

Je suis né à Kharkiv, une ville qui fut brièvement la capitale de l’Ukraine lorsque dans les années 1920, le gouvernement soviétique décida de transférer le centre du pouvoir de Kiev à Kharkiv, plus loin des frontières de l’URSS, par crainte d’une attaque des ennemis du communisme. L’histoire montrera que ceux qui ont finalement porté atteinte aux frontières n’étaient pas ceux que l’on redoutait.

 

Vivant en France, je suis revenu en Ukraine au début d’une guerre que personne n’avait vue venir. D’abord pour tourner La Cacophonie du Donbass, puis Izolyatsia.

 

Izolyatsia a pour adresse le 3 rue De La Voie Lumineuse, à Donetsk. Pour les habitants de la ville, cet endroit était considéré comme maudit. Comme je l’ai appris plus tard, beaucoup évitaient cette rue, et lorsqu’ils étaient contraints d’y passer, ils baissaient les yeux, craignant les caméras de surveillance.

 

Personne ne voulait parler de ce qui inspirait la peur derrière les murs de l’ancienne usine de matériaux isolants, connue sous le nom d’Izolyatsia. En réalité, presque personne ne savait ce qui se passait à l’intérieur de ses bâtiments.

 

À l’époque soviétique, c’était une usine. Après l’effondrement de l’URSS, le site est devenu un centre d’art contemporain dont la réputation dépassait les frontières de l’Ukraine. Mais après sa prise de contrôle par des séparatistes prorusses, il fut transformé en camp de détention, plus précisément en centre de torture.

 

Aucune information sur ce qui se déroulait à l’intérieur d’Izolyatsia ne parvenait au monde extérieur. On disait que derrière les murs de cette ancienne usine s’ouvraient les portes de l’enfer. Pour ceux qui y étaient enfermés, la vie semblait s’arrêter dès le franchissement du portail. La tête recouverte d’un sac, les mains liées, battus par leurs geôliers, les détenus étaient conduits dans des cellules de torture. Leur seul crime était d’être considérés comme liés à l’Ukraine. Les prisonniers étaient accusés d’être des espions ukrainiens et torturés afin d’obtenir des aveux sur leurs prétendues activités criminelles. Une fois entrés dans cette prison, les droits humains disparaissaient, laissant place à une violence exercée en toute impunité.

 

Il est encore impossible de savoir combien de personnes sont passées par ce centre de torture. Nous ne connaîtrons peut-être jamais l’identité de ceux dont les restes ont été jetés au fond d’un puits de l’usine. Les anciens détenus racontent ce qui s’est passé à Izolyatsia afin que la mémoire de ces crimes ne disparaisse pas et qu’ils ne restent pas impunis.

 

Igor Minaev

LE RÉALISATEUR

« La liberté ce n’est pas quelque chose que l’on prend ou que l’on donne. Elle est dans votre tête : personne ne peut vous interdire de penser ce que vous avez envie de penser. »

Igor Minaev

 

 

Igor Minaev est un réalisateur ukrainien. Il a suivi ses études cinématographiques à l’Institut national du théâtre et du cinéma Karpenko-Kary à Kiev. Sa carrière a commencé à Odessa, où il a réalisé son film de fin d’études, intitulé La Mouette. Son deuxième court-métrage, L’Horizon argenté, est censuré avec l’interdiction d’exercer son métier de réalisateur.

 

Pendant la période de la Perestroïka, Igor Minaev a rencontré le succès avec son court-métrage intitulé Téléphone, qui a remporté un prix au Festival international du film de Moscou. Il a également réalisé deux longs-métrages remarqués, Mars froid en 1988 et Rez-de-chaussée en 1990, tous deux sélectionnés à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes.

 

Ne trouvant pas les conditions nécessaires pour exprimer sa créativité en Ukraine, Igor Minaev s’est installé en France à la fin des années 1980. Il a réalisé L’Inondation en 1993, une adaptation d’une nouvelle d’Evguéni Zamiatine, avec Isabelle Huppert dans le rôle principal. Il a également dirigé Les Clairières de lune en 2002 et Loin de Sunset boulevard en 2006. Ce dernier film a remporté le Grand Prix et le Prix du Meilleur Scénario au Festival du cinéma russe à Honfleur, ainsi que la Médaille d’or au Park City Film Music Festival.

 

En plus de sa carrière de cinéaste, Igor Minaev enseigne à la Femis, l’École nationale supérieure des métiers de l’image et du son, et monte des spectacles, y compris des adaptations de Histoire du soldat de Charles-Ferdinand Ramuz et Les Nuits florentines d’après Marina Tsvétaeva.