À BRAS-LE-CORPS

Fiction / France, Suisse, Belgique

Enceinte à 15 ans, Emma défie la communauté protestante répressive de son village. Affrontant l’hypocrisie morale et le spectre de la Seconde Guerre mondiale, elle transforme son traumatisme en capacité d’émancipation.

Année

2025

RÉALISATION

Marie-Elsa SGUALDO

SCENARIO

Nadine LAMARI, Marie-Elsa SGUALDO

AVEC

Lila GUENEAU, Grégoire COLIN, Thomas DORET, Aurélia PETIT

FICHE TECHNIQUE

1h36 - Couleur - Dolby Digital 5.1

DATE DE SORTIE

27 MAI 2026

MARIE-ELSA SGUALDO, RÉALISATRICE ET CO-SCÉNARISTE

Née à La Chaux-de-Fonds (Suisse), Marie-Elsa Sgualdo obtient un Bachelor en réalisation à la HEAD et un Master en scénario à l’INSAS. Elle réalise son premier court-métrage de fiction en 2009, Vas-y je t’aime, présenté à Locarno, dans une dizaine de festivals et lauréat du Prix du Meilleur film d’école aux Schweizer Jugendfilmtage. En 2010, elle poursuit avec Bam Tchak, récompensé par le Swiss Award au Kurzfilmfestival de Bern. Elle réalise ensuite On the Beach (2012), sélectionné dans plus de quarante festivals et plusieurs fois primé, notamment au FIFF de Namur où il reçoit le Bayard d’or du Meilleur court-métrage. Son court-métrage suivant, Man kann nicht Alles auf einmal tun, aber man kann alles auf einmal lassen, une autofiction qu’elle réalise en 2013 à partir d’images d’archives, connaît sa première mondiale à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes et est sélectionné dans une cinquantaine de festivals. À côté de ses réalisations, Marie-Elsa enseigne le cinéma et travaille quelques années en tant qu’assistante pédagogique au sein du Master cinéma de l’ECAL/HEAD. Elle est aussi cofondatrice du collectif «Terrain Vague» qui réunit plusieurs jeunes cinéastes romands. À Bras-le-corps est son premier long-métrage.

NOTE DE LA RÉALISATRICE MARIE-ELSA SGUALDO

Après quatre courtes fictions remarquées dans les festivals, À Brasle-corps est mon premier longmétrage. Comme dans tout mon travail cinématographique, j’y explore un moment charnière dans la vie d’une jeune femme. Emma, mon héroïne, est encerclée par une vie de devoirs et par la menace sourde de la guerre. Corsetée par les valeurs religieuses et sociales des années 1940, son avenir est tout tracé au sein de sa communauté. Un jour, un jeune homme de passage abuse de son inexpérience et la viole. Emma est enceinte à quinze ans. Une catastrophe et une condamnation dans ce milieu protestant austère et rural. Pourtant, ce bouleversement agit sur Emma comme un révélateur. Elle sort peu à peu de la soumission apprise pour décider de sa vie et de celle de son enfant. Personnage fragilisé par sa condition et les circonstances, elle choisit néanmoins le dur chemin de l’émancipation. Emma est confrontée à des prises de décisions difficiles, tiraillée entre ses valeurs, ses émotions et son élan vital. Elle s’accommode, puis s’adapte pour survivre du mieux qu’elle peut dans un environnement impitoyable pour les femmes. Bombardée d’injonctions paradoxales, elle doit se comporter en adulte et obéir comme une enfant. Elle n’a pas le droit de décider de son corps, de son argent, de son travail, de son présent, ni de son futur.

 

L’écriture du scénario, que j’ai menée avec Nadine Lamari – une scénariste expérimentée autant qu’une précieuse alliée pour développer cette histoire –, m’a amenée à m’interroger sur les possibilités des femmes des générations précédentes et à revisiter ma propre histoire familiale. Ma lignée maternelle est marquée par des choix contrariés et douloureux de maternité, de conjugalité et d’indépendance. Les femmes de ma famille ont cherché un interstice pour desserrer, même un peu, le carcan social et moral qui les étouffaient. Loin d’être une exception, j’ai compris que cette résistance n’était pas isolée mais systémique. La lente évolution des droits des femmes et de leurs libertés se fait au fil des générations grâce à la somme de ces histoires singulières. L’histoire d’Emma est l’un de ces maillons emblématiques. Elle refuse d’être un objet au service des autres, de sa famille ou du désir d’un homme et devient le sujet de sa propre vie. C’est une histoire personnelle et individuelle de résistance. Un parcours d’émancipation par le bas qui rappelle que les femmes n’étaient pas considérées comme des êtres à part entière pendant longtemps. Par ailleurs, il me semble important de souligner que ce désir de liberté et de lucidité ne sert pas qu’un destin individuel. Quand Emma ouvre les yeux sur sa réalité, elle les ouvre aussi grands sur le monde. Contrairement à son milieu, tapi dans un bon droit rassurant, la jeune fille refuse de détourner le regard face à la détresse des réfugiés et aux drames qui se nouent si près d’elle. Sa prise de conscience, nouvellement acquise, prend alors une résonance universelle. Les questionnements du pasteur aiguisent sa réflexion et ses encouragements la stimulent. En revanche, contrairement à lui, Emma n’anesthésie pas les tumultes de son âme. Loin de l’aveuglement de son entourage, la jeune fille devine que les frontières symboliques, sociales ou géographiques ne peuvent lui épargner d’inévitables prises de positions. 

 

À contre-courant de la société qui la cerne, elle extrait dans sa force intérieure le courage de résister, de prendre sa vie en main, de ne pas se conformer – ressource ultime de l’individu face aux dérives d’une société. Emma tombe, se relève, évalue ses chances et continue. Elle ne se voit jamais comme une victime. Le scénario s’est écrit au rythme de ce personnage capable, plein de bon sens, qui avance coûte que coûte. Emma progresse à chaque instant, malgré les difficultés, et quand elle s’autorise à s’écouter et à suivre son cœur, elle marche sur le chemin de l’affirmation et de l’épanouissement. Je souhaitais, par la mise en scène, transmettre l’intériorité d’Emma, les bouleversements de son paysage émotionnel, sa recherche de vérité, ainsi que son adaptation pragmatique à la réalité. Je voulais saisir le décalage entre ses réactions vitales et intuitives, et les exigences sociales et morales qui l’oppressent. Pour cela, une grande authenticité a été nécessaire dans la fabrication du film. 

 

J’ai en effet cherché, à l’image et dans le rythme des plans, une organicité, une véracité qui fait ressentir aux spectateur·rices l’humanité des personnages. Pour interpréter Emma, j’ai choisi de travailler avec une actrice à la présence magnétique : Lila Gueneau. Comme Emma, elle peut passer en un instant de la candeur à la détermination, du rire aux larmes, de l’envie au dégoût. Elle offre le sentiment d’être sur le point de basculer vers deux destins diamétralement opposés. Lila attire la lumière et rayonne sur l’écran qu’elle habite totalement grâce à l’authenticité de sa présence à laquelle on s’attache d’emblée. Aurélia Petit, qui interprète Elise, apporte au personnage une dimension très contemporaine. Sans un mot, elle est capable de communiquer son état intérieur. Mais surtout, elle sait s’exprimer avec conviction rien qu’avec son corps et affirmer, en même temps, le contraire avec des paroles. Cette coûteuse maîtrise de soi suggère avec force le passé ambivalent d’Elise. Il laisse deviner des blessures, des ambitions avortées, un mariage décevant.

 

Nous avons écrit le rôle du pasteur en pensant à Grégoire Colin. L’immense humanité qu’il dégage nous a guidées durant l’écriture. Sa présence physique imposante et son élocution particulière donne une dimension très forte au personnage, une autorité et une vulnérabilité auxquels chacun·e peut être sensible. L’authenticité que je recherche passe aussi par un travail rigoureux du cadre. Précis et à l’écoute, perméable à la vie, sensible à la lumière, le cadre suit le point de vue d’Emma durant tout le film. Par exemple, lorsque Emma écoute de la musique dans le bureau de Robert, quelque chose s’ouvre en elle au-delà de tout ce qu’elle aurait pu imaginer. Le visage d’Emma se métamorphose. Le cadre, à juste distance, laisse advenir l’émotion. L’émerveillement d’Emma est perceptible et éveille en elle l’intuition d’un monde plus vaste. Les hors-champs sonores forgent aussi ses intuitions : les nouvelles à la radio, le silence du vent du soir entrecoupé des coups de fusil, le moteur des voitures ou les pas inconnus qui s’approchent et s’éloignent. D’abord elle entend la guerre, la pressent, puis la pense, notamment grâce aux discussions qu’elle mène avec le pasteur Robert. Avec À Bras-le-corps, je souhaite proposer un récit d’émancipation et d’apprentissage et un drame historique aux enjeux contemporains.

 

 J’espère qu’il offrira au public un voyage cinématographique fort et inspirant sur la liberté et la résilience, porté par l’élan vital de la jeunesse. J’espère aussi qu’il rappellera le tribut dû à des générations de femmes ordinaires, invisibles car trop longtemps invisibilisées. 

 

Marie-Elsa Sgualdo