Pourquoi travailler sur le thème de la famille ?
J’ai quatre frères et sœurs, alors la famille est évidemment un thème qui prédomine dans ma vie et dans mes films. Mon rapport à la fratrie a participé à la construction de mon rapport au monde, à la société. C’est aussi un sujet universel et inépuisable, tant les relations au sein des familles sont riches et complexes. Le film traite notamment des violences conjugales. Quel rôle joue la famille lorsque l’on rencontre ce type de problèmes ? La famille est à l’origine de notre perception de l’autre et de la manière dont on se vit avec les autres. Souvent, le rôle que l’on s’est construit dans l’enfance, au sein de la famille, est reproduit dans les sphères de notre vie sociale. Lorsque l’on a été maltraité par ses parents, par exemple, ou insuffisamment considéré, il y a des risques que l’on choisisse un partenaire qui ne nous considérera pas non plus. À moins bien sûr d’une prise de conscience. La famille est comme un miroir, les membres de notre famille nous connaissent bien… Cela nous confronte à notre position et à nos mécanismes de défense. Si l’on arrive à prendre du recul et, déjà, à voir ce qui nous enferme, cela peut aider à changer de perspective et, à terme, à changer ses relations aux autres.
La fratrie représente – t -elle un pilier ou, au contraire, est -elle destructrice ?
Elle est les deux en même temps ! Dans le film, ils s’aiment tous, c’est évident, mais ils ne savent pas ne pas se blesser. Ils tentent de prendre le pouvoir les uns sur les autres, toujours. Ils ne savent pas comment sortir de la place qui leur a été attribuée dans l’enfance : chacun protège son territoire et, dans le même temps, s’y enferme.
Filmer une famille, ses sujets de discorde, ses joies, ses émotions…. Est -ce que cela vous aide dans l’acceptation de votre propre histoire ?
Je ne le sais pas encore. Mon moteur, c’est de raconter une histoire à travers laquelle chacun peut se reconnaître. Tous les personnages sont liés mais différents, chacun gère ses traumas et les névroses qui peuvent en découler, comme il peut. Dans chaque famille, il y a des événements dramatiques. Quand l’un va vers la guérison, cela indique aux autres qu’un chemin est possible. Chacun suit son propre chemin, évidemment, et à son rythme, mais la dynamique est lancée… Si les relations filiales peuvent nous affaiblir parfois, elles sont aussi racines, ce qui nous porte indéfectiblement. Elles nous rappellent d’où l’on vient et ce que l’on a parcouru. Cela peut nous rendre plus fort ! Le drame, alors, devient comédie, les rires remplacent les larmes et la vie reprend son cours.