PLANÈTE SANSEVERINO

Documentaire / France

Il travaille sa voix, cherche, s’approche du micro, s’éloigne, trouve, reprend à nouveau. Sa chanson parle d’une grande fête pour son propre enterrement, avec une fanfare de Louisiane, triste et gaie, très enivrée aussi. Stéphane Sanseverino trace sa carrière de chanteur-musicien-poète au gré de sa passion pour toutes les musiques, de la déraison des sentiments et des tourments de notre époque. Pendant près de deux ans, nous nous sommes glissés à ses côtés pour tenter de saisir de l’intérieur ce musicien atypique en création. Un nouvel album, un opéra déjanté avec sa femme Cécile Richard, un orchestre symphonique, une bande de musiciens complices ; un film gonflé de l’énergie électrique d’un artiste à la vitalité contagieuse.

Année

2025

RÉALISATION

Mathilde MIGNON et Philippe CRNOGORAC

SCENARIO

Mathilde MIGNON et Philippe CRNOGORAC

AVEC

-

FICHE TECHNIQUE

1h37 - Couleur - Dolby Digital 5.1

DATE DE SORTIE

6 MAI 2026

ENTRETIEN AVEC LES RÉALISATEUR.ICE.S

Quelle est la genèse de ce film ? 

 

Philippe : C’est en prison que tout a commencé. A l’époque, Mathilde et moi menions des ateliers de cinéma avec des adolescents incarcérés à Fleury-Mérogis et on avait demandé à Sanseverino s’il accepterait de venir faire un travail d’écriture de chansons avec nous. On ne se connaissait pas, il a tout de suite dit oui. On a filmé cette rencontre, avec sa guitare et les jeunes dans une salle glaciale de la prison et sous le regard méfiant de surveillants peu habitués à ce genre d’ambiance. Le contact de Sanseverino avec les jeunes a été incroyable, ces jeunes qui n’avaient jamais entendu sa musique. Avec lui ils ont écrit et enregistré des chansons, embarqués par son énergie débordante et sa générosité. 

 

Mathilde : Et sur la route du retour, Stéphane nous parle de ses nombreux projets en cours, un nouvel album, un opéra avec un orchestre symphonique et sa femme Cécile Richard, un concert bluegrass au New Morning. Il nous glisse aussi qu’il est dans un moment charnière avec sa maison de disques, Sony, que cet album est comme un tournant pour lui. Bon, on le raccompagne, et à peine est-il descendu de la voiture que Philippe et moi on se regarde : il faut faire un film avec lui !!! 

 

Était-ce le musicien, le chanteur ou l’homme qui vous séduisait le plus ? 

 

Mathilde : Les trois ! Tout film naît d’un désir de rencontre, de raconter, de montrer. Ça contient une promesse de quelque chose qu’on ne connaît pas à l’avance et qui va se révéler au fur et à mesure. 

 

Philippe : Oui, ça a commencé par l’envie de filmer cet homme, chanteur, musicien, dans un moment particulier de sa vie. 

 

Mathilde : Un film sur son travail, qui prendrait le temps de raconter tout ça. 

 

Philippe : Et c’est vrai que la création d’un opéra dont il nous a simplement dit que ça serait “entre Kurt Weil et Django“, avec une soixantaine de musiciens classiques, un chef d’orchestre, deux chanteurs et deux slamers, nous a vraiment donné envie ! 

 

Comment Sanseverino a-t-il réagi à votre proposition ? 

 

Philippe : Je crois qu’il a été un peu étonné mais il a accepté assez simplement, sans prendre complètement, peut être, la mesure de l’engagement que ce serait de faire ce film avec nous. 

 

Mathilde : Et puis quand même, le courant était bien passé entre nous… 

 

Philippe : On lui a expliqué un peu ce qu’on voulait faire, le suivre pendant toute la période de création de l’album et de l’Opéra, raconter ce travail et ce qui va autour. La seule restriction qu’il a posée, c’était de ne pas filmer ses enfants. 

 

Comment s’est passée l’organisation du tournage ? 

 

Mathilde : On a du faire vite car tout était déjà lancé ! Donc on a débarqué au studio d’enregistrement, Philippe à l’image et moi au son. On essayait de bouger le moins possible au début, de trouver la bonne place dans ce petit studio, se fondre un peu dans le décor, ne pas les « déranger ». 

 

Philippe : Rien n’a été joué ni mis en scène pour le film, on était en prise direct avec ce qui se passait pendant les enregistrements. C’est précisément ce que nous voulions capter, la puissance du réel, la musique en train de naître. Ce choix engendre une vraie contrainte, nous faisions le pari du présent de l’enregistrement, mais c’est cette contrainte qui restitue toute la force du moment. Le fait de tourner en équipe ultra légère nous permettait ce mode de tournage. 

 

Mathilde : Stéphane était plutôt dans sa bulle, de travail, de vie, et c’est comme si il nous embarquait dans son monde. Et c’était à nous de sentir ce qui se jouait dans la création d’un morceau, dans les relations des musiciens entre eux, à nous de capter les subtilités, les tensions, le plaisir, et aussi tous les détails qui amènent à la version finale d’une chanson. Derrière les blagues et l’apparente décontraction des répétitions en enregistrements, il régnait vraiment une très grande concentration. 

 

Philippe : Et puis à certains moments de l’aventure, entre les tensions autour de la création de l’album, et le gros travail de l’Opéra dans le Nord, Cécile voyait que Stef était sans cesse « au front », crevé, quasi en surchauffe… et parfois elle nous faisait comprendre qu’il fallait le laisser un peu tranquille… 

 

Mathilde : « Les » laisser un peu tranquilles !!! Parce que c’est vrai qu’on leur collait vraiment aux basques… 

 

Il n’y a pas d’interview de Sanseverino dans le film, vous ne nous décrivez pas sa carrière, les disques d’or, les albums précédents etc, pourquoi ces choix ? 

 

Philippe : Nous voulions raconter un artiste en travail, en création. Pas faire un portrait hagiographique de Sanseverino. Pas raconter « une carrière ». On voulait quelque chose de « cash », de brut, qui colle avec ce qu’il est, pas construire une sorte de « psychologie du personnage » en racontant son enfance etc. Très tôt, on a eu des longs entretiens avec lui sur son parcours de musicien, sa vie, et pendant le tournage on était chargés de ces informations. Par exemple, Stéphane est encore aujourd’hui identifié par plein de gens comme musicien de swing manouche, alors qu’il a fait des tas d’autres albums, exploré plein d’univers musicaux, le blue grass, le tango, le rock bien sûr… mais cette étiquette de swing manouche reste importante, on avait envie que ça apparaisse dans le film et on a été très heureux de filmer ce moment totalement inattendu où Stéphane a joué avec les frères Rosenberg, les pointures contemporaines du jazz manouche. 

 

Mathilde : Il y a quelques moments de parole aussi mais qui sont des moments de paroles incarnés dans le présent. Nous voulions vraiment tenir cette ligne du présent et des préoccupations qui l’habitaient dans cette période de sa vie. Pour prendre un exemple, l’album comporte treize morceaux, mais Philippe et moi, clairement, on s’est dit que la chanson « À mon enterrement » était essentielle et on a choisi de lui donner une place importante dans le film. On était seul avec lui dans le studio, on a filmé ses expressions, son état, la progession de l’enregistrement, les choses qu’il trouvait, sa manière d’inventer, tout cela au fil d’une chanson qui raconte ses propres funérailles… 

 

Philippe : Stéphane nous avait dit qu’il était à une période de sa vie où la question de la mort le travaille, où des potes commencent à tomber. La même chose pour « Tête de Mort ». En fait, il livre énormément de choses dans ses chansons. C’est sûr que grâce au temps passé et à la relation de plus en plus fine qu’on avait avec lui, ça nous a permis de capter beaucoup de choses. Par ailleurs, l’Opéra raconte une histoire de couple où l’on sent bien que Stéphane et Cécile parlent d’eux, ils livrent une intimité qui passe par le travail et cela apporte vraiment au film. Au final, oui, on voit se dessiner en creux son portrait. 

 

Mathilde : C’est un film qui lui ressemble mais c’est avant tout un film sur son travail avec tout ce que cela demande de patience, de précision, et aussi d’une certaine forme de « banalité » de la vie. Ensuite ça a été un sacré travail de prioriser, faire émerger les différentes lignes dramaturgiques, équilibrer les moments de studio, l’Opéra, les concerts, le reste, à partir de nos 80 heures de rushes, je crois… Mathilde Muyard, notre monteuse, a vraiment été la bonne fée penchée sur le berceau ! 

 

Vous avez commencé en autoproduction ? 

 

Philippe : Il fallait filmer tout de suite pour ne pas manquer les premières répétitions. On a foncé ! Complètement librement, engagés tous les deux, avec Stéphane – et Cécile. Mais l’autoproduction a ses limites et évidemment au bout d’un moment, on s’est décidés à chercher un producteur. 

 

Mathilde : Quand nous avons envoyé le dossier puis montré une sélection de rushes à Céline Loiseau, elle a été tout de suite partante, alors qu’elle se doutait bien que ça allait être compliqué de produire un film sur un musicien comme lui, aujourd’hui. L’arrivée de Céline et de TS Productions a marqué un tournant dans la production du film. Elle nous a donné les moyens de tourner des concerts en province, la possibilité de travailler avec Alexandre Lesbats (ingénieur son), un peu plus de moyens techniques. 

 

Philippe : Et bien sûr on a pu envisager la post-production, qui est un moment fondamental pour un film comme celui-là, qui s’est écrit beaucoup au montage avec Mathilde Muyard et sur lequel il y a eu aussi un super travail de post-production du son (montage son et mixage) avec Jean Mallet. 

 

Si vous deviez qualifier le film en une phrase ?

 

Mathilde : Ah ! Disons : une expérience musicale et humaine à partager avec le spectateur… 

 

Philippe : … avec la saveur d’un « feel-good-movie » qui parle de la mort !