FACE À LA MER

Fiction / Royaume-uni

Jack est marié à Maggie depuis plus de la moitié de sa vie. Il travaille comme ramasseur de moules dans les bancs du nord du Pays de Galles avec son jeune frère, Dyfan, et ses trois fils. Jack a toujours pensé que son fils, Tom, rejoindrait l’entreprise familiale à la fin de ses études, mais la réticence de Tom à suivre ses traces provoque des tensions familiales. Celles-ci sont encore exacerbées par l’arrivée d’un matelot itinérant, Daniel, qui avoue ses sentiments à Jack. Dans cette communauté rurale isolée où la vie tourne autour de l’Église et de la pêche, Jack est confronté à un dilemme insurmontable.

Année

2025

RÉALISATION

Helen WALSH

SCENARIO

Helen WALSH

AVEC

Barry WARD, Lorne MACFADYEN, Liz WHITE

FICHE TECHNIQUE

1h51 - Couleur - Dolby Digital 5.1

DATE DE SORTIE

26 AOÛT 2026

Tous les jours SAUF SAMEDI : 14h35 | 18h10

Samedi 29 : 14h15 | 17h50

Mercredi 26, Vendredi 28, Mardi 1er : 21h45

NOTE D’INTENTION

Toutes les histoires sont enracinées dans un lieu. Le personnage naît du lieu, et l’histoire est façonnée à partir du personnage. Je commence toujours par un espace physique : une ville, une rue, un bout de terrain vague. Mais Face à la mer a fait exception, car Jack est apparu en premier, encore inachevé, vaguement inspiré d’un homme que je connaissais et qui avait été rejeté par sa famille et sa communauté après avoir révélé son homosexualité à l’âge adulte.

 

Cet homme s’est installé en ville et, avec le temps, a renoué avec ses enfants. Dans un environnement plus diversifié et plus urbain, il a pu mener une vie plus épanouissante. Le travail d’un auteur consiste à mettre la vérité à l’épreuve et à la transformer en matière romanesque. Je me suis donc demandé ce qui se serait passé si, à cause de son travail ou de ses attaches familiales, cet homme n’avait pas pu repartir à zéro. Et s’il avait été condamné à vivre sous le regard scrutateur d’une communauté isolée et refermée sur elle-même ?

J’ai passé près de trois ans à essayer de trouver la communauté de Jack et son métier. Je me suis intéressé à des professions qui valorisent et reposent sur des principes traditionnels de la masculinité : la force, l’endurance et la retenue émotionnelle. J’ai rédigé une première version située d’abord dans un fumoir à harengs sur l’Île de Man, puis dans l’industrie forestière en Écosse.

 

Mais, à chaque fois, l’histoire s’enlisait. Il m’était impossible de procéder à l’envers et d’imposer un personnage déjà entièrement construit à un lieu. Puis, juste après le confinement, mes producteurs m’ont emmené dans un port de pêche d’Anglesey.

 

Nous avons rencontré le propriétaire d’un petit bateau de dragage de coquilles Saint-Jacques, qui nous a emmenés en mer, et immédiatement le monde solitaire de Daniel et Bernie a commencé à prendre forme.

 

Notre séjour à Anglesey nous a ensuite conduits vers une ferme mytilicole située un peu plus loin sur la côte. Dès l’instant où j’ai vu les mytiliculteurs travailler en silence, avec stoïcisme, épaule contre épaule, semblant insensibles au vent mordant et aux courants bouillonnants et déchaînés du détroit, l’histoire a pris vie. J’ai eu l’impression que Jack avait vécu et travaillé ici toute sa vie et qu’il s’intégrait naturellement dans cet univers de retenue émotionnelle. À partir de ce moment de révélation, j’ai écrit le scénario en quatre semaines.

 

Mon travail porte sur les identités marginalisées, sur celles et ceux qui sont, d’une manière ou d’une autre, des exclus, coupés des autres physiquement ou émotionnellement. Sur cette île battue par les vents, il était facile d’imaginer un monde déconnecté du continent. La ville faisait face à la mer tout en lui tournant le dos. Dans les fumoirs et les hameaux dispersés de l’Île de Man, par exemple, on pouvait imaginer Jack se cacher.

 

Mais ici, sur les larges détroits ouverts et dans les rues d’une petite ville côtière, il était visible.

 

Je pense que toute personne qui a déjà été marginalisée ou traitée comme différente partage une forme de fraternité sociopolitique. L’écrivain Édouard Louis souligne ce point dès l’ouverture de son livre Qui a tué mon père, en expliquant que les victimes de l’homophobie, de la transphobie, du racisme et de l’extrême pauvreté sont liées par une oppression sociale et politique commune au sein de certaines structures de pouvoir liées à l’espace.

J’ai grandi dans une petite ville du nord, dans un foyer ouvrier. Chaque été, nous passions nos vacances dans des stations balnéaires voisines qui, à l’exception de quelques restaurants indiens ou chinois, étaient composées presque exclusivement d’une population blanche.

 

Aux côtés de sa femme tamoule indienne à la peau foncée et de ses enfants métis à la peau brune — dont l’un portait une tache de naissance très visible sur le visage — mon père, blond aux yeux bleus, a appris ce que signifiait être visible. Dans les pubs et les cafés du bord de mer, les gens nous dévisageaient. Dans un bus, une mère a même attiré ses enfants contre elle en leur disant de ne pas nous toucher. Il nous arrivait régulièrement d’être refusés dans des chambres d’hôtes affichent pourtant des panneaux « chambres disponibles ».

 

Mon père travaillait dans ces villes durant la saison estivale comme batteur et il connaissait trop bien les raisons de ces refus. Avec une résignation mêlée d’amertume, il nous faisait attendre au coin de la rue pendant qu’il allait seul réserver une chambre. Généralement, les propriétaires finissaient rapidement par apprécier ma mère ; les mêmes clients renfrognés qui nous avaient observés avec méfiance lors du premier petit-déjeuner félicitaient ensuite mon père pour la bonne éducation de ses enfants.Mais tous les préjugés ne naissent pas de la peur ou de l’ignorance ; certains proviennent de la haine et se manifestent par la violence.

 

Nous découvrons la communauté, le travail exténuant des mytiliculteurs et la naissance d’une histoire d’amour avec un ouvrier saisonnier nomade à travers le regard de Jack. La perception de Jack est façonnée par son histoire personnelle : la menace constante d’être démasqué par son frère harceleur, le passage à tabac brutal qu’il a subi adolescent de la part d’une bande de jeunes du village, ainsi que la honte intériorisée de ne pas être à la hauteur des valeurs et des principes d’une communauté qu’il continue pourtant à estimer et à respecter. Ainsi, lorsque Jack surprend son amant, Daniel, en train de flirter avec un pêcheur dans le rude pub de leur petite ville, il s’effondre — non par sentiment de trahison, mais parce qu’à cet instant il comprend qu’une autre vie aurait peut-être toujours été possible pour lui.

 

La première moitié du film est principalement tournée en gros plans, reflétant la claustrophobie et les limites du monde de Jack. Ce n’est qu’à l’arrivée de Daniel, qui commence peu à peu à faire tomber les barrières que Jack a érigées autour de lui, que nous nous ouvrons à de grands plans larges. Plus tard, lorsque Jack est rejeté par sa famille et sa communauté, il apparaît de plus en plus petit et isolé dans le cadre, jusqu’à ce que son épouse, Maggie, dont il est séparé, lui offre une forme de rédemption. Tout au long du film, Jack garde ses distances, craignant de se rapproche de quiconque de peur d’être découvert. Pourtant, on sent que, même si l’occasion de quitter cette petite ville s’était présentée, il serait probablement resté malgré tout. Jack semble trouver une certaine satisfaction à perpétuer les traditions de l’entreprise familiale ; il joue le rôle de la masculinité hégémonique propre à un cercle d’hommes qui, au fond, ne pourra jamais réellement l’accepter. Dans l’ensemble de mon travail, j’ai cherché, d’une manière ou d’une autre, à réconcilier les formes les plus nocives et dangereuses de la masculinité avec une approche plus bienveillante et porteuse d’espoir. Avec Face à la mer je souhaitais explorer la manière dont certains lieux très singuliers donnent naissance à des valeurs culturelles ou communautaires spécifiques, qui privilégient certaines formes de masculinité, ainsi que la façon dont des « transgresseurs » comme Jack parviennent à évoluer dans de tels univers.

 

Lorsque j’ai commencé à discuter du langage visuel de Face à la mer avec le directeur de la photographie, Sam Goldie, nous parlions littéralement deux langues différentes. Nous avons cependant rapidement trouvé un terrain d’entente dans l’œuvre de Chris Killip et dans la grandeur retenue avec laquelle il représente les communautés ouvrières du littoral dans ses documentaires. Nous admirions également la capacité de Nan Goldin à saisir ces rares instants d’intimité humaine, spontanés et non mis en scène.

 

Au moment du tournage, nous avions développé une véritable complicité. J’aime filmer dans un rayon d’une quinzaine de kilomètres et travailler à partir des vérités qu’offre le paysage. Celui de Face à la mer possédait une beauté intemporelle, austère et mélancolique, dominée à l’horizon par l’imposante silhouette de Yr Wyddfa (Snowdon),qui créait un espace naturellement circonscrit, à la fois rassurant et oppressant.

 

Sam et moi avons opté pour une approche instinctive en caméra portée, laissant aux acteurs une grande liberté dans le cadre et leur permettant de réagir aux dynamiques changeantes de chaque scène. Le processus était très intuitif : nous avons volontairement gardé un découpage souple, abandonnant souvent des idées qui nous avaient enthousiasmés lors des repérages afin de saisir ce qui prenait vie devant nous au moment même du tournage.

Mais c’est véritablement au montage qu’une histoire trouve son véritable centre de gravité. J’ai alors découvert que trois récits se disputaient l’attention : celui d’un mariage usé par le temps ; celui d’une attirance passionnée ; et celui d’une famille d’hommes unis par la tradition et une solidarité masculine, avec toutes les tensions et les déséquilibres de pouvoir que ces liens familiaux impliquent. Le montage offre le recul, la clarté et la perspective nécessaires. Très rapidement, avec mon monteur Ricardo Saraiva, nous avons conclu que le parcours de Jack devait constituer la force centrale autour de laquelle graviteraient tous les autres récits.

 

Face à la mer est une histoire d’amour, le récit d’un mariage, le portrait d’une communauté repliée sur elle-même mais profondément généreuse, qui peine à accepter le changement. C’est aussi un récit d’espoir et de courage, où l’amour et la compassion parviennent à survivre même aux épreuves les plus difficiles.

À PROPOS DE LA RÉALISATRICE

Helen Walsh est une romancière, scénariste et réalisatrice britannique, née en 1976 à Warrington, en Angleterre. Elle s’est fait connaître avec son premier roman, « Brass » (2004), récompensé par le Betty Trask Award, avant de confirmer son talent avec « Une Famille anglaise » , lauréat du Somerset Maugham Award. Son œuvre explore souvent les thèmes du désir, de la sexualité, de la violence et des rapports de pouvoir.

En parallèle de sa carrière littéraire, Helen Walsh s’est tournée vers le cinéma et la télévision. Elle a réalisé son premier long métrage, « The Violators » (2016), un drame remarqué pour son regard sensible sur la jeunesse et les violences familiales. Elle est également scénariste pour le cinéma et la télévision, notamment de la série « The Gathering » (2024). Par son travail, Helen Walsh s’impose comme une voix singulière de la création britannique contemporaine, à la croisée de la littérature et de l’image.