L’arrivée soudaine d’Alessio dans l’existence calme et monotone de Gioia, qui ne connaît la vie qu’à travers les livres et l’amour à travers Flaubert, ne peut que conduire à une collision irréversible. Cependant, Gioia n’est pas seulement la créature fragile et naïve que tout le monde croit, elle fait preuve de douceur, de dignité, de modestie, mais aussi de désir et de cette joie que son prénom évoque. Elle est excentrique, originale à sa manière.
La rencontre avec Alessio est nourrie à la fois par la plénitude et le vide. C’est dans ce déséquilibre que se crée mystérieusement entre eux un lien difficile à exprimer par des mots, voire à faire exister. C’est du moins ce qu’elle espère. Comme si, ensemble, Gioia et Alessio pouvaient s’éduquer mutuellement sur le plan sentimental, une éducation qu’ils n’ont peut-être jamais reçue auparavant. Son désir de vivre, qu’elle a enfoui en elle pendant des années, pousse Gioia à chercher, chez ce garçon effronté, la tendresse qui se cache derrière l’immoralité.
Plus leur lien semble improbable aux yeux des autres, plus elle semble s’y perdre, tandis qu’il peine à combler le vide de sa propre existence, s’aventurant dans un territoire au-delà du bien et du mal, où il peut satisfaire son narcissisme, sa vanité, où il peut tenter de se forger une identité qui reste encore à définir.
Alessio séduit et manipule. Ce sont les seules choses qu’il sache faire, c’est ce qu’on lui a appris. Il est incapable d’aimer quelqu’un d’autre que lui-même. Mais même cela n’est qu’un sentiment superficiel qui se nourrit de nihilisme.
Gioia et Alessio sont deux personnages issus de l’imaginaire, une invention cinématographique destinée à renforcer le sentiment de solitude, d’isolement et de vide qui caractérise notre présent. Autour d’eux gravitent désespérément des personnages mesquins et désabusés, empêtrés dans la vie d’une province âpre et cynique. Il en résulte un sentiment d’abandon désespéré, un cupio dissolvi (un désir de s’effacer et de disparaître), une volonté d’anéantissement qui empoisonne l’existence et se transforme en violence.
Le sacrifice profane de Gioia, qui, à cause de la pureté indéfectible de ses sentiments, ne s’est pas pliée au cynisme du monde, et révèle qu’aucune rédemption n’est finalement possible pour ceux qui ont commis le mal.
Nicolangelo Gelormi